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Billet de blog 15 avr. 2016

Ne restons pas en retard sur le temps

L’Humanité a ouvert un débat (25/03). Une révolution du travail est-elle possible sans révolution de la société ?. La confusion que font régner les ministres "socialistes" demande une réflexion. Bonne occasion pour reprendre quelques propositions politiques actualisées. Un objectif doit être, aujourd’hui, la semaine des 15 heures...

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Une révolution du travail sans révolution de la société ?  C’est possible, malheureusement ! Nous  vivons les effets de celle qui s’est déroulée depuis les années 60.   L’automatisme dans les productions a connu un essor énorme après la guerre de 39-45, la généralisation de processus de contrôle de la production avec des moyens de connexion électrique et informatisés.  Le temps humain soumis à des tâches de production a vu son efficacité multipliée dans les raffineries, les centrales électriques, l’ensemble des productions chimiques, puis la régulation dans les transports, les imprimeries, l’automobile et l’ensemble des industries mécaniques.   

Depuis 1950, la productivité horaire de l’industrie a progressé d’environ 300 %,  tandis que ses effectifs ont diminué de 40 %. Ceux et celles qui y travaillent  sont le plus souvent chargés de la maintenance et de l’entretien.      

Puis les tâches administratives ont été changées, avec les micro-processeurs, une miniaturisation accompagnée d’une énorme puissance de traitement.

Un énorme retard et d’immenses possibilités.

 Produire avec moins de temps et de main-d’œuvre s’accompagnait d’une contradiction. En 1964, de l’avis du Directeur du Plan (une Institution respectée dans la République gaulliste), Pierre Massé, il fallait prévoir la semaine de trente  heures autour de 1985 (Réflexions pour 1985. Travaux pour le Plan, 1964). De nombreux technocrates et penseurs du patronat partageaient cette conviction.  Et Pierre Naville avait montré l’actualité de la semaine de 35h et des changements possibles des rapports au travail (Vers l’automatisme social ?, éd. Syllepse).  

Au lieu de trois ou quatre équipes successives pour assurer des productions en flux ou en série, pourquoi ne pas changer cette organisation et compter sur huit équipes ou dix ;  des semaines d’environ  quinze heures ou des semaines de trente heure une moitie de l’année…  Avec la formation scientifique et professionnelle, des équipes assurant des tâches à plusieurs, cela est possible. C'est même ce qui fait vivre les industries et les services, malgré des contraintes "économiques" - entendons bien : néolibérales-. 

La richesse produite grâce à l’automatisme généralisé permettrait des gratuités, un mieux vivre, des salaires surs, profiter du temps libre, travailler, débattre autrement.

Une telle transformation de la société remet en partie  en cause l’accumulation de la plus-value; elle permettrait  à l’ensemble des travailleurs de ne pas vivre sous l’empire des craintes dues à la précarité et la domination sociale. Ce sont les raisons qui expliquent l’abandon  des solutions de welfare  (bien être social) au sein des démocraties occidentales. Pour les néolibéraux, avec moins de droits sociaux et moins de participation à la vie politique du plus grand nombre, les « démocraties seront plus gouvernables », a écrit en 1972 Samuel Huntington, (inspirateur de la Trilatérale).  En ce sens, chômage, discriminations,  divisions élitistes et ethnicisées sont un choix politique, auquel les partis de gauche se sont soumis.

Une révolution dans le travail, peut et pouvait se faire avec une socialisation nouvelle du travail : la garantie pour toutes et tous d’avoir un salaire garanti à vie. Une rupture avec le système capitaliste : plus personne n’aurait le droit de mettre un ou une salarié.e au chômage, d’où la possibilité de mobilité positive entre divers emplois, et la garantie de pouvoir se former à volonté au long de l’existence. Cette sécurité serait la flexibilité choisie par les salariés.

Faut-il  aussi la socialisation des entreprises transformées en biens communs et donc l’expropriation générale des capitalistes ?  Un capitalisme remodelé serait-il possible ? Il se poserait alors l’exigence de la réorganisation socialisée des productions et de l’autogestion généralisée.  

On fait vibrer la corde des mythes au sujet de la disparition du travail. Mais c’est un pas vers l’abolition du salariat qui est devant nous : pour tirer parti de la transformation du travail. 

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