On a souvent moqué la nécessité de changer la république. Quelle est donc cette lubie des doux rêveurs ? La réponse est sans appel. On ne change pas un système qui déraille. Mieux même, c’est sur son cercueil qu’on opère des modifications irréversibles, les régions, les intercommunalités, l’Europe, la concurrence libre et non faussée.
Ainsi, donc, la cinquième serait la bonne, l’éternelle au moment de l’évidence de son agonie, mais peut-on faire l’hypothèse que la cinquième (comme bien d’autres structures dans notre société) est un prix à payer pour aménager une réserve de vieux Indiens dans lesquels se parqueront les élites républicaines qui conserveront un lieu fâcheux de pérennisation, de radotage, de confort garanti au milieu d’un océan de précarité ? Il faut donc prévoir la cryogénisation de quelques milliers de personnes dont la charité nous oblige à dire qu’elles sont incapables de faire autre chose, la démocratie représentative étant une distance d’éloignement obligée face aux protestations de la réalité.
La dureté du monde nous ramène à la force des phénomènes systémiques qui constituent le moteur du fonctionnement social. Comment garder le pouvoir, source de bénéfices directs et indirects ? En s’aménageant des positions inaccessibles pour les autres. À quelles conditions, les règles du jeu peuvent-elles bouger ? L’état de crise généralisée fait renaître l’évidence marxienne du rapport de forces, les intérêts apparaissant comme clairement contradictoires. Y a-t-il un autre ressort que les affrontements ? Pas toujours. On trouve à la marge l’intelligence des pouvoirs à anticiper, à prendre en compte les transformations du monde, à amortir les insupportables, à négocier. Constatons-le, ici, dans notre archaïque cinquième et sous la Hollandie c’est loin d’être gagné.
Un système se constitue en général dans la perspective d’une finalité qui peut bien sûr s’avérer largement conservatrice et réactionnaire, le plus souvent d’ailleurs ; il s’agit de préserver la reproduction de l’ordre des choses en prenant en compte les évolutions qui se proposent. La folie du monde conduit aujourd’hui à constater que la reproduction même du monde conduit à la catastrophe, dans ce paradoxe qu’aucun contre-pouvoir n’est en capacité de proposer pour l’instant d’alternative accessible. Comme on dit vulgairement, on est obligé de se les farcir. Le déni de la finalité, l’entretien maladif des rouages d’une machine improductive, inutile et polluante deviennent notre sac de charbon.
La désorganisation croissante du système, l’entropie sont désignées comme le symptôme, mais on constate davantage un mécanisme d’asphyxie progressive, une inexorable perte de mobilité, un épuisement de l’air ambiant, une incapacité de se ressourcer ailleurs et autrement.
Je comprends les réticences d’une partie de la jeunesse à entrer dans les jeux de pouvoir, la politique tant les risques de contamination sont importants. Les jeunes loups sont souvent et précocement des vieux cons, l’extraordinaire mimétisme du clonage jouant encore à plein.
De là, cet inquiétant décalage permanent entre les mots d’un pouvoir qui invitent l’autre à l’effort de sa fragilisation tout en se repliant sur une forteresse moelleuse, dégagée de toute contingence et dont l’opulence et l’arrogance exacerbent toutes les colères et les révoltes qui se heurtent aujourd’hui à des fins de non-recevoir toujours plus péremptoires.
Nous n’en avons pas fini avec la violence sans débouchés.