Nantes, le 17 novembre 2012 : un monde humain est en marche

François Hollande déclarait le matin-même : "Mais, en même temps, il y a aussi la force du droit et la primauté de la volonté, non seulement de l'Etat mais aussi des élus, et au-delà même des alternances politiques". La force du droit, c'est probablement celle qui permet par exemple de détruire des maisons contenant de l'amiante à coups de bulldozer, ou de secouer un arbre en haut duquel se perche un-e militant-e, dans le mépris le plus complet des procédures prévues pour ces situations.

François Hollande déclarait le matin-même : "Mais, en même temps, il y a aussi la force du droit et la primauté de la volonté, non seulement de l'Etat mais aussi des élus, et au-delà même des alternances politiques". La force du droit, c'est probablement celle qui permet par exemple de détruire des maisons contenant de l'amiante à coups de bulldozer, ou de secouer un arbre en haut duquel se perche un-e militant-e, dans le mépris le plus complet des procédures prévues pour ces situations. Comme quoi, « la raison du plus fort reste toujours la meilleure ».

Mais, Hollande et d'autres hommes politiques auront beau essayer de minimiser l'inventivité et la créativité des occupant-e-s de la ZAD, de les discréditer eux et leur discours, tout un chacun sait maintenant que ces militant-e-s sont capables d'organiser une manifestation rassemblant bien plus de personnes que cela ne s'était jamais vu au sujet de Notre-Dame-des-Landes, manifestation qui plus est doublée d'un chantier festif de construction d'au moins 5 bâtiments.

Dès mon arrivée sur la ZAD, le jeudi après-midi, je me sens chez moi. Les visages sont bienveillants, accueillants. Je commence par aller à la Vache-Rit, pour savoir où je dois mettre ma tente et quelques autres détails. Des panneaux m'informent à ce sujet : sur le champs en face des Rosiers. J'aide Rebecca à décharger son camion qui regorge d'aliments : de quoi réaliser 6000 repas. On trie la marchandise pour les différentes cuisines qui prépareront ces repas.

J'installe ma tente et profite d'un premier repas préparé par une association de Flamands arrivés sur la ZAD pour soutenir l'événement : 400 repas le jeudi soir, 600 au petit-déjeuner du vendredi, … pour culminer à plus de mille le samedi soir ! Je mangerai tout le week-end à prix libre, les approvisionnements étant réalisés sur des dons d'argent ou de directement de nourriture. Je passe la soirée du jeudi aux Rosiers où ont lieu deux projections, dont un reportage sur la résistance sur la ZAD.

Le lendemain, chacun est invité à s'atteler aux préparatifs pour le samedi sur le mode de l'autogestion. C'est ainsi que je coupe une cinquantaine de poireaux en lamelles et assiste à la construction de toilettes sèches et d'une barricade sur la route à l'ouest des Rosiers :

Barricade avec marionnette de CRS Barricade avec marionnette de CRS

Sur la route du retour sur Nantes, je croise une amie habitante de la ZAD qui me propose de m'emmener en voiture. Je ne lui connaissais pas cette voiture : normal, on vient de la lui offrir par solidarité il y a une semaine. Le samedi matin, je suis avec trois amis dans une voiture direction Notre-Dame-des-Landes. Grand suspens à ce moment-là : quelle sera l'attitude de la police ?? Il ne me paraissait que très peu vraisemblable qu'ils essaient d'empêcher des dizaines des milliers de citoyen-ne-s d'aller manifester, mais, j'avais peur de contrôles de papiers qui s'éternisent. En fait, je ne verrai pas de policiers en uniforme de tout le week-end.

Arrivé sur les lieux, première joie : voir toutes ces voitures garées sur le bord de la route ! Les organisateurs avaient prévu 15 km de voitures garées, ils ne s'étaient pas trompés !

Nous décidons tous les quatre de rester sur le bord de la route pour laisser passer le cortège et admirer les banderoles. Quelques slogans me sont restés en mémoire « Pour faire du fric il faut du flic » , « Crashe-toi du pues t'es pas de ma lande » , « On veut rien et on l'aura » , « Prends ZAD dans ta gueule ». Nous voyons passer une partie des 400 tracteurs, certains chargés avec les planches et palettes qui serviront aux constructions : c'est l'opération « Astérix », en réaction à l'opération « César » des expulsions organisée par la préfecture. La Brigade Activiste des Clowns (BAC) arrive, avec son cortège de farces : certains miment des avions, une autre est déguisée en parcmètre de chez Vinci :



Il nous prend l'idée de tenter de compter les manifestants. On décide de compter le nombre de manifestants qui passent par minute. Pour moi, c'est 100, pour mon ami c'est 150 à 200. D'accord, j'irai postuler à la préfecture ! Après une longue attente, 10 000 manifestants sont passés devant nous, au bas mot, nous décidons de repartir, et nous apprenons que nous avons vu moins de la moitié du cortège. La manifestation est un succès énorme, bien au-delà des espérances initiales des organisateurs eux-mêmes, nous sommes ravis.

Sur le bord de la route, nous observons des marionnettes qui nous font bien rire, comme celles-ci : « Les avions volent … la terre » , ou « Conseil santé de Vinci : manger au moins 5 paysans par jour » :


Quelques heures plus tard, nous arrivons sur le chantier, fin de la manifestation. Ici ce sont deux grands bâtiments pré-assemblés qui ont été installés depuis ce matin sur un terrain défriché dans le bois. Là, 3 habitations sont en train d'être construites. Au son de la battucada, une vraie ruche s'affaire : qui décloue des palettes, qui assemble une charpente, d'autres installent des fondations en pilotis ou sur pneus. Il y a de la gaieté, de l'efficacité, une formidable impression de puissance et de désir de vivre me prend alors que j'observe ce spectacle.

La soirée sera courte pour moi : debout toute la journée, je suis couché à 10 heures du soir ! Dimanche matin a lieu l'Assemblée Générale des manifestant-e-s encore présent-e-s. Les collectifs locaux se présentent : beaucoup d'énergie et d'idées innovantes se manifestent au cours de cette réunion autogérée.

Ces résistant-e-s ont fait la preuve de leur détermination et de leur capacité d'organisation et de mobilisation : gageons que ces constructions resteront là pour un moment et que les bétonneurs vont se faire des cheveux blancs !

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