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Billet de blog 21 novembre 2009

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Koblenz (le rocher de Zintring)

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Voix off : -La promenade à Zintring. Sur les rochers surplombant le Danube. Lucia et Carlito étaient à Maria-Laach, chez leurs grands parents...

Autre voix : -Il y avait, sur ces hauts murs, une fenêtre ouverte sur des enfants qui dormaient dans de grands lits en bois de merisier.

-Mais qu'est-ce que le merisier? demanda Jacquot, qui était encore tout étourdi de sa chute.

-C'est un bois qui produit des merises! s'écria le petit Louis.

Un (debout, regardant le sol) : -Quand dans la fange, quand dans la fange... (il scande, l'air égaré). Faites ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font... Et puis, et puis... ... Gundula Janinovitch... Ô soleil, ô mort, encore un petit train qui s'en va, maman, pére, des wagons. N.

Autre : -L'eau de feu, c'est pour me donner du courage, tu comprends? Du courage : que le coeur parle, tu comprends? Est-ce que tu parles ta langue? Courage, coeur. Que le coeur vive, pas le muscle, idiot! Mais ce que ça signifie, là, et qui s'est tu : mon être, moi, le petit moi, tout petit, le bébé, l'enfant, celui qui aime, qui vit par ce qu'il aime. Tu comprends? C'est trop simple, hein?

Plus loin : A, accroupi, regardant vers B : -Que feras-tu d'un pauvre fou qui ne vis que de la parole, ce vent, ce souffle, cette buée, tu sais, cette vapeur dans l'air froid qui nous entoure. A rien d'autre qu'à ce que cette gorge... (il se prend la tête dans les mains)

B, digne, compatissante : -De quoi crois-tu que je vive? Qui crois-tu que nous sommes? (Elle s'accroupit prés de lui) Que nous reste-t-il? Rien d'autre, ne le vois-tu pas? Ne vois-tu pas pourquoi nous avons tout brulé pour pouvoir en rejeter la faute sur quiconque ? Il ne nous reste plus que cette nef, ce vaisseau. Ne vois-tu pas où nous allons? Je voudrais qu'au moins nos mains se joignent au moment de notre abolition.

A pleure, crie : -Y a-t-il quelque chose?

B pleure, détournée, dans un coin.

A, la voix brisée : -L'abandon, l'abandon, l'abandon... (il crie :) Mon pére, où es-tu?

il rampe vers B : -Je voudrais que ma bouche s'ouvre exactement comme ton sexe... Regarde! Hagarde le baaton de la pâârole... (il se frotte sur le sol, en gémissant, hystérique) Dis-moi des choses inouies!

B se léve, hurle, s'empognant les cheveux, comme pour les arracher : -MES MAINS!

un temps, un silence. Les deux rassérénés.

A: -Bérénice, ce sont de ces limbes que je tire quelque chose, ce sont de ces limbes que je tire ma seule parole. Tu ne peux me reprocher ces limbes.

A accroupi, hagard: -Promet-moi que l'oubli n'existe pas.

B, se détournant : -Cette complaisance... m'est insupportable! Ne vois tu pas que nous perdons tout! Il n'y aura rien, aucun piédestal, aucun mémorial. (bas, très bas, presqu'inaudible) : -Un ruisseau, peut-être...

A s'est levé : -J'y vois rien, là. J'y vois rien... C'est la nuit? Allume!

B s'éloigne.

A: -Je voyais passer ces lourds et lents convois pour Lourdes...

B: -A Bobigny?

A: -Oui, en haut de la tour, les voies de liaison passaient juste en dessous. J'étais ivre. D'alcool. Et de mépris. Et je pensais : "Peut-être que les miracles ne sont rien d'autre que des trains qui passent et écrasent."

C: -Les sirénes des voitures de police, les sirénes des ambulances, comme des cloches à Noël, annonçant la venue de l'enfant, de l'onction.

A (s'adressant à C): -Vous voyiez bien qu'il buvait comme un trou, vous saviez bien que cela le tuait, et pourtant vous ne disiez rien, pas même un repoche, une parole forte qui l'aurait secoué. Vous étiez indifférents. Un mur d'indifférence, apparemment, un mur de glace, pas un mot pour réchauffer, voir brûler ce confort dans lequel vous vous endormiez. Vous saviez qu'il était le sel de la terre, et vous préfériez manger fade. Vous ne le mangiez pas.

B : -Des coups pour briser ce mur de glace, ce mur d'indifférence, écrire en rouge "frénésie", sur ce mur... C'est ce que tu as écrit, non? Tu te souviens? Lui, c'est toi, n'est-ce pas?

A : -Attention aux lucides, Bé! Le mal et le malheur. Un systéme.

