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Billet de blog 24 janvier 2015

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Restez calme, tout va bien, on va vous instruire.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Qu’est ce qui cloche ? Une fois, rassemblés par le refus de la peur et le déni de la peur (l’augmentation de la consommation de certains médicaments  en est la trace), les habitants de ce pays ci ou du moins une très grande partie manifestent leur amour inconditionnel pour la liberté d’expression, leur adhésion à la laïcité, leur unité ce qui contredit assez exactement leur désengagement du débat public  et leur laisser faire devant la montée de l’extrême droite, le repli communautaire.                                                       

L’évènement  tragique de la fusillade  possède la force de cette forme qui sidère et qui rend la condamnation sans appel. Avec la colombe sortant  magiquement du chapeau et la peur instituée en dogme,  le tour est joué. On préfère prôner la défoliation de la mauvaise herbe plutôt  que la régénération des sols.

 Puisque donc, cet évènement est censé tous nous concerner, intimement, à tous les niveaux, durablement, on commence à saisir l’ampleur du malentendu, de la manipulation aussi. Je ne vais pas faire ici dans la théorie du  complot mais juste constater l’ambiguïté du pouvoir. Le sens unique de la politique politicienne  réside dans la capacité d’habiter le  pouvoir avec son corollaire d’image de héros. (Un critère du héros selon les chiens de garde réside dans l’absence de sommeil, toujours sur le pont).  La rapide mise en scène des images tresse des couronnes de laurier de ceux qui assurent et qui rassurent.

Il y a un rapport choquant de la stratégie politicienne institutionnelle qui est l’illustration même du clivage avec son lot d’affrontements convenus et la virginité d’une vérité républicaine dont la pureté ferait frémir. A partir de quel moment, l’instrumentalisation de l’évènement commence-t-elle à devenir irritante  pour les sens et l’intelligence ?

On en a quelques symptômes mineurs avec l’inévitable bouffée de mégalomanie des prétendants, le jouer des coudes pour être sur la photo, la convocation des dirigeants les plus ambigus à la fête de la liberté. Mais ce  n’est pas le plus important.

Il est logique que le pouvoir mette en avant la seule fonction dans laquelle il excelle, la fonction régalienne à l’ère néolibérale. Déployer, magnifier l’état de sa force, la compilation des fichiers, le nombre de caméras, la sophistication des armes, le contrôle de la toile ; les initiatives procèdent d’une nécessité syllogistique ; rendre la menace latente, incontournable et imposer un climat de dépendance aux forces de sécurité à un prix exorbitant. Si vous osez vous égarer en prévention, inégalités, relativisation des passages à l’acte fous, maitrise et répression du trafic de mitrailleuses, vous passerez pour un traitre à la nation. Voyez avec quelle précision mathématique, on énonce le nombre de terroristes potentiels, le nombre d’embauche en CDI, si ce n’est pas du concret, de l’efficace pur jus.

Ce processus a un nom, il se nomme infantilisation qui nous fait nous jeter dans les gilets pare-balles et les services de renseignements. Petit père de l’Elysée va nous protéger pour notre bien. Et redevenus des enfants, il nous faut retourner à l’école pour que nous puissions bénéficier de l’éducation à la paranoïa.  L’interrogation écrite sur le Mali, la Lybie, l’Afghanistan, la Syrie, l’Ukraine, Cuba, la Palestine ne ferait pas monter la moyenne de la classe. Devant les phénomènes nucléaires qui nous dépassent, place aux experts, la démocratie est décidément trop empotée  

Je suis frappé par l’exacte symétrie de la communication gouvernementale et la préfiguration du programme de rééducation en nos établissements scolaires. Il va falloir se lever tôt pour éviter le prêchi-prêcha ; cette vision de la parole magique, verticale qui viendrait illuminer l’inculture risque de faire flop. Non que l’éducation soit inutile, mais postuler la lumière devant l’obscurité néglige fatalement des savoirs, des représentations patiemment construites à partir de de la fâcheuse réalité. Le contrat républicain risque de faire un peu fripé.

Finalement, le langage a une certaine force de transparence. Derrière son énonciation, on arrive à débusquer les arrières pensées qui se bousculent. Ainsi donc, toute la population d’origine musulmane est un terroriste en puissance qu’il faut canaliser. On ne dit pas qu’une infime minorité d’assassins froids et pathologiques viennent régler leur compte à la folie de leur existence. En attaquant si fort du côté de l’unité nationale, on accrédite en creux une erreur d’appréciation. Recréer de la cohésion sur une suspicion, la partie est mal engagée.

Je vois plus un danger du côté du dé tricotage des protections collectives, de la relégation dans lesquelles un contrôle social hautement sophistiqué n’apportera que les outils encore plus sophistiqués de sa transgression.

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