Operation Pandora

Revue de presse sur l'opération Pandora et ses cousines...

Un très joli nom quand on pense à une boîte de Pandore que l'on ouvre et qui nous livre, sans arrêt, sans limite ce que l'on y cherche... Sauf qu'ici, ce qu'il s'y trouve (et ce que l'Etat cherche) c'est la chasse aux anars, aux anti-systèmes comme l'on dit outre-pyrénnées.  D'autant plus que cela tombe à point nommé, si l'on puit dire. Les arrestations ont eu lieu à la mi-décembre et tout juste passés à 2015, Alfon a été condamné à 4 ans de prison (https://www.diagonalperiodico.net/libertades/25302-alfon-condenado-4-anos-carcel-por-hechos-del-14n.html) dans ce qui ressemble fortement à un montage policier en bonnes et dues formes. Son sac à dos, lors d'une grève générale  du 14 novembre 2012 comportait du matériel explosif. Son avocat assure pourtant que l'accusation n'a pas pu apporter un seul élément objectif que permettrait de corroborer les faits dont on l'accuse (“no presentó ni un dato objetivo que permita corroborar los hechos de los que se acusa”) et seuls les témoignages de policiers attestent du fait qu'Alfon portait  effectivement ce sac à dos...

Cela coïncide aussi avec la diffusion d'un documentaire en Catalogne sur le cas dit du 4-F, comprenez du 4 février 2006. Le documentaire s'appelle Ciutat Morta (ville morte) et est en libre accès (https://ciutatmorta.wordpress.com). Je passe sur le fait que sa diffusion à la télé catalane a été soumise à censure sur ordre d'un juge (http://www.eldiario.es/catalunya/TV3-recortar-documental-Ciutat-Morta_0_346815620.html). Le cas 4-F relate un autre cas de montage policier à Barcelone dont une des condamnée, Patricia Heras, s'est suicidée en 2011 lors d'une permission de sortie de sa peine de prison préventive...

Ajoutons à cela les condamnations l'année passée à 3 ans de prison à 2 personnes lors des piquets de grève de la grève générale en Espagne du 29 mars 2012, pour "délits contre les droits des travailleurs", vous comprendrez le comble de l'affaire (http://www.eldiario.es/andalucia/Ratificada-sentencia-Carmen-Carlos-participar_0_264574625.html). Considérés comme les 2 premiers condamnés politiques du mouvement 15M (les indignés)

Cette affaire Pandora, donc, intervient le 16 décembre 2014. L'arrestation de 14 personnes se déroulent dans des centres sociaux okupés de Barcelone et chez des particuliers de Madrid (https://efectopandora.wordpress.com, http://wiki.15m.cc/wiki/Operación_Pandora, un bon article en Français sur cette opération: https://nantes.indymedia.org/articles/30779). La manifs de soutien à Madrid s'est elle-même soldée par des charges policières et des arrestations. A ce jour, 7 sont toujours en détention pour des motifs d'attentats à l'explosif...

Pendant ce temps, la réforme de la Loi de Sécurité Citoyenne, dite Ley Mordaza (Loi Bâillon, en référence aux nombreuses limitations des libertés individuelles et collectives qu'elle peut sanctionner de lourdes amendes et de peine d'emprisonnement. L'arsenal législatif est décrit dans cet article: https://www.diagonalperiodico.net/libertades/25029-resumen-grafico-lo-viene-con-la-ley-mordaza.html. Entre la légalisation du renvoi immédiat (sans passer par la case juge) pour les illégaux à la frontière avec le Maroc (cas spécial pour l'enclave de Melilla). De 30 000 à 600 000 € d'amendes pour des concentrations ou manifestations aux abords d'infrastructures de services basiques (genre centrales nucléaires pour Greenpeace and co). De 600 à 30 000 € pour des manifestations convoquées près de bâtiments sensibles de l'Etat (genre le Congrès après les Manifs Rodea el Congreso) ou pour sa participation à une action contre une expulsion de logement (sport national espagnol ces 4 dernières années : plus de 170 000 expulsions pour des impayés de crédit aux banques), ou encore l'utilisation de données ou de photographies non-autorisées de policiers ou autre corps de sécurité de l'Etat. Enfin de 100 à 600 € pour prendre en photo un policier, pour occupation d'agences bancaires (action souvent utilisée par la PAH, plate-forme contre les expulsions), ou la vente-ambulante (top-manta, ciblage très clair des immigrés) ou encore le manque de respect envers un policier (qui cible n'importe quelle personne digne de ce nom).

 

Voilà un peu le panorama espagnol de ces derniers mois.

Salud !

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