Coronavirus, deux mois de statistiques au jour le jour

J'ai créé ce billet de blog pour suivre la situation en temps réel : aujourd'hui, si la situation s'est stabilisée, le virus s'est inscrit dans le paysage. J'ai donc figé ce billet vers la fin mai, comme un témoignage et les interrogation que suscite cette pandémie.

Le virus Le virus
Didier Raoult a enfin accepté de s'exprimer, sur BFM TV. Très bon entretien, retour avec un homme-clé sur deux mois de pandémie, et plus encore. "Trouver un traitement est une hypothèse incertaine", vient d'indiquer le premier Ministre. Réaction de l'infectiologue, à l'opposé d'un Edouard Philippe. Un message optimiste, avec beaucoup de recul, auquel je tenais à faire écho. Pour l'entretien de Didier Raoult sur BFM TV : voir ici. Un médecin ouvre la bouche sur Agorax Vox : voir ici.

Baisse significatives des morts, d'abord autour de 300-400, et 178 le 7 mai, mais remontées à près de 400 le 14 mai. Malades cumulés en hôpitaux : 137000 (174000 en tout). Guérisons : 48000. Décès cumulés : 27000. Malades en hôpitaux : encore environ 60000 le 7 mai. Question : 1 mort pour 2 guérisons? 9000 personnes seraient mortes chez elle, environ 3000 ne se se seraient pas faites soigner... Retour à la normale dixit Financial Times : fin juin. Attente probable d'une seconde vague. Prévision pour la première : 45000 morts? Ce que je disais le 26 avril semble tout de même se confirmer le 7 mai.

Ces chiffres sont, je crois, les seuls réalistes, et concernent la première vague. Voir ici pour l'avance des traitement. Il y a dix jours, le ministre de la santé nous dit que l'étude Discovery semble avoir pris son élan : elle ne porterait enfin sur 800 malades en France et plus de 3000 en Europe, comme convenu... mais le résultat, c'est que non, cela était faux. Les résultats obtenus sont surtout liés à l'augmentation des lits de réanimation (de 5 à 10 000), au confinement, à l'abnégation des soignants...En attendant, le point Inserm (voir ici) est enfin arrivé. Je ne résiste pas à la tentation de vous le mettre (presque) en entier : "Au 7 mai 2020, 742 patients sont inclus dans l’essai Discovery essentiellement en France. Discovery dont l’investigatrice principale est la Pr Florence Ader des hospices civils de Lyon et le promoteur l’Inserm est un essai thérapeutique, fille de l’essai SOLIDARITY, conduit sous l’égide de l’OMS en Europe et dans le monde. Les données sont analysées à intervalle régulier par un comité indépendant (DSMB) au fur et à mesure des inclusions.  La semaine prochaine, le DSMB de l’essai se réunit pour analyser les données collectées depuis le 22 mars. A l’issue de cette réunion, comme l’a évoqué le président de la République, ce comité indépendant produira une synthèse."

Avec son ton toujours modéré, Ouest France (voir ici) donne les raisons de ce qui apparaît pour l'instant comme une déception. Quand au Monde, il titre : "Covid-19 : Sur les essais cliniques, l’Europe est un échec » L’infectiologue Yazdan Yazdanpanah déplore le manque de coopération européenne, qui entrave la montée en puissance de Discovery, une étude visant à évaluer l’efficacité de plusieurs traitements. (Propos recueillis par Hervé Morin Publié le 01 mai 2020 à 15h47 - Mis à jour le 04 mai 2020 à 11h10). Voir ici. Dans la Méthode scientifique, sur France culture. Nicolas Martin, producteur de la Méthode scientifique (je veux souligner ce nom), y fait un excellent point le 7 mai 2020 : voir ici. Roselyne Bachelot faisait récemment remarquer sur le progrès dans les remèdes qu'on assistait plutôt à une recombinaison des molécules qu'à une percée signifiante. Mais ce n'est pas pour autant que ces recombinaisons ne conduiraient pas en pratique à de vrais succès thérapeutiques et, au fond, les praticiens au quotidien ne cessent d'improviser créativement à partir de ce qu'ils ont. En fait, Discovery n'a rien découvert du tout, pour l'instant du moins.

