Nous n’allons pas jouer au vieux con de service.
Être convaincu qu’un pan de notre monde est en train de s’effondrer ne veut pas dire vendre un paradis perdu, ni invoquer les meilleurs des meilleurs d’avant. Non, regarder l’avancée du désert, l’érosion des falaises nous évoque un sentiment de vieux, une inquiétude pour l’avenir des plus jeunes, le sentiment douloureux de leur laisser faire un chemin, semé d’embuches et de précarité. Un zeste aussi de culpabilité acide en se disant que, pour en arriver là aujourd’hui, à notre petit niveau, nous avons participé modestement à une entreprise assez élaborée de surdité collective et d’impuissance véritable. Il n’est pas aisé de considérer transmettre socialement du moins disant même si, comme on dit pudiquement, les rapports de force ont changé.
Mais, bon, nous avons la conviction que cela nous échappe en partie, que les jeunes vivent, inventent, trouvent des moyens d’émancipation et de résistance, que la création change mais crée sous d’autres modalités. Il nous serait détestable de penser que nous sommes des parents qui façonnons les enfants à notre reflet de désespérance dans le miroir. Il y a vivre, à faire, à inventer aujourd’hui, à s’arrêter tous les 1000 kilomètres en pestant contre la lenteur et la pesanteur des anciens et nous les voyons énergique, joyeux mais pas que. Ils ne sont pas sans lucidité et ni gravité.
Les derniers temps du boulot, nous étions partagé entre une admiration pour cette force d’adaptation de ces nouveaux salariés émiéttés, leur capacité à traverser la fragilité et l’incertitude et un agacement à ne pas les voir se saisir les outils d’une résistance collective que nous analysions à tort comme une indifférence.
Nous percevons avec acuité la question de l’effondrement des modèles et le choix possiblement réaliste et imposé par les nécessités de refuser de jouer au jeu proposé. Les réalités, les mots de la réalité s’imposent comme des farces : chômage massif, difficulté d’insertion, relégation.
Nous trouvons beaucoup de ces jeunes, résistants, résilients, à la peau dure, au cuir épais et nous ne doutons pas de leur puissance subversive. Ce qui nous inquiète, réside dans la destruction méthodique par le système actuel d’une possibilité collective de transformation sociale. Nous trouvons que la difficulté majeure réside dans le passage du small beautiful au big brother.
Nous constatons la beauté des éphémères, la ténacité des poches mais, sans doute, notre grand âge et ses handicaps, nous fait délirer sur la construction d’un mouvement plus durable et plus planétaire. Comme il serait bel et bon que notre rêve vienne mais nous sommes rajeunis et confiants par ces énergies indignées, notredamedeslandiennes, alternatives qui font leur chemin sans anticipation messianique. Nous les regardons avec affectation, curiosité, solidarité, porté par la même confiance dans l’humain