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Billet de blog 21 avril 2014

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Otages, un arrière-gout amer

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous ne dirons jamais assez l’entêtement des mots à dire ce qu’ils veulent dire. Otage, un dictionnaire qui s’y connait nous définit qu’il s’agit « d’une personne que l’on arrête comme gage pour obtenir ce que l’on exige ». Ainsi donc, la rançon, la contrepartie composent la naturalité de l’otage. Si on exclut la jouissance malade de retenir l’autre, de le tenir en un endroit caché, de le posséder, d’en être propriétaire, d’en faire un simple objet, la prise d’otage signifie un commerce, l’expression d’un système  où la force et l’emprise font monter les enchères. Combien valent-ils ? Valent-ils même quelque chose, nos otages ? Paradoxalement, c’est l’absence de valeur qui, à part le paiement, fait libération. Il est donc utile de saisir, si en l’espèce des libérations récentes, le prix a été payé ou si ça ne valait rien. La société virtuelle nous impose sa monnaie symbolique.

Bien sûr, je me réjouis du retour. La séquence filmée, rabâchée de la course des proches vers le libéré, des enfants dans les bras, des larmes, du groupe reconstitué marchant sur la piste concourent à la joie collective du retour chez soi ; il y a de l’Odyssée sur les écrans ; après les épreuves, les retrouvailles. Journaliste en otage, le poids n’est pas le même que consommateur de médias en otage. La société savante des images nous propose un étrange cocktail ou les évidences de sens autoproclamées composent un tableau surréaliste ; les ingrédients du courage (à traverser l’épreuve), de la fierté nationale (la saveur française de la résistance à l’épreuve), du culte de la liberté de la presse (le journaliste est en mission messianique) plaquent un poids de significations contre laquelle je ressens un certain goût d’amertume

Mise à part la méchanceté banale qui dirait que l’audience se nourrit de sordide et de drames, que l’esthétique de l’explosion sublime la bête, que l’horreur alimente l’addiction, on cherchera désespérément du sens à la chose sinon le plaisir simple, essentiel  de libertés retrouvées. La Syrie a-t-elle quelque chose à cacher ? La guerre chimique est-elle inconnue ? Les charniers, une diabolique surprise ?

C’est donc bien la vacuité d’un monde sans surprise, privé de capacités d’action, dénué de toute arme de lutte contre l’innommable, une émotion sans devenir qui se suffit à elle-même que le Tarmac de l’aéroport nous aura  proposées.

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