Les masques arrivent avec le déconfinement, mais les soignants s'attendent à une seconde vague : vraisemblablement, fin juin, 20% de la population aura eu le Coronavirus. Selon les documents allemands en bas, le taux de léthalité globale serait de 1,2% de la population. Si on grignote 0,2, 1% de la population française cela fait 650 000 personnes. Cependant, il semble que le virus lui-même réduisent sa léthalité avec le temps, ce qui est son intérêt en tant qu'espèce s'il veut s'implanter dans le plus grand nombre d'hôtes.

Mode de calcul, très sommaire, pour connaître le nombre de personnes infectées dans son département: prenez le nombre de morts cumulés du jour, multipliez par 8 pour avoir le nombre de malades, et une fois que vous avez le nombre de malades re-multipliez par 10 pour estimer le nombre de personnes positives à Corona.

Le comique dans le tragique : le 18 avril, le ministre de la santé estimait la population positive à 10%. Mais, en fait, deux à six millions de Français auraient été confrontés au virus selon Edouard Philippe le 19 avril, soit un rapport de 5 à 2 par rapport aux propos de son propre ministre, qui est un professionnel, rappelons-le.

Par ailleurs, voir ici un point de vue sur la mécanique inusitée de Corana : invité, Bernard Duguet. Réponse à beaucoup de questions, notamment sur la question relative à l'immunité acquise après qu'on ait eu le Corona : voir Le Monde, ici. Une capacité de calcul sans précédent a été mise en oeuvre contre les protéines serrures... et le Globe trouve une unité : celle de toutes les équipes de recherche.

En France, en tout cas, les nouveaux diminuent avec lenteur. Par exemple, il y a 762 décès le 14 avril, 561 le 12, 635 le 11, 1438 le 15, 642 le 18, 400 le 19, 547 le 20, à peu près pareil le 21, puis 300-400, avec des baisses à moins de 200. En prenant aujourd'hui 26 avril l'hypothèse d'une régression constante de la courbe, les premiers décès ont été enregistrés le 21 février 2020, donc il y a 2 mois et une semaine. Rajoutons donc un peu plus de 2 mois et une semaine : nous arrivons fin juin pour le retour à une situation normale, ce que montre le site du Financial Times qui donnerait pour la crise première vague environ 90 jours. Les hospitalisations semblent marquer le pas: exemple, + 5% le 9 avril ; + 2 % le 18 avril, moins deux centaines aujourd'hui le dimanche 26 avril. Mais comme on part d'une base chaque fois plus faite, on reste autour des 2000-3000 cas supplémentaires quotidiens. Plutôt 2000 ces derniers jours, le 25 avril, seulement 500, comme le 7 mai.

Alors la mortalité ? 24 000 morts pour 166 000 cas (29.04), cela donne : plus de 14%, pour 12,9%, il y a 8 jours. On me dira : cela ne reflète qu'une partie de la population, les gens hospitalisés. Certes, mais il y a 15 jours nous étions à 10% (je fais avec les statistiques que j'ai, moi). Si on rajoute les 9000 morts chez eux, à leur domicile, pour les malades graves nous arrivons à 20% de mortalité.

La folie : rouvrir les écoles, contre l'avis des scientifiques.

Statista : le coronavirus en France

Contaminations, guérisons et morts liés au  coronavirus en France : voir ici. Pour voir votre département, descendez jusqu'en bas. Ce qu'il se passe à Paris : voir ici. Très loin de ce qui se passe, par exemple en Ille-et-Vilaine : voir ici. Le lien vous mène à tous les graphes possibles et imaginables, partout dans le monde, avec une carte de France. Les cas globaux en France : ils tournent autour de + quelques milliers par jour... mais disons que c'est une épidémie maîtrisée, en ce sens que sa progression est arithmétique, pas géométrique. A noter que les données France donne un total de cas cumulés à 129 000 personnes, (le 29 avril) et les données mondialisées près de 166 000 cas (voir ici). Ca fait une différence de 30000 personnes ! Devinez d'où vient celle-ci : des Ephads (voir ici) ! Le 26 avril, nous étions à près de 163 000 cas.

