Confinement : que faire, recettes au quotidien

Pour beaucoup qui vivent en campagne, les multiples confinements ont été à peine visibles. Mais quelle statégie pour ceux qui vivent à trois dans 40 M2 en coeur de ville? Fidèle à notre méthode, nous allons les développer peu à peu.

Confiné la recherche du désenferment. Confiné la recherche du désenferment.
Vous voici maintenant enfermés : à une vie trépidante où il fallait jongler avec courses, enfants, job, compagne ou compagnon, carrières, belles familles, vous êtes maintenant repliés sur votre bout de famille. Et que se passe-t-il ? Pour qui a connu l'épreuve à deux, celle-ci a pu commencer dès les premières vacances à deux, en tête à tête, puis l'engrenage de la vie économique reprenant son cours tout a continué. Une vielle dame m'a dit un jour : "Lors de notre voyage de noce, il ne disait rien. J'ai pensé arrêter, mais mon premier est venu, le travail, et on est resté ensemble". Mais le premier enfant est venu très vite, il a fallu très-très longtemps pour que revienne cette constatation : à deux, il ne dit rien, il ne s'intéresse à rien, il déprime. Mais on s'aime néanmoins.

Confiné(e), vous n'êtes pas seulement devant vous-même, comme si vous étiez totalement seul(e) : vous êtes devant vous trois, et il y a même un public : votre petit enfant, par exemple. Disons donc le mari, disons l'enfant, disons vous. Et, pour les plus chanceux, le télé-travail, avec le bambin dans les jambes. Vous êtes alors face à ce que nous appelerons : la connaissance profonde de l'autre qui vous envoie en miroir la connaissance profonde de vous-même. Vous êtes face à la tolérance, à l'impatience que cela cesse, à l'énergie immaîtrisable qui se brise sur le "Non, je ne peux pas lui dire ça quand même", et qui vous revient en fermeture, en angoisse (étymologiquement, angustia en latin veut dire "resserrement", angustus, "étroit", lequel vient d'ango, "serrer". Le coeur bat trop fort de toute votre énergie. Mais qu'allez vous faire ? Comment allez-vous vous débarasser de cete énergie? Homme comme femme, femme comme homme, enfant ? IL VOUS FAUT UNE METHODE. Alors, non, cette image nest pas inéluctable !

Je vais vous l'exposer.

L'angoisse : étymologiquement, lieux resserés, étroits, qui semblent de presser physiquement contre vous. © August Friedrich Schenck, 1878 L'angoisse : étymologiquement, lieux resserés, étroits, qui semblent de presser physiquement contre vous. © August Friedrich Schenck, 1878

 

Le Gouvernement, en réduisant les marges drastiques de la liberté de circuler, limitele déménagement en campagne : or, en respectant les règles de distanciation, nul n'y serait plus contagieux. En les respectant, mais ceux qui ne font pas en ville ne le font à la campagne. Cette rubrique s'adresse plus particulièrement aux urbains de "classe" plutôt moyenne-aisée. Mais enfant j'étais toujours fourrés à Bondy, dans les grands ensembles de la banlieue parisienne, qui cumulent toutes les dérives socio-économiques. Nous y parviendrons, peu à peu. J'ajoute qu'en campagne vous serez plus solides, mieux portants, avec de la nourriture à portée de main, prêt à affronter les grandes crises à venir.

