Ne perdons pas notre temps

Construire une force de l’espoir, voilà à quoi nous voulons occuper le temps, en cette fin d'année. Oui à l’unité des candidatures pour toutes celles et . tous ceux qui luttent. Ensemble !, avec ses particularités, reflète assez bien les désarrois du moment. Nous sommes nombreux à rechercher, par des positions diverses, le chemin et les moyens d’une possible force politique...

Ne perdons pas notre temps.

 Ensemble !, avec ses particularités, reflète assez bien les désarrois du moment. Nous sommes nombreux à rechercher, par des positions diverses, le chemin et les moyens d’une possible force politique (un front politique et social) de lutte contre le capitalisme.

 

On peut rêver ? Imaginons que, pendant les mois de mobilisations contre la Loi Travail, les forces du Front de gauche, ainsi qu’une partie d’EELV et une partie des membres et élu.e.s du PS aient discuté publiquement, avec toute la population, d’une alternative à cette politique. Mais déjà, l’un était parti à part en dénonçant les autres, d’autres se souciaient de « primaires » pour sauver le PS tout en « glissant à gauche » sans rejeter nettement la direction, le Président et son gouvernement ; d’autres, enfin, -dont Ensemble !- n’arrivant pas à se faire entendre…

 

On ne peut croire que Jean-Luc Mélenchon ne sait pas distinguer entre « déclarer » sa candidature ou la proposer. Pourquoi imposer un choix avant de faire discuter des objectifs et des candidatures dans un ample débat politique ? Qui croira que se pose là un simple problème de « maladresse » de respect « formel » d’une discussion démocratique ? Cela prend à contrepied une réalité mouvante, l’aspiration croissante qui anime celles et ceux qui sont engagés dans des luttes sociales et démocratiques : maîtriser collectivement le cours des évènements et ouvrir des possibilités nouvelles pour un passage de ces luttes à l’élaboration politique.

Mais il fait le choix d’une démarche bonapartiste : le chef potentiel s’affirme médiatiquement et contraint à le « suivre ». Il impose son pouvoir au lieu de débattre pour emporter l’adhésion. Et, pour tordre un peu plus les mots, on appellerait cela « révolution citoyenne » ! Il faudrait, ensuite, ou tout approuver de lui, ou critiquer des « erreurs » ? Mais un tel « soutien critique » devient démoralisant ou ruineux.

 

Mesurons-nous les dégâts provoqués, depuis le mois de février, par cette fascination par les « offres » du meilleur produit médiatique dans l’enclos de la consommation électoraliste ? Au milieu d’une mobilisation mettant la majorité en crise, au lieu de participer à un débat pour les objectifs de transformations alternatifs à la politique de Hollande-Valls, que faisaient le candidat et les forces du Front de gauche ?

 

Prenons cependant aussi sereinement que possible la cacophonie actuelle dansnotre mouvement. Nous trouverons sans doute mieux ainsi les moyens de la dépasser.

Ce mouvement n’aurait pas été assez politique !

Comme si, en plein dans cette mobilisation, il n’aurait pas fallu mettre toutes les forces de la gauche alternative dans le débat politique, ce que nous voulions tenter avec la perspective d’organiser des forums : « nous proposons… ». « Si nous savons ce que nous voulons, nous pouvons. » (Faut-il le traduire en espagnol pour être compris ?)

 

 N’oublions pas que la proposition de lancer l’Appel des Cent, venant entre autres de syndicalistes notamment CGT, date de début février. Les causes du retard à lui donner une impulsion, relèvent aussi de cette séparation entretenue entre le mouvement et les options politiques. Nous ne pouvons pas nous contenter du commentaire : « le mouvement social n’a pas produit un débouché politique ». 

Faut-il hésiter à le dire ?  La dispersion du Front de gauche a joué un rôle négatif.

 

Heureusement, malgré des illusions politiciennes, ces derniers mois ont permis de placer des jalons : l’Appel des Cent, réalisé grâce à l’intervention de syndicalistes, des débats prenant au sérieux l’aspiration citoyenne et démocratique des Nuits Debout.