Dans la presse 

Au jour le jour, je souligne le très remarquable travail fait par 20 Minutes : voir ici. Les très intéressantes statistiques publiés en Suisse le sont par RTS. Au-delà des cantons, présentés en début de site, vous y trouvez graphiques, comparaisons, etc. On découvre notamment une comparaison de la montée de l'infection, pays par pays, ce qui permet une certaine extrapolation pour notre pays. Excellentissime : voir ici. Vous avez envie de découvrir une analyse intéressante sur un pays pratiquant le dépistage du coronavirus à grande échelle : voir ici. Pour la sous-estimation de la pandémie en Afrique, une journaliste a été déclarée personna non grata en Egypte car elle a déduit que près de 20 000 personnes étaient infectées. Voir ici. Preuve peut-être que le climat saharien atténué par une oasis le long d'un fleuve ne protège pas de l'infection. Une vision globale de l'épidémie : voir ici. Vous avez la vision mondiale et, en cliquant sur chaque rond rouge, la vision pays par pays, voir province par province comme la Chine avec la province du Hubei, d'où est partie l'épidémie. En vert figure en effet les cas de guérison, qui équilibrent presque les cas d'infestation (il ne resterait plus à ce jour de malades). Juste un bémol : la Chine nous a trompé sur les vrais chiffres de mortalité, ce serait 2 fois davantage. Le premier cas a été repéré en septembre et gardé secret.

Les Ephads

600 000 personnes vivent aujourd'hui en France dans l'un des 7200 Ehpads (dont 43% sont publics). Cet article du Monde souligne que la moitié des morts proviennent des Ephads (voir ici), ou du tiers si on ne comptabilise pas les morts à domicile. Soit environ 10000 morts en Ephads.

Palme d'or à Benoit Deshayes sur Internaute (voir ici) : "Selon le dernier bilan de ce 6 mai 2020 au soir, 71 548 cas de coronavirus ont été recensés dans les établissements médico-sociaux (EMS) et d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) depuis le début de l'épidémie, soit 34507 cas confirmés auxquels il faut ajouter 37041 cas ''probables''. Un décompte particulier, basé uniquement sur les symptômes, qu'a décidé de communiquer Santé publique France depuis le début du mois d'avril. 9572 résidents d'Ehpad sont morts du Covid-19 au sein même de leur établissement. Un bilan qui monte à 12 958 décès si on y ajoute les résidents d'Ehpad qui ont succombé après avoir été transférés à l'hôpital. Les résidents des Ehpad représentent une large part des 25 809 morts recensées au total en France depuis que le coronavirus y a fait son apparition. Si on se penche un instant sur la progression du nombre de décès en 24 heures, les Ehpad représentent 101 morts sur 278 décès de plus au total depuis la veille sur l'ensemble du bilan. En nombre de cas, les Ehpad représentent 399 cas confirmés supplémentaires en une journée sur 4183 cas confirmés de plus au total." Un bilan basé sur les symptômes : donc quel multiplicateur faut-il ajouter pour connaître le nombre de personnes positives en Ephads. Trois ? Cinq ? Dix ? Si on prend 3, 100000 de nos Anciens seraient positifs.

