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Le Club de Mediapart dim. 14 févr. 2016 14/2/2016 Édition du matin

Samizdat 1

Vous me le direz, vous me direz où vous voulez que je commence, d'où je repartirai. Moi, je ne sais plus choisir, entre les pentes du jbel Bou Iblane, près de Fés, la forêt de la Gatineau, prés d'Ottawa, la Schwarzwald, prés de Rastatt ou Baden Oos. Je ne sais plus, tout est éclaté. Mais il faudra faire vite, car je n'ai plus guére de temps. Il est vrai que la pression, parfois, vous fait faire des miracles. Ou des fautes.

 

Mais....

les erreurs, parfois, vous entraine à l'errance, comme un cheval va l'erre...

 

 

 

L'appartement dans le Midi. L'escalier de bois ciré. L'odeur : un mélange de parfum raffiné, floral, léger, et de fumée de tabac blond. Les objets : le cendrier taillé dans une nacre, une commade ancienne, au dessus de marbre dont s'échappent des vêtements : fins chemisiers, slips, soutien-gorges de dentelles légéres. Des disques dispersés ça et là, hors de leur pochette, sur le lit, sur le parquet.

Elle , au milieu de tout cela. Sa grande beauté. Son charme de femme-enfant candide. Et, sous cette candeur, l'infime fêlure de la perversion. Son sourire, son calme debout au milieu de cette piéce, légérement déhanchée, dans un pantalon bleu qui met en valeur ses longues jambes, en chemisier blanc largement ouvert, elle sourit tendrement, d'un sourire légérement attristé, d'une tristesse timide, légére, une buée, un voile de tristesse qui flotte dans la chambre au lit toujours défait comme la fumée bleue de ses cigarettes. Une femme-enfant, grande, belle, blonde, les yeux bleu-gris toujours un peu tristes... Dehors, un vent frais balayait l'été, la rapprochait de la mer, la plage au bout de la rue, le port, la persistance bleue du bleu du ciel sur le bleu turquoise de la mer sur laquelle éclate le soleil, des éclats blancs, sous la verticale lumiére solaire, à l'aplomb de la mer, de la plage, de l'eau.

Son corps blanc, tout à l'heure, dans l'eau, elle nage sans heurt aucun, elle embrasse et se laisse porter par la mer qui l'aime, qu'elle aime, elles se pénétrent l'une l'autre, elle nage souvent jusqu'à disparaitre à l'horizon. L'eau fraîche, un doux clapotis sous les oreilles. Ses cheveux flottent doucement derriére elle. A sa droite, la masse ocre d'une falaise. Il est assis là-haut, les jambes pendantes dans le vide.

 

 

Il est allongé sur le dos, sur le sol de cette falaise poudreuse au-dessus de la mer, les cheveux dans la poussiére. Son pied levé sur le soleil en cache exactement la largeur, il tire la langue comme pour goûter prudemment la brûlure de l'air qui asséche, brûle et retourne toute humidité, tout sentiment, abolis sous ce ciel.

En lui plus de place, pour rien, rien que ce vide sec, craquelé, qui se couvre lentement de poudre blanche, au fil d'une immobilité sans espoir ni désespoir, vide, simplement vide, sans même le sentiment du vide, sans rien d'autre que peut-être la pointe trés émoussée, diffuse, d'une attente, ou peut-être le souvenir d'une attente de quelqu'une qui, peut-être devait le rejoindre sur cette côte, cette lisiére, dans ce désert, cette abolition. Mais tout cela est tellement vague, deniére vibration de quelque chose qui n'a jamais été qu'un murmure, un songe, un échange sans engagement. Il ne reste plus que le creux d'une autre absence, le réflexe animal des cellules qui persistent à maintenir entre elles une cohésion, pour former ce corps qui n'a plus lieu d'être, et reste là, abandonné comme la charogne qu'il sera un jour, entre quelques buissons d'épineux et des pierres plus immobiles que lui, peut-être, mais plus sûres, plus assurées dans leur maintien au-dessus de l'eau transparente que surplombe ce cap.