L'éducation des enfants et surtout des plus petits

L’absence d’école soudain, nous fait comprendre à quel point celle-ci structure la société : elle représente une part importante des services non marchands, qui permet l’activité économique. A long terme, c’est le niveau de connaissance. A court terme, c’est l’apprentissage de la vie en société, des relations avec les autres à cette idée dont dépendent nos sociétés marchandes, que le temps est scandée, qu’il peut se rétrécir, aller plus vite, à l’opposition du temps matière uniforme, linéaire, sans autre borne que le jour et le nuit, les saisons. Le temps des oiseaux et des petits enfants. Non celui de Charly Chaplin pris dans les engrenages de la société du profit.
Cette nécessité de se lever à une certaine heure, de voir les autres aller pressés, bien sûr Papa et Maman mais, dans beaucoup de cas, comme celui des ménages monoparentaux, que Maman, le passage de l’univers tranquille de la maison à l école, avec ses autres règles des temps, est le grand apprentissage sous-jacent de l’Education, nationale ou pas ; autre encore que celui de la ruralité, mais plus proche pour celui-ci de l’essentialité quand on travaillait la terre comme dans les années 1960, par exemple, selon un rythme aussi temporel, mais autre...
Je vais prendre le cas de la Maman seule avec ses un ou deux petits enfants : c’est soudain sur elle seule que repose le poids assumé par la structure scolaire, son héritage idéologique, républicain, son utilitarisme que nous venons d’apprendre, de machine à « normer », diront certains, sans jugement sur la norme, car il n'existe aucune société sans norme.
Plus important, elle est ce qui jette l’enfant vers la beauté du monde, s’il sait la tirer d’une banlieue surpeuplée, n’est plus.
Si maman n’est pas au chômage, elle va moins au travail et peut-être télétravaille.
Pour le petit enfant, l’équation est simple : quand Maman est là c’est pour s’occuper de lui.
Pour Maman aussi, l’équation est simple, et redoutable, en ville, dans 40 m2, par exemple : il faut créer des bornes temporelles et physique, une distanciation qui risque d’être interprétée comme « Maman » ne m’aime plus.
Je connais des Mamans qui ont institué un tableau du Temps : c’est le tableau du temps qui, dans toutes les situations, institue les temps de travail et la distanciation nécessaire pour le télétravail. Si le petit vient quémander un bisou, avec douceur vous lui répondrez : « Que dit le Tableau du temps à ce sujet ? ». Le tableau du temps dit que c’est plus tard, disons à10h30, que viendront quelques dizaines de minutes pour jouer, sortir en jouant ; par exemple, dans des rues plus calmes.
Autre rituels, les repas : dans cette vie claquemurée, ils revêtent une importance essentielle : cuisinons, surtout Messieurs, par exemple. Refaisons de ce moment un moment d’échange, télévision coupée.
Pour tenir, l’enfant tranquille, combien d’entre nous ne l’ont pas mis devant la télévision… Oui,mais là, que dit le tableau du temps ? Ce fichu tableau du temps nous apprend qu’il y a plein de choses désagréables dans la vie, comme de couper la TV, mais que les choses bonnes existent, et sont de plus en plus bonnes qu’on les a attendu longtemps ; c’est la loi du désir, on attend, attend, attend, et voilà le moment est là. L’enfant, par le désir, apprend le temps.

Bien évidemment, ce que je veux dire ne s'applique pas aux classes à distance, pour lesquelles je n'ai nulle expérience, faute d'en avoir parlé avec les intéressés des deux bords. Mais ceci n'est pas non plus un livre, exhaustf, complet.

Il va falloir, aussi, dans la relation, savoir alterner dans les journées les jeux physiques et défoulants, puis faire du soir un grand moment de paix, par exemple celui d’une lecture partagée.
Mais vous voyiez bien que tout repose sur vous toute seule, ou sur vous et votre conjoint(e).
Mais beaucoup de vous l'auront découvert seuls.

Les relations de couple
Le vis-à-vis imposé par le confinement va faire sortir beaucoup de choses : c’est une évidence. Pour connaître vos amis partez avec eux en vacances et voyiez comme vous et eux réagissent en galère. Pour connaître l’autre que l’on a choisi… confinez-vous. Le confinement fait partie des épreuves qui mettent les choses à vif. Qui abrase : si vous avez choisi une femme parce que c'est elle seule qui voulait de vous ou vous permettre d'avoir un enfant (j'ai ce cas, un choix reproductif, non dit), vous allez en subir le mauvais choix.

Si l’un ou l’autre compensait votre relation de couple par des moments « adultères », vous voyiez soudain qu’il y a une part de son équilibre, bon ou mauvais, qui disparaît et dont l’autre pouvait peut-être même profiter sans le réaliser (quant à l’"Adultère", il doit surmonter un vrai manque qu’il peut retourner avec violence contre vous, violence le plus souvent verbale, puisqu’il ne peut le dire : c’est une sorte de comble, mais c’est humain). Vous êtes alors dans l'incompréhension de ces colères soudaines de cet homme et de cet homme dont l'équilibre, ni bon, ni mauvais, reposait sur deux piliers.
Telle chose agaçait chez l’autre, mais dans les journées, ce n’était qu’épisodiques ; voici maintenant que vous avez sous les yeux le tic qui vous jette hors de vous.
Des petits riens deviennent essentiels. De grands riens couverts par le socle des habitudes aussi, comme le partage des tâches : ce n’est pas rien ce partage, si inégalitaire. Là, c’est pire que tout, car plus que tout, la maisonnée repose sur vos épaules. Les frottements s’aiguisent, les non-dits deviennent de plus en plus durs à supporter.
Vous êtes devant l’épreuve à laquelle vous n’allez pas pouvoir échapper : voilà quelques règles que vous pouvez appliquer, mais à condition de savoir se remettre en cause :
- le partage des tâches ; - le soir, jamais devant le ou les enfants, dresser le bilan de vos ressentis ; gardez votre calme, gardez vore calme, gardez votre... ; - ne « psychologisez pas », vous n’êtes pas devant un tribunal, vous n’avez fait aucune faute ; - dites la vérité ; - ne vous défendez pas, ni l’un, ni l’autre : comprenez ; - interdisez-vous tout mensonge.
Saisissez cette occasion de vous rapprocher. Si le discours est impossible, la remise en cause impossible, il vous faudra venir à la question : m’aime-t-elle, est-ce que je l’aime encore ? Si à mes suggestions elle se blesse, je dois comprendre d’où vient cela ? De ma manière de dire, de son éducation, etc. Approndissez qui est vraiment votre vis-à-vis. Et qui vous êtes. L’amour véritable va de pair avec une tolérance véritable. L’union de deux êtres de devrait jamais être l’union de deux névroses complémentaires : par exemple, un pervers narcissique choisit celle-là, ou celui-là… Il va falloir clair désormais dans l’autre, tout voir, avec la difficulté de se faire conseiller au téléphone par les uns ou les autres.
C'est pourquoi, comme le petit enfant auxquels vous donnez des règles, chacun doit avoir droit dans le couple à ses vrais moments d’intimité, où il se réserve la chambre, une heure par exemple, pour lui tout seul, pour passer des coups de fils, des textos, papoter, ou ne rien faire.
Comprenez aussi que ce qui aiguise les tensions, c’est l’absence… du monde.