Les cas asymptomatique

A combien estime-t-on les cas asymptomatiques, c'est-à-dire le nombre de gens porteurs du virus mais ne présentant aucun signe de contagion. J'ai été voir ça en Belgique. Voir ici les propos du professeur Juvin, sur RTBF. Le cas du Diamond princess est atypique, car on voit clairement, sur un cas de confinement de 3700 passagers plutôt âgés, se dessiner un mortalité de 1,2% : voir ici. En fait, un consensus se fait qu'une personne infectée en infecte 3. Autre chose, Corona est présent dans l'air, où il s'accroche aux particules fines, ce qui li permet de voyager  très loin. Selon le ministre de la santé à la moitié du mois, 10% de la population aurait été en contact avec Corona et aurait développé des anticorps. Donc, si on croise 10 personnes, une est infectée. Dans deux mois, cela sera peut-être 20%. Rajoutez une deuxième vague cet été, 40%, puis une troisième vague à l'automne et à l'hiver, combiné avec la grippe : 60%.

Le "taux de reproduction de base" de Corona est plus que la grippe (1,3), nettement moins que la rougeole (plus de 12), est comparable au Sras (3). Cependant le patient-1 en Italie aurait à lui seul infecté une dizaine de personnes. D’autre part, certains mettent en garde sur une sous-estimation possible du nombre de cas, comme je viens de le dire. Ainsi une étude de chercheurs du centre des maladies infectieuses de l’Imperial college de Londres "estime qu’environ les deux-tiers des cas de Covid-19 sortis de Chine sont restés indetectés au niveau mondial, avec pour résultat potentiel des chaines multiples non-détectées de transmission humaine hors de Chine". Cette hypothèse pourrait expliquer l’apparition de foyers multiples en Italie. " Voir ici cet article : "Coronavirus en Belgique : mortalité, symptômes, transmission, traitements, vaccin, confinement, le vrai du faux". Le confinement a fait tomber ce taux à 0,5.

Economie : pire que la crise de 1929 et tout repenser ? Ce que l'on appelle le capitalisme est assez pragmatique

En effet, quand on fera les comptes, que se passera-t-il pour l'économie mondiale. Que restera-t-il debout ? Y-a-t-il une valeur refuge ? Je vous ai mis un lien d'un type assez génial : voir ici. Il se projette vraiment bien dans un scénario possible, parmi d'autres bien sûr, mais cela fait phosphorer. Le Financial Times reprend les chiffres déjà évoqués sur la pandémie, avec un intéressant zoom sur la remontée de l'activité économique en Chine. Voir ici. A certains égards, la seule solution serait-l'interdiction immédiate de la spéculation et des achats à terme, à découvert. Ce fut le cas dans la France jusqu'à la quasi-fin du dix-neuvième siècle, ou un article du Code Civil interdisait cette pratique. Car la pratique amplifie les chocs endogènes comme exogènes.

Dans les grandes pandémies de le Peste noire, au Moyen-Âge, on a noté une remontée démographique très rapide, une amélioration du niveau de vie des survivants et, les salariés étant plus rares, ils ont pu imposer leur point de vue. Il semble même que la peste ait commencé par endroits à mettre fin au servage. Faut-il passer par perte et profit la dette mondiale. Pour ne pas crasher le bilan des établissements bancaires, on transformera nos dettes en dettes perpétuelles remboursables sur deux-cent ans, par exemple. Ne riez pas, attendez juste de voir. Les dettes des états seront toutes rachetées par les banques centrales et jetées dans une sorte de feu virtuel : on saura très bien faire ça. Intéressante discussion avec un banquier : si on passe par perte et profits les dettes publiques, un banquier m'a dit qu'on perdrait la confiance, et que celle-ci est fondamentale. Certes : mais la confiance n'est-elle déjà pas perdue ? En 2020, est-ce qu'il est tolérable de demander à la population de payer et la crise des subprimes de 2008 et la crise du Coronavirus. La question se pose juste pas. Très bon article des Echos : voir ici.

Les nouvelles vagues

Celles-ci nous condamnent-t-elles à rester figé dans l'atonie économique? Voir ci-dessous ce chiffre issu des données du Financial Times, qui montre la persistance de cas en Chine (ci-dessous). "Le confinement ne fera pas disparaître l'épidémie", selon les modèles mathématiques : voir ici, sur Mediapart. L'article n'est pas en clair, mais il montre qu'en l'absence de remède il faut que 66% de la population soit infectée pour que les chiffres régressent. Il faudra donc attendre début mai pour savoir, et modéliser ces lieux ont les structures sanitaires ont disparu : Syrie, camps de réfugiés, Gaza, Afrique... bref, tout ce que nous avons délaissé, et d'où pourraient renaître de nouvelles vagues.

