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Billet de blog 2 mai 2010

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8.

"A côté de nous, deux Espagnols misérables et vieux parlaient et s'énervaient avec de grands gestes. Et je surpris dans leurs yeux des images de la fin de la guerre civile ... des familles accablées qui passaient la frontiére ... le dernier régiment catalan, sous la neige, déposait les armes sur la place du premier village français ... une vieille femme avait fait un feu et s'y chauffait les mains pour les passer ensuite sur les pieds d'une fillette qui pleurait dans son châle en serrant contre elle une poupée dépenaillée. L'Espagne au coeur misérable qui croupissait sous le soleil, l'Espagne misérable qui pourissait sous la neige ; l'Espagne envahie d'étrangers braillards et curieux. Comme un grand corps brûlé envahie de punaises.

Je lui parlai d'Ibiza, de sa faune curieuse, de ses coteaux secs et bruissants de cailloux, de ses côtes déchiquetées où, dans la lumiére crue du jour, la guardia civil trainait ses bottes ferraillantes et ses menottes cliquetantes."

Le vieillard avait cessé de lire, les sourcils haussés, il se massait légérement la tempe, les yeux dans le vague, encore penché sur le cahier. Puis il se redressa, s'adossant sur sa chaise, exhala un long soupir, le regard porté sur le montant de la fenêtre. Il tergiversa un moment, déplaçant un bol qui se trouvait prés de sa main droite, se gratta le haut de la tempe gauche, à la racine des cheveux. Encore songeur, il prit une dizaine de feuilles blanches dans un paquet qui se trouvait au pied de la table, contre le mur, fit un peu de place sur le plateau de celle-ci, en repoussant un peu le cahier sur la gauche, le bol vide sur la droite. Il déboucha le flacon d'encre et se mit à écrire, ses yeux se portant de gauche à droite, de droite à gauche, du cahier à la feuille d'abord vierge, puis progressivement couverte de signes, les sourcils froncés, puis détendu il écrivit :

"Il commencait à faire froid et je me préoccupais de trouver un endroit où passer la nuit. Il me dit de ne pas m'en faire, qu'il connaissait quelqu'un, qu'on serait bien chez lui, on pourrait même y manger" ...

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