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Billet de blog 10 févr. 2017

Immoral ?

En attendant de savoir ce qu'en pensera la justice, peux-on reprendre enfin le débat des idées ou la question morale doit-elle d'abord être tranchée ?

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Depuis maintenant plusieurs semaine, la campagne électorale est confisquée par l'affaire Fillon. Sera-t-il mis en examen, ou sera-t-il blanchi ?

Mais la question qui se pose à nous, électeurs, n'est pas vraiment celle-là. Dans trois mois un nouveau président prendra la direction de notre pays pour 5 ans, conditionnant notre avenir. Nous devons le choisir en conscience.

La question de la légalité regarde essentiellement la justice et les mis en cause. La condamnation judiciaire d'un ou plusieurs protagoniste ne me parait ni évidente, ni surtout indispensable à mon choix d'électeur.

Notre choix à nous, citoyens, est moral, c'est à dire guidé par le compromis individuel que nous faisons entre notre éthique et une vision plus pragmatique des contraintes du monde. C'est très personnel et souvent assez douloureux. Le programme est il bon ? Le candidat pourra-t-il ou voudra-t-il l'appliquer honnêtement ?

Quelles bases de réflexion éthique avons nous ? Les faits. Ils sont nombreux, mais je vais en prendre deux qui pour moi sont les plus saillants, et qui ne sont pas contestés il me semble.

1) L'argent publique
 - Un député ne peut consacrer plus de 50% de son crédit collaborateur à un membre de sa famille. Madame Fillon était rémunéré à cette limite légale.
 - En devenant salarié du suppléant de son mari, le salaire de Pénélope Fillon augmente soudain à 80% de ce crédit.
 - Le reliquat paye les deux autres assistants de ce même suppléant, mais ils disposent d'une deuxième rémunération, l'une auprès d'un sénateur, l'autre directement dans le ministère que dirige François Fillon.
Je trouve légitime de soupçonner ici une utilisation du système au maximum de son avantage. Ça me parait clair comme de l'eau de roche et profondément immoral.

2) Le soupçon de collusion
 - La loi interdit de cumuler un mandat de député ou de sénateur avec certaines activités privées, pour prévenir les conflits d'intérêt. Diriger une entreprise ou pratiquer une activité de conseil. Une exception permet à ceux qui exerçaient cette activité avant leur élection de la poursuivre, probablement dans l'idée que tout le monde n'est pas député à vie et que certains activités nécessite de continuer