Une stratégie intéressante liant effets de l'épidémie et minimisation de ses effets sur l'activité : celle de l'Allemagne

En PDF, je vous mets ce document. J'ai eu beaucoup de difficultés pour le sourcer, donc je me demande s'il ne fait un peu partie d'une thèse complotiste. Néanmoins, son cheminement intellectuel est intéressant et non dénué de bon sens. Pour résumer, il considère que, sans un traitement efficace disons d'ici trois semaines et compte-tenu de sa pyramide des âges, l'Allemagne perdrait 2% de sa population !

Document pas inintéressant, qui émanerait du gouvernement allemand. (pdf, 342.4 kB)

 Théorie du chaos : l'éco-système contre l'homme ?

La théorie du chaos développe une idée centrale, la convergence des crises (voir ici, quand les Athéniens furent frappés à la fois par la peste et le guerre : notez la résilience de ce peuple, son extraordinaire capacité à rebondir, qui est aussi la nôtre). Aujourd'hui, une crise sanitaire développe une crise économique, révélant les fragilités d'un système hors-sol. En toile de fond, se développe la crise bio-climatique. Une crise migratoire liée à la désagrégation syrienne a suffi elle seule à déstabiliser les structures démocratiques européennes, et peut être vue comme une des causes du Brexit, le tout sur fond de crise identitaire. Des pays européens plongent dans la dictature, comme la Hongrie, et la Turquie encore davantage. L'ensemble des institutions trans-nationales, de l'Otan à L'Onu en passant par l'Union européenne suit la crise, ne la précède pas : aux échecs, quand vous perdez l'initiative... La crise sanitaire renvoie, elle, à une conférence de l'Unesco dans les années 2000 où, sous le parrainage de Jacques Chirac (présent à la cérémonie d'ouverture à laquelle j'assistais d'ailleurs), le monde de la recherche pronostiquait l'irruption de grandes pandémies, au fur-et-à-mesure que la population empiéterait sur les marges de l'éco-système naturel. S'y tiennent en effet de grandes réserves virales, que n'avaient pas encore rencontrées les populations humaines et contre lesquelles elle ne sont pas immunisées (les relations hommes-animaux sont pleines de contaminations en échos, lors desquelles les uns et les autres développent leurs défenses immunitaires). Que peut-il encore sortir de ce réservoir ? Voir sur Mediapart un très bon article, de Jade Lindgaard et Amélie Poinssot. Nous sommes entrés dans un court terme dont nous découvrons, jour après jour, les inflexions incontrôlables. C'est cela, peut-être, la grande nouvelle : dans ce court terme, le système de la dette publique, bâti sur des projections à quelques dizaines d'années, s'effondre sur le poids intersidéral d'un pangolin crucifié par une brute. Le pensée économique toute entière vacille devant les conséquence du génocide barbare pratiqué sur la Nature, le "Treblinka des animaux".

Un bouleversement copernicien de nos conceptions face à la nature : euh, j'ai fais ce rêve

