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Billet de blog 18 mars 2010

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Israël

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"La chrétienté est devenue totalitaire, conquérante, exterminatrice parce qu'elle n'a pas développé la notion de l'absence et de la non action de Dieu ici-bas. Elle s'est attachée à Jéhovah autant qu'au Christ ; elle a conçu la Providence à la maniére de l'Ancien Testament. Israël seul pouvait résister à Rome parce qu'il lui ressemblait, et le christianisme naissant portait ainsi la souillure romaine avant d'être la religion officielle de l'Empire. Le mal fait par Rome n'a jamais été réparé.

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Dieu a fait à Moïse et à Josué des promesses purement temporelles à une époque où l'Egypte était tendue vers le salut éternel de l'âme. Les Hébreux, ayant refusé la révélation égyptienne, ont eu le Dieu qu'ils méritaient : un Dieu charnel et collectif qui n'a parlé jusqu'à l'exil à l'âme de personne (à moins que, dans les Psaumes?)... Parmi les personnages des récits de l'Ancien Testament, Abel, Hénoch, Noé, Melchisédech, Job, Daniel seuls sont purs. Il n'est pas étonnant qu'un peuple d'esclaves fugitifs, conquérants d'une terre paradisiaque aménagée par des civilisations au labeur desquelles ils n'avaient eu aucune part et qu'ils détruisirent par des massacres, -qu'un tel peuple n'ait pu donner grand-chose de bon. Parler de "Dieu éducateur" au sujet de ce peuple est une atroce plaisanterie.

***

Rien d'étonnant qu'il y ait tant de mal dans une civilisation -la nôtre- viciée à sa base et dans son inspiration même par cet affreux mensonge. La malédiction d'Israël pése sur la chrétienté. Les atrocités, l'Inquisition, les exterminations d'hérétiques et d'infidéles, c'était Israël. Le capitalisme, c'était Israël (ce l'est encore dans une certaine mesure...) Le totalitarisme, c'est Israël, notamment chez ses pires ennemis.

Il ne peut y avoir de contact personnel entre l'homme et Dieu que par la personne du Médiateur. En dehors du Médiateur, la présence de Dieu à l'homme ne peut être que collective, nationale. Israël a simultanément choisi le Dieu national et refusé le Médiateur ; il a peut-être tendu de temps en temps au véritable monothéisme, mais toujours il retombait , et ne pouvait pas ne pas retomber, au Dieu de tribu."

2.

L'homme qui a contact avec le surnaturel est par essence roi, car il est la présence dans la société, sous forme d'infiniment petit, d'un ordre transcendant au social.

Mais la place qu'il occupe dans la hiérarchie sociale est tout à fait indifférente.

Quant au grand dans l'ordre social, seul en est susceptible celui qui a capté une grande partie de l'énergie du gros animal. Mais il ne peut avoir part au surnaturel.

Moïse, Josué, telle est la part de surnaturel de ceux qui ont capté beaucoup d'énergie sociale.

Israël est une tentative de vie sociale surnaturelle. Il a réussi, on peut le supposer, ce qu'il y a de mieux dans le genre. Inutile de recommencer. Le résultat montre de quoi le gros animal est capable.

Isaïe le premier apporte de la lumiére pure.

*

Les Juifs, cette poignée de déracinés a causé le déracinement de tout le globe terrestre. Leur part dans le christianisme a fait de la chrétienté une chose déracinée par rapport à son propre passé. La tentative de réenracinement de la Renaissance a échoué parce qu'elle était d'orientation antichrétienne. La tendance des "lumiéres", 1789, la laïcité, etc., ont accru encore infiniment le déracinement par le mensonge du progrés. Et l'Europe déracinée a déraciné le reste du monde par la conquête coloniale. Le capitalisme, le totalitarisme font partie de cette progression dans le déracinement ; les antisémites, naturellement, propagent l'influence juive. Mais avant qu'ils déracinent par le poison, l'Assyrie en Orient, Rome en Occident avaient déraciné par le glaive.

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Le christianisme primitif a fabriqué le poison de la notion de progrés par l'idée de la pédagogie divine formant les hommes pour les rendre capables de recevoir le message du Christ. Cela s'accordait avec l'espoir de la conversion universelle des nations et de la fin du monde comme phénoménes imminents. Mais aucun des deux ne s'étant produit, au bout de dix-sept siécles on a prolongé cette notion de progrés au delà du moment de la Révélation chrétienne. Dés lors elle devait se retourner contre le christianisme.

Les autres poisons mélangés à la vérité du christianisme sont d'origine juive. Celui là est spécifiquement chrétien.

La métaphore de la pédagogie divine dissout la destinée individuelle, qui seule compte pour le salut, dans celle des peuples.

Le christianisme a voulu chercher une harmonie dans l'histoire. C'est le germe de Hegel et de Marx. La notion d'histoire comme continuité dirigée est chrétienne.

Il me semble qu'il ya peu d'idées plus complétement fausses. Chercher l'harmonie dans le devenir, dans ce qui est contraire à l'éternité. Mauvaise union des contraires.

L'humanisme et ce qui s'en est suivi n'est pas un retour à l'antiquité, mais un développement des poisons du christianisme.

Simone Weil, "La pesanteur et la grâce". Edit. Plon, 1948. pp 189, 190, 192,193.

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