Un effort de lucidité est assez simple à partager. Jean-Luc Mélenchon a décidé de « faire le job » et bien peu voudront le suivre comme des godillots. Comme l’ont écrit les auteurs de l’Appel « Faisons Front commun », « tout cela ne pourrait aboutir qu’à des candidatures fratricides, y compris aux législatives, et à un désastre complet (...) Une candidature de large rassemblement est possible et peut résulter d’une construction collective impliquant directement, au-delà des forces concernées, les citoyen-nes ».  Certes, « la candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans les circonstances actuelles installée dans le paysage politique (…) Il faut donc franchir une étape. Afin de nous engager toutes et tous ensemble dans ce combat politique si important pour l’avenir de notre pays, il est indispensable que soit constitué au plan national, avec toutes les parties concernées, un lieu d’échange et de coordination qui rendra compte de notre diversité politique et sera ouverte aux acteurs des mouvements sociaux comme aux intellectuels, créateurs et artistes, qui manifestera notre ambition commune et donnera à nos campagnes présidentielle et législatives la plus grande efficacité ».

 Ce « lieu d’échange et de coordination » n’existe pour l’heure pas. Quand un candidat ne donne pas explicitement, au préalable, son accord pour animer conjointement une campagne, comment s'étonner de la diversité des choix : une ou des campagnes autonomes de soutien, pas d’appel sur un nom, ou bien un appel à voter pour une candidature ; cela vaut pour la campagne présidentielle comme pour les législatives. Certain.e.s sont prêt.e.s à voter pour lui comme on choisit un label connu des médias, faute de mieux ; d’autres ne veulent pas même envisager de voter pour lui. Serait-ce la même chose si nous avions un candidat intégré dans une campagne unitaire réelle ? Il y a encore les moyens d’opérer un sursaut, devant le désastre que serait une gauche d’alternative dispersée, incapable de combattre la droite et l’extrême droite avec des propositions claires, en rupture avec la politique suivie depuis quatre ans.

 Démocratie et libertés publiques : contre la répression, l’état d’urgence, les lois sécuritaires ; pour la liberté de circulation et d’installation, pour l’égalité des droits contre toutes discriminations et racismes, pour une citoyenneté effective, une refondation démocratique.

 Travail, chômage, salariat. Abolir le chômage dépend d’une volonté politique, salaire garanti à toutes et tous par la création d’une sécurité sociale professionnelle.  Réduction massive du temps de travail, contrôle collectif de l’organisation du travail et de ses finalités. Développement de services publics sous contrôle démocratique. Appropriation sociale des banques et des grandes entreprises.  Ouverture d’un débat, y compris avec les salariés concernés, sur la transition écologique.

 Europe : agir pour un nouveau traité fondateur d’une nouvelle union pour en finir avec ces institutions européennes dont les peuples ne veulent plus. Rejeter l’OTAN, participer à une politique de désarmement. Revoir les Traités et les dettes à l’encontre de tous les pays du pourtour de la Méditerranée et d’Afrique.

Menons ces débats de manière largement publique. Faisons apparaître les les exigences communes et les possibilités d’une politique opposée au néolibéralisme. Adressons-nous à toutes celles et ceux qui partagent cette option : des réunions, des rencontres, des débats publics peuvent permettre d’aboutir à une unité des candidatures pour la présidentielle et les législatives. Que cela puisse dégager un espoir, sans doute ! Affronter victorieusement la prochaine élection présidentielle, évidemment, n’est pas assuré. Mais, avant et après les élections, il faut sortir de l’ornière de la politique antidémocratique et sociale-libérale. Tant mieux si cela pouvait donner une victoire dans les urnes : les Nuits Debout et les mobilisations contre la Loi Travail et les dérives sécuritaires auraient ainsi une suite institutionnelle à la hauteur de ce qu’elles portent.                                                                                                

Construire une force de l’espoir, voilà à quoi nous voulons occuper le temps, en cette fin d'année. Oui à l’unité des candidatures pour toutes celles et tous ceux qui luttent ensemble. 

Pierre Cours-Salies           le 21sept

 

 

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