Et si la crise coronavirus signait la résurgence du système Gaïa et le triomphe posthume de Lovelock ? Il existe en effet une dynamique qui va de notre monde intérieur, de l'intime de nos psychologies, au monde extérieur où nous déplaçons aujourd'hui plus de sédiments que le globe, et qui nous confronte au moins sur un mode symbolique à sa propre psychologie. De nos mécaniques mortifères à la mécanique re-stabilisatrice du Vivant, voici en quelque sorte ce qu'est le système Gaïa dans son essence panthéiste. J'ai essayé d'illustrer ce point de vue dans un article sur ce blog, en partant de l'analyse faites par Paul Ricoeur sur Freud, à un moment où l'on faisait mousser ce magnifique philosophe, pour des raisons purement politiciennes, succinctement parce que Monsieur Macron avait un moment classé ses papiers et se cherchait des amis dans le monde intellectuel : voir ici. Comment Paul Ricoeur et Freud mènent-ils à Gaïa et Lovelock, c'est ce que j'ai tenté d'exposer ici. En termes de leçon de vie donné à travers la mort massive, c'est là un cas presque pur dans l'horreur qui nous rappelle les pires moments de notre histoire, tue nos Anciens que nous ne pouvons plus accompagner dans leurs derniers instants. Pour un homme seul qui s'est prétendu ricoeurien et l'ami des philosophes, c'est le retournement ontologique dans sa glaciale essence. Pourtant, je peux vous assurer que dans 90% de mes conversations, le rapport entre notre rapport agressif à la nature et le développement de cette pandémie n'est pas fait. D'ailleurs, le braconnage au pangolin a repris, et j'ai entendu dire que les marchés aux animaux sauvages avaient ré-ouvert en Chine : admettons que le problème est chinois. Mais que fais ici le gouvernement pour, par exemple, réduire l'épandage des pesticides presque contre les habitations ?

Une militaire du porte-avion Charles de Gaulle a mis le point sur une conséquence inattendue de Corona : la perte de la confiance entre les marins eux-mêmes, qui suspectaient leurs camarades d'êtres porteurs. Dans ce milieu ultra-solidaire, d'entraide et de camaraderie, c'est le choc. Et si nous vivions cela au niveau du globe ? Dans la population, l'idée se répand que seul un retour aux frontières "nationales" limiterait ce type d'épidémie : on ne peut presque rien faire quand ce genre d'idée s'arrête dans une caboche.

Défense et démocratie, défense de démocratie?

Pour commencer, je vous ai laissé (voir ici de plus amples détails) l'article intitulé "L'opinion publique, le gouvernement et le commandement face aux pertes humaines de guerre", dû à l'excellente plume de Jean-Jacques Arzalier, docteur en médecine et chef de service, médecin en chef des armées (CR), daté du 6 février 2000, fait le point des pertes comparées des grands conflits inter-humains. On voit que si on intègre les 9000 morts personnes mortes chez elles, que Corona tue plus de blessés (ici, de malades) que les plus grands conflits. Dans le secret de leurs labos, de nombreux militaires ont rêvé de l'armé bactériologiques : voilà, elle existe, et ce n'est pas eux qui l'ont inventé. Mieux que les neuro-toxiques à pulvériser sur un champ de bataille, le matelas d'un dissident, ou que le Lymphéal réservé à certains privilégiés. "Covid-19: les fables de la «grande muette» (6 mai 2020, par Justine Brabant. ) Derrière une communication cadenassée, les documents et témoignages recueillis par Mediapart démontrent que depuis le début de la crise sanitaire, l’armée française multiplie les approximations et mensonges par omission. Au risque de propager le virus, des marins testés positifs ont été autorisés à rentrer chez eux. Quant à l’hôpital de campagne de Mulhouse, archi-médiatisé, il n’avait, le 21 avril, accueilli que 46 patients". Voir ici, sauf que ce n'est pas en clair. Deux choses commencent à apparaître : la surmortalité pour 2020, qu'étudie actuellement l'Institut national de la démographie (L'INED), et la mise en avant de populations à risques : le grand âge, l'obésité, les personnes déjà malades. Voir ici une interview. Actuellement, l'organisme travaille d'arrache-pied pour mettre des indicateurs statistiques plus détaillés. Nous pourrons alors prendre un peu de recul historique quand ce travail aura été effectué et comprendre de quelle manière l'année 2020 aura été historique.

Et quid de notre Président de la République ? L'impossible gestion d'un mensonge d'Etat.

A la tête d'un machine aussi inertielle qu'est l'état (mais solide par cette inertie), la marge de manoeuvre du PR est en fait assez limitée : le système vient du temps où les "datas" à gérer était compliquées, certes, mais assez simples tout de même pour être gérées par une cinquantaine d'hommes.

