Cazeneuve- Taubira : 6-0 ; 6-0 ; set et match

Il y a une expression du noble art qui dit qu’il faut éviter le combat de trop. Hélas, Christiane Taubira a fait celui de trop, celui du ministère de la Justice sous l’ère Valls.

Ses débuts flamboyants, sa pugnacité et sa culture ne lui auront pas évité de s’embourber dans le marigot sécuritaire.

Revenons aux périodes fastes de la belle histoire, ce moment où miraculeusement, la justice apparait comme un vecteur lisible d’émancipation sociale, de conquêtes de droit. Certes, il faut méchamment se pincer quand on connait l’obésité de la chose, son gout immodéré pour le maintien des inégalités mais il s’avère que ce moment de grâce peut exister comme une pulsion, comme un courant d’air. Le mariage pour tous, l’évolution de l’exécution des peines, ce fut vraiment pas mal au regard des glapissements hystériques des intégristes de tous poils.

Cela commença à se gâter avec la mort de Rémi Fraisse, quand le sémillant lugubre Bernard Cazeneuve se piqua d’ordre absurde et de raison d’Etat et fit un bond au hit-parade. Au royaume de la popularité, l’idiotie est reine. Et là, Madame Taubira, vous n’étiez pas obligée de rejoindre la raison d’Etat qui n’avait pas raison.

Charlie a fini de vous dézinguer. La lutte entre l’Intérieur et la Justice est devenue trop déséquilibrée. Vous figurez désormais au rang des accessoires moraux et décoratifs des chants de guerre et des atteintes aux libertés. Vous apparaissez comme le paravent de la macron économie, celle qui installe les réprouvés dans les bus pour leur faire un petit coucou de la main et leur proposer une vie à crédit même les dimanches et jours fériés.

La peur règne et l’ordre pavlovien gagne, on n’a plus  vraiment besoin de votre justice.

Aussi,  suis-je  très peiné quand je vous vois fronder comme une adolescente sans consistance à l’occasion d’une sortie dominicale, je vous imaginais  plus mordante et plus courageuse.

Peut-être vous moquez- vous comme d’une guigne de la trace que vous allez laisser dans l’histoire ? Je ne voudrais pas que vous rejoigniez la horde de ceux dont le silence dit la honte et la soumission.

Dans l’attente de votre démission, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, mes très respectueuses salutations. 

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