Huis clos, événement ou banalité des temps

Deux faits divers viennent marquer douloureusement l’actualité. Dans des conditions diverses, ils éclairent une tragédie moderne, celui du huis clos, grand fantasme ou l’être en crise échappe à tout lien, à tout appel et vient vivre jusqu’au bout ses pulsions, ses intériorités, sa capacité de nuisance. L’avatar, le virtuel sonne à nos oreilles.

Deux faits divers viennent marquer douloureusement l’actualité. Dans des conditions diverses, ils éclairent une tragédie moderne, celui du huis clos, grand fantasme ou l’être en crise échappe à tout lien, à tout appel et vient vivre jusqu’au bout ses pulsions, ses intériorités, sa capacité de nuisance. L’avatar, le virtuel sonne à nos oreilles.

Ce comportement apparait totalement fascinant parce qu’à l’heure du grand contrôle, peuplé d’ images redondantes et permanentes, il éclaire une redoutable compétence à échapper aux dispositifs de surveillance au sein même d’institutions qui donnent l’image de la plus grande vigilance et de la plus grande sécurité. Même si d’une certaine manière, on ne choisit pas totalement sa folie, l’atroce ne se propose pas tout à fait par hasard. Il y a donc à la manière d’un interdit complaisant, ce jeu du média qui traque une hypothétique vérité méticuleuse à l’intérieur de la drogue du flux continu et des actes délétères qui échappent. Cette situation constitue le cœur du  scénario des dramaturgies médiatiques. Elle est basée sur une escroquerie admise car aucune vérité ne peut se faire jour dans le flux continu qui produit ses annulations continues.  

Le huis clos signe un trait des pouvoirs d’aujourd’hui  à œuvrer dans le secret, sans regard externe, sans réaction possible, sans opposition. Le fait divers nous met sous le nez une déclinaison individuelle, terrifiante dans la forme destructrice de ses folies.

Pourtant, rien à priori de semblable entre le suicide d’un pilote d’avion avec cent cinquante personnes à bord et le viol méthodique d’enfants dans l’atelier du gout par le directeur d’une école. Rien, sinon, la porte fermée et impossible à ouvrir. Rien de commun entre une décision irrévocable d’un pilote  qui jette son appareil sur la falaise  et une perversité méthodique qui, dans un pied de nez saisissant à une institution qui l’a condamné, renait  au sommet d’une fonction symbolique, la direction d’école mettre en acte sa sale jouissance, rien sinon la porte fermée. L’acte sexuel pédophile constitue par sa négation complète de l’altérité, le pire  huis clos qui puisse s’imposer.

On entrevoit la grande faillite possible des systèmes de surveillance, qui constitue une parfaite métaphore de la rentabilité, obsolescence programmée, nécessité de sophistication éternelle avec en écho les points de sécurité toujours plus nombreux et plus imprévisibles qui ferment de plus en plus  hermétiquement les ouvertures facilitant tous les enfermements. Littéralement, le perdre contrôle commence à atteindre des niveaux astronomiques. On se rappellera avec nostalgie, l’ère du lien social imparfait, celui qui avec ses engueulades, ses envies et ses bonheurs et ses malheurs déclinait la sociabilité des êtres d’une autre manière n’empêchait  pas les catastrophes mais avait la possibilité de traiter les hommes avec plus de respect, d’attention. L’être comme une entité et pas comme une somme d’indices, de catégorisation et de prédiction.

Evidemment, de nombreux huis clos existent déjà mais le système actuel tend à les proposer comme des passages obligés. Contre le huis clos des détraqués, le huis clos éclairé de la répression clame tous les ministères de l’intérieur.

Il faut résister à la tentation  selon laquelle tout boucler, tout fermer, sous la responsabilité d’experts sophistiqués et qui nous veulent du bien  serait la réponse

Le fantasme sécuritaire est une machine à produire de la transgression qui n’a qu’un seul mot à la bouche : «  vous voyez, on vous l’avait bien dit. » à la manière d’un inachevé à perfectionner, d’une inquiétude à bichonner.

Un dernier billet sur médiapart - un lien vers mon nouveau blog

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