Sur Corona stricto-sensu, puisqu'il n'y aura pas de vaccin avant 1,5 an, pendant ce temps le Président peut considérer qu'il peut gérer de manière maîtrisée la pandémie, en remarquant que celle-ci touche à 50% nos grands Anciens, d'autres souffrant de multiples pathologies, et peu les figures de la "start-up nation". Peut-être pourrait-il être tenté d'instrumentaliser la peur, et d'envisager de restreindre les explosions sociales à venir quand la crise économique éclatera au grand jour en jouant sur l'impossibilité d'un déconfinement que signifie tout mouvement social. Le traçage médical total de la population (Voir ici : " Traçage des cas suspects de Covid-19: le secret médical en question (7 mai 2020, par Caroline Coq-Chodorge), ou le communiqué de Transparency international, ou encore sur Mediapart: "Etat d'urgence sanitaire: le Parlement humilié" (voir ici), montrent autant de petites piques bien ajustées sur l'état de droit. Sur fond d'un monde sécuritaire que l'on dit avoir basculé à l'extrême-droite et qui, finalement, en tant que force stricto sensu, a sauvé le régime des Gilets jaunes (enfin, non : d'une négociation généralisée et dans la douceur).

A ce jour, la marge de manoeuvre du PR est infime : mais elle passe par dire la vérité et, reconnaître le prix à payer, pour lui comme pour nous, et cesser de tenir le régime au travers de ces policiers qui, pour beaucoup aussi, se sentent instrumentalisées pour cette mission, loin des raisons pour lesquelles, souvent, ils se sont engagés (petite histoire : sachez qu'on leur interdisait le port du masques... pour les amener à développer une immunité naturelle , ou par absence de masque? Ce n'est pas dit) : cela ne se peut plus. La vraie arme, c'est la négociation. Il faut démocratiser, rendre transparent et considérer, a contrario, la crise du Covid comme une opportunité. On parle de généraliser les "datas" santé : pourquoi ne pas généraliser les dates "pouvoir". Monsieur Macron a comparé, aux jours de son intronisation son épopée à quelque chose de "christique" : et si en effet l'heure était venue pour lui d'un certain dépouillement ? Ce genre de mot est, ce que l'on appelle dans une certaine philosophies, un mot "boomerang", porteur d'une leçon radicale. Car, dans le cas contraire, ces exemptions pour la bonne cause ne risquent-elles pas, comme pour les lois d'urgence de l'ère Hollande, d'être maintenues dans le monde de l'après Covid, d'autant que, par exemple, pour le secret médical, elles fourniront en nombre des datas médicales industrialisables pour le business du médicament ?

Car en effet, que sera ce monde de l'après-Covid ? En 2020, quatre aléas impossibles sont survenus : Covid, le clouage au sol de tous les avions de lignes, une crise économique sans précédent édifiées en partie sur les failles laissées par la crise de 2008, une crise bio-climatique s'emballant où les 2-3°C sont dépassés en maints endroits, une démocratie qui continue à chanceler, aucune solution sociale en vue. Cinq aléas, non moins. Dans ce monde du chaos, ou le Terre semble avoir lancé l'offensive contre notre barbarie technicienne, ou notre barbarie tout simplement, tout cela montre que jamais notre arrogante civilisation n'a paru aussi fragile. Au point de ne pouvoir trouver assez de masques chirurgicaux, tandis que l'on a jamais été en rupture de stock sur les gaz lacrymogènes. L'humilité, la modestie, le dévouement, la résilience et la compassion sont nos seules armes.

 "Ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent
l’armée ennemie sans combat.
Ils prennent les villes sans donner
l’assaut
et renversent un État sans opérations prolongées."
Sun Tzu, L'art de la guerre

Mortalité des grands conflits mondiaux : puisque nous sommes en guerre, la comparaison avec le coronavirus s'imposait. Mortalité des grands conflits mondiaux : puisque nous sommes en guerre, la comparaison avec le coronavirus s'imposait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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