Las peiras daus chamins

 

 

 

      Heureuses les pierres des chemins. Les pierres dans les champs, plus heureuses encore.

      Et les pierres qui sont dessous, dans l'épaisseur du sable mort, et qui ne voient pas la lumière.

      Heureux es-tu, toi qui dors ! Heureux es-tu, toi qui es mort, qui a oublié le bruit confus de la terre.

      Les pierres des chemins, qui portent la pluie et le gel, que la roue travaille et que le pied repousse, n'ont pas souffert ce que mon coeur supporte. Elles n'ont pas crié comme mon coeur de chair.

     Soit l'amour et soit la misère. Et ceux qui me tiennent. Le sang qui va où je ne veux aller.

     Heureux les morts qui ne savent plus le feu de cette terre et la pluie de l'hiver. Ce corps qui les emporte, l'âme qui ne veut pas, et l'éternel divorce.

     Heureux ! Mais bienheureux ceux qui n'en sauront rien.

 

 

                                                        Marcelle Delpastre    Saumes pagans.

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