 

 

Il est sur le sol poudreux d'une falaise. Les jambes allongées, le torse relevé, appuyé sur les coudes, la tête renversée, bouche béante, face au soleil, il voit la terre en haut, et le soleil en bas. Le poids de son sang , son cerveau oppressé l'attire vers le sol. Il pourrait se laisser aller, s'allonger tout à fait, les cheveux dans la poussiére, il voit la terre au-dessus de son front, un buisson maigre tremble prés de lui. Il reléve la tête, tire la langue, comme si... un pétillement malicieux dans les yeux, vite, une étincelle. Puis une chappe de lassitude, encore.

Le voilà au bord du précipice, au sommet de la falaise, ses jambes pendent dans le vide, le plein midi brûle et blanchit tout autour de lui: bleu pâle, le ciel, ocre la colline, d'un ocre très clair, presque beige. Ses jambes vêtues d'une toile d'un blanc très sale pendent le long de la roche, la mer scintille au loin, et seul ce scintillement permet de la distinguer du ciel.

En bas, tès loin, l'eau laisse voir les rochers immergés, les fonds de galets. La courte plage, au pied de la falaise, toutes couleurs abolies par la lumiére si crue, puissante, qui tape, réverbérée par l'eau et la paroi de pierre, elle estompe les formes, tout se fond en une pulvérulence.

Il se léve, à présent, il est debout, tournant le dos à la mer et au soleil, il penche la tête et pousse du pied un caillou.

Et voilà qu'il descend un chemin pierreux, passe lentement devant une petite maison aux volets d'un vert vif. De loin, sa silhouette dans l'air vibrant, ses vêtements se confondent avec les roches alentour, sa chevelure et sa peau brûlées par le soleil recouvertes d'une fine poudre blanche. Il descend vers le village, prés de l'eau qui clapote, puis un petit pont qui longe le rio asséché. Il longe la place ombragée où jouent les boulistes, remonte de l'autre côté, entre les murets de pierres, vers la poste.

-Hay una carta para mi?

-No hay nada, senor.

 

(et ce petit chemin, entre deux murets, qui remontait de la mer, là-bas, d'un bleu impossible sous la caresse chaude du vent, la baie entre ses murailles d'ocre, de cette terre brûlée, tu sais, l'alcool fort bu dans la nuit, il eût été alors, cette solitude pourquoi dans l'enchevêtrement réparable de vos désirs (un éclat de verre fiché sur le sommet d'un mur pour en interdire le franchissement, entre dans le cuir et déchire la botte. Il fait nuit. Les chiens pleurent. Une cave grandissante s'ouvre à l'infini de vos désordres.)

 

 

 

"... il n'est pas impossible qu'elle soit, elle aussi, d'une longue lignée de coupables. La maladie comme signe d'une culpabilité. Coupable: quelque chose que l'on coupe. (La terreur, là aussi, de toucher à des choses que l'on ne doit...) (Et cette voix.)"

Mais il y aurait eu encore ce chemin qui va à la mer ... (une cuisine où séchent des bleus usés, fraichement lavés... Dans l'odeur du sel, une discréte odeur de pin et de poussiére, de pierres surchauffées, de l'autre côté de la colline, dans l'autre baie ... Vous passiez votre été séparés par un amas de rocs, et l'eau transparente vous baignait dans le silence, l'oubli.

 

La mer, encore, l'écume, son corps blanc dans les rouleaux, prés du sable, derriére le hublot

 

 

(... qui entrait dans une colére noire, chaque soir, au crépuscule, quand la journée n'était plus le jour, n'était pas encore la nuit, entre chien et loup)

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Tous les commentaires
1) ce n'est pas moi , je ne suis pas l'auteur de la photo. 2) c'est à Cadaques.

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