Il y a a entre 20 et 40 ans une pression terrible, génétique, sociale, pour trouver quelqu'un, qui peut-être exacerbée par des caratéristiques propres : c'est une part majeure des films de fiction, par exemple. Or, si dès cet instant, il aurait fallu lâcher prise sur cette "nécessité", si de nombreux couples collent, d'autres, nombreux, ne collent pas ou mal. Confinés, c'est là que cela éclatera (mais cela eût certainement éclaté lors d'une autre crise, mais celle-là, bonjour). Contrairement à la vision que beaucoup ont de ce livre de la sagesse indienne appliquée au choix du partenaire et à la vie au quotidien, le Kama Sutra est loin d'être le livre des positions de l'amour : il est un manuel de choix et de vie en commun. Je vous conseille sa lecture, et de la faire partager avec son ou sa conjoint(e). Vous y découvrirez peut-être avoir rencontré un socio-psycho-etc.-type éloigné de vous : rappelez-vous que le livre a plius de mille ans et, si les tensions sont insurmontables, décidez de vous séparez : si elle ne le sont point, TOLERANCE. Pour ne point mettre les ferments d'un divorce conflictuel, il faudra vous aider l'un et l'autre dans ce choix.

C'est la compassion, autant pour vous que pour l'autre et les enfants.

Elle fonde la tolérance comme socle de la vie en commun, ou des derniers moments de celui-ci: elle peut permettre d'approfondir sa connaissance de l'autre et de soi

Elle ajoute que ce qui vous arrive est une "erreur", pas une "faute", rejettable donc sur l'autre : ce principe, fondamental, vous devez en prendre conscience, si vous continuez ou pas ensemble.

Le dire vrai, dans l'apaisement, fonde ou refonde sur l'honneteté, "faute exclue".

Le pardon devient essentiel : pour être profond, il doit s'accompagner d'un mouvement du coeur, d'amour. Il s'adresse autant à l'autre qu'à soi. Il faut aussi savoir se pardonner, et s'envoyer des sentiments d'amour, savoir se serrer dans ces propres bras et, homme ou femme, profiter de l'instant pour relâcher des larmes, mais jamais sous les yeux des petits.

Compassion et tolérance ne suffisent pas bien sûr, quoique : on m'a rapporté l'histoire d'une grand-mère qui, à l'interrogation de l'un de ses petits-fils, nombreux petits fils, répondez : "L'amour, connaît pas". Sur cete vision pragmatique, elle a fondé une énorme famille, qui lui renvoie cet amour. Sa tolérance, les valeurs de son époque, l'ont certainement contraint dans une couple, mais où elle a appris à supporter : nous n'en sommes plus là, fort heureusement.

Fin du premier épisode.

Le monde vrai : peut-on retourner au monde vrai dans un centre-ville bondé de gens portant des masques ? Oui, bien sûr.

 

 Pierre-Gilles Bellin

Depuis les Ovnis Papers, je ne tiens plus mes ordinateurs : l'un change de mot de passe : sur celui-là, par exemple, la souris fit sa vie (j'ai un film). Idem pour mes téléphones, dont des applications "stratégiques" deviennent inutilisables. C'est l'histoire de petites vengeances. D'où des fautes, parfois incorrigeables : les lecteurs voudont bien m'en excuser.

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