J'en ai connu un -un lucide, raisonnable et sérieux, qui analysait... (entend bien ce que ce mot dit)... Il parlait de "principe de plaisir" en parlant de ceux qui prétendait refuser l'esclavage d'un horaire (comprend que les lucides analystes détachent et repoussent, comprend qu'ils parlent de l'autre, toujours de l'autre, ils projettent) en parlant de Piotr. L'analyste lucide ne voyait pas le plaisir qu'il tirait de sa vie confortable, sa femme, ses meubles, sa voiture, son fric...

Ganesh, les mathématiques sont de ce monde! Crie! Seul le cri est divin!

Le bouffon : -Va te faire foutre!

B : -La Ville de la Paix continue à lapider ceux qui proférent.

C : -Et ces pierres passent par les mains des femmes.

B : -Baisse la tête, du moins celles qui ne pétrissent pas...

C (comme à Marseille) : -Ho, Bérénice! Combien de jeunes femmes belles et fraiches ai-je vu se vendre pour de l'argent, et manquer ce qu'elles voulaient: le pouvoir. L'argent, Bé, va et vient. Le pouvoir, même sans argent, reste, même quand il disparait.

Bé le regarde fixement: -A voir! De quel monde enfoui me parles-tu?

C : -Tu ne sais pas ce que signifie paraître, Bé? La jeunesse ne reste pas, l'argent est fuyant - pas le pouvoir : je te parle de quelque chose qui est l'être lui-même, celui qui est lui-même.

B : -Tu comprends ce que je dis?

A (aparté, très fort) :-Elle me dressait vers le haut! L'héroïne en moi!

(un temps, plus bas) : Pourquoi ne puis-je plus pleurer? Pourquoi ce coeur sec? Pourquoi ce désert?

Le bouffon : -Pourquoi parle-t-il comme ça?

B , à A : -Pourquoi ne plie-tu plus les genoux? Pourquoi ne te prosterne-tu plus? Pourquoi ne te laisse-tu plus tomber face contre terre, (Elle crie) : Tu n'es rien! Entends -tu? Tu n'es rien! Plie, rompt, agenouille-toi! Laisse-toi aller à ton chagrin! Implore!

B : -Tu ne pouvais plus voir tes amis en face sans entendre en eux bouillonner la colére. Ils te reprochaient ta patience et la mort que tu laissais rôder autour du lieu où tu prétendais te tenir immobile.

Regarde s'avancer vers toi ce qui t'annonçera ta propre abolition. regarde ta lassitude. Ecoute ton souffle sifflant . Choisis! Enfin! Sois mort ou vivant mais ne reste pas entre les deux!

Laisseras-tu le monde te broyer encore et encore?

A: -Montre-moi la puissance de ce monde, tu me montreras l'avarice, le mensonge, la violence, la méfiance...

A: -Tu as voulu que je plonge en enfer... J'y suis. Me reprocheras-tu à présent de brûler?

B (fortement): -Je voulais que tu apprennes à vivre en enfer. Je voulais que tu grandisses. je voulais que ton ombre sur moi me soit un soleil... Je voulais que ton amour pour moi te porte au-delà de ta queue. Je voulais que ce feu qui brûle en toi te serve à grandir.

A: -Tu voulais que cela serve?

B: - Tais-toi!

Bé (bas, presqu'implorante): -Pourquoi es-tu revenu ?

A (tête baissée, calme) : -Je suis revenu pour te tourmenter... Tu sais bien... Pourquoi nous serions-nous rencontrés? Il fallait bien que cela dérange quelque chose... Affrontement ou confrontation, à toi de choisir... De toutes façons : passion, c'est à dire travail, tourment. Comment se fait l'enfant? Choisis : reste attachée à ton pére, cet homme charmant, ou viens, suis moi.

A (effondré de nouveau, grimaçant) :

-Je n'entendais rien...

Je ne voulais pas ce que j'ai fait, je pleurais déjà ton départ bien avant que tu ne partes. Je ne voulais pas ce que j'ai fait. Et pourtant il le fallait. Tu ne voulais pas voir ce cercle mesquin qui menaçait de nous engloutir.

B : -Que sais-tu de la mesquinerie? Qu'est-ce qui te permets de juger?

A : -Nous étions roi et reine et on voulait nous confronter à des problémes de chiffons. je voyais notre être tellement plus haut. Tu voulais m'imposer une présence mesquine.

B : -Je ne voulais rien, moi non plus! je ne pouvais pas rejeter celle qui m'avait porté en son sein.

A : -Qui t'avait!

(un temps)

C s'approche et lit un texte : -"Regardez ce à quoi est confrontée la paresse d'Oblomov : la carriérisme, l'agitation mondaine, l'esprit de chicane, l'activité culturo-commerciale. La robe de chambre et le divan oblomovien ne montrent-ils pas le mépris pour toutes ces tentatives de résoudre la question de la vie?"

A : -Qui, au monde, aurait le droit de m'empêcher de crier de douleur!

B : -Ta douleur on s'en tape!

A : -Tu montres bien là ton vrai visage!

C, aux deux, bas : -Vous n'allez pas recommencer...

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