Est-ce que le duo France-Allemagne est encore au service de la construction européenne ? 48 ans après la signature conjointe du traité de l'Élysée par le chancelier Adenauer et par le général de Gaulle, la France et l'Allemagne ont des intérêts propres à défendre mais qui sont parfois contradictoires. De l'autre côté du Rhin, la crise de l'Euro atteint le moral du peuple allemand, ce qui a pour incidence un déficit de confiance en l'Union. Cette épineuse question renvoie à des formulations de mesures comme l'éventuelle éviction d'un membre ou de la partition nord-sud de la zone Euro. Et si nous proposions la création d'un fonds de sauvetage de la zone Euro ? Nul doute que l'immense défi consiste à l'abandon mesuré de la souveraineté nationale au profit de solutions communautaires idoines. Du prisme de l'actualité apparaît le décalage troublant traversant le couple franco-allemand, soutenons que le « Bien Commun Européen » résultant d'un essaimage d'idées artistiques et philosophiques, fonde notre identité européenne commune avec une accentuation grâce à des échanges universitaires, au bilinguisme et à des « lieux de mémoire ». Pour redonner un second souffle à l'axe Paris-Berlin, unissons nos forces dans l'acception fédérale de la construction européenne, de croire encore que l'être humain, à condition qu'il s'organise, peut déterminer son destin. De la responsabilité pénale naît la responsabilité politique. En l'occurrence, il s'agit de réunir les Etats et les citoyens aux enjeux politiques, économiques et sociaux à ce projet de civilisation, d'unir subtilement la diversité des modes (vie, habitat, consommation) et des religions. De porter la quintessence de l'identité européenne. D'exprimer pleinement la fierté d'appartenir à l'Union. De recommander à la France comme à l'Allemagne de reconsidérer les mises en oeuvre stratégiques à la lumière des forts enjeux communautaires d'aujourd'hui et de demain. Retourner à la réductrice échelle française ou opérer un repli en direction de la Bundesrepublik Deutschland; survivre dans l'un ou dans l'autre finalement n'a aucun sens, mais de penser la construction européenne sans intégrer la notion temporelle relève d'un manque de vision. De dire que la France s'effacera, puis que l'Allemagne s'écroulera, revient à un hors sujet. Pour entrer dans le vif du sujet, il est utile à la survie de l'espèce européenne de mettre en commun les moyens indispensables pour développer nos existences, assurer la paix, la liberté, la solidarité et la prospérité. Gardien de la démocratie, gardien d'un modèle social humaniste, respectueux des droits et des libertés, guidé par les principes de précaution et de subsidiarité, nous souhaitons simplement déléguer la souveraineté de certaines compétences jusque là « étatiques ». Citons un intellectuel de renom: Vaclav Havel (EUROPE/Documents N° 2527: L'Europe est la patrie de nos patries - Discours de Vaclav Havel au Parlement européen - Mercredi 11 novembre 2009 »: “For twenty years now, Europe is no longer severed in half. I firmly believe that it will never again allow itself to be divided, but, on the contrary, it will provide scope and initiative for ever deeper solidarity and co-operation. My wish is that Schiller's Ode to Joy should cease to be for us and our descendants simply a poem celebrating friendship among people and be transformed instead into a powerful symbol of our common striving for a more humane world.”
Pierre-Franck HERBINET