Des livres, le livre-monde

 

 

   «  Au XIIIème siècle, saint Bonaventure écrivit qu'après avoir créé le monde par le Verbe, Dieu perçut qu'il paraissait mort sur la page, et il estima dès lors nécessaire qu'un second livre éclaire le premier afin de faire voir la signification des choses. " Ce livre est celui de l'Écriture sainte, conclut Bonaventure, qui montre les similitudes, les propriétés et la signification des choses telles qu'elles son décrites dans le Livre du Monde". Pour  Bonaventure, comme pour les talmudistes, un livre ( La Bible ) permet de lire l'autre livre ( le monde ), et tous deux contiennent par essence le même texte. Les commentaires talmudiques continuent de copier ce texte en le clarifiant et en l'augmentant, produisant avec le temps une stratification  de lectures qui reconnaissent dans le livre du monde un vaste palimpseste en évolution constante. C'est ainsi que la lecture progresse dans deux directions : en creusant vers le cœur universel dans l'espoir d'arriver à le sonder, et en tendant la main aux générations à venir avec un texte individuel toujours neuf, qui n'en finit pas d'ajouter aux précédents » .

 

 

Alberto Manguel, De la curiosité.

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