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Billet de blog 25 août 2014

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Cher Max, dites-nous ce qui domine !

Se replonger dans l’analyse de Max Weber permet de considérer l’impasse actuelle des formes de domination construites au début du 20e siècle par ce penseur inspiré.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Se replonger dans l’analyse de Max Weber permet de considérer l’impasse actuelle des formes de domination construites au début du 20e siècle par ce penseur inspiré. Ainsi, ni la domination traditionnelle, ni la domination charismatique, ni la domination rationnelle légale ne semblent constituer le ressort, le ciment de l’unité sociale dans nos pays occidentaux

 Pour autant, cela signifie-t-il une extinction du champ de la domination. On aurait tendance à penser que non avec un clivage important :

  • Celui d’un asservissement comportemental, une sorte d’automatisme plus proche du conditionnement que de l’adhésion à une rationalité d’un côté de la barrière.
  • De l’autre côté, un échappement, une prise de distance dus aux phénomènes de précarisation massive, d’accès à une norme peu ragoutante.

Bien sûr, la force obstinée des sociétés de contrôle, les fléchages du quotidien, les réponses standardisées, les anticipations répressives, les sécurités prévisibles, les profits anticipés ont gagné des positions stratégiques déterminantes, mais divers soubresauts nous montrent que l’auto censure, l’auto régulation, le résultat attendu n’ont pas obtenu un triomphe total. Il y a une petite musique de résistance qui peine à peser, mais ne meurt pas. Nous ne sommes pas devenus encore notre seul contrôle, la question de l’altérité arrive encore à nous toucher.

Il est plaisant intellectuellement de constater que le charismatique invoque un traditionnel illusoire et que le rationnel légal vire à la folie douce. On a donc beaucoup de mal à y croire, à se passionner tant la finalité du rationnel légal n’est pas d’un rock and roll flamboyant.

Aussi, nos contre sens sont nombreux : quand, de la domination rationnelle légale, Max Weber construit deux formes d’éthique, celle de la responsabilité, et celle de la conviction, on se convainc de la vertigineuse déperdition du sens des mots. Allo, je répète la responsabilité de ceux qui nous gouvernent, si vous la trouvez, ramenez la chose à l’accueil.

Plus sérieusement, si l’éthique de conviction a un rapport avec des intuitions et des certitudes, je l’assimile au ressenti d’une urgence, un sentiment de survie ; il est un cri et une prise d’air. Quant à l’éthique de responsabilité, on n’oubliera pas ici que par rapport aux formes plus anciennes, il était l’émergence du rendre compte et du répondre de ces actes. Là, avec les pratiques de gouvernance actuelles, ça va beaucoup moins bien marcher.

L’hypothèse possible était que les deux formes d’éthique habitaient le même quartier : à la conviction répondait la responsabilité, à la responsabilité répondait la conviction. Je ne sais lequel des deux protagonistes a décidé de changer de crèmerie, mais on insinue  qu’ils se seraient séparés. Du coup, la responsabilité serait atteinte d’un mal nombrilique incurable et la conviction traversée par une forme de dépression gravissime.

Il est devenu logique de penser que le champ démocratique est une antiquité irrationnelle, que le conflit, une perte de temps, le désaccord un désagrément. Réapprenons à lire sur nos lèvres.

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