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Billet de blog 15 avril 2014

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Chômage, resquille, patrie

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

On ne dira jamais assez combien le retour de la patrie dans l’imaginaire vient convoquer un père étymologique ; un père à la fois fouettard et protecteur, une brute épaisse. Son décor déborde d’enfants immatures. C’est nous.

On ne dira jamais assez combien l’Europe, censée tuer les pères abusifs, grotesques a failli dans sa mission pour finalement élargir les frontières de l’arbitraire, de la violence et l’exploitation. Quel rapport pourrait – il y avoir entre le sans foi, ni loi et le meurtre du père quitte à parer de plumes une vieille baderne bien fatiguée ? L’Européen est un loup pour l’homme.

La patrie a gagné dans l’histoire la puanteur de cadavres inutiles, l’absurde de l’équarrissage généralisé, le sang des boucheries inutiles. Quand les morts se comptent plusieurs fois par millions, son retour en grâce interpelle. Un contenu de haine fait de l’autre un ennemi, un argument à sa propre glorification.

Il n’est donc pas tout à fait hasardeux que la vérité de l’origine explose : image d’enjeu légèrement sexualisé entre le bordel de l’Union libre européenne et la chape de plomb du couple patriarcal national, la mère patrie.

Il y a au départ de la patrie quelque chose d’essentiel à défendre et qui fait lien et sens : sa liberté, ses identités, ses intégrités. La question essentielle que pose la patrie se formulerait ainsi : quand faut-il qu’elle s’arrête ? Quand faut-il que le retour sur un soi hypothétique bénéficie d’une dérivation, trouve l’espoir d’alliance extérieure, s’aère ?

La patrie est au cœur d’un enjeu de dilution, d’affaiblissement et de mort, c’est un réflexe d’autodéfense par excellence, la résistance au désordre, la préservation d’un ordre. Je ne le trouve ni affreux ni dément. Il marque un déraillement qui dit que ce ne sont pas les patries qui sont folles, c’est un monde qui ôte méticuleusement le caractère d’incertitude, de finitude, de lien. Finalement, admettre l’arbitraire du destin ou l’arbitraire de ses origines n’est qu’un choix de servitude.

S’en sortir, c’est se défaire de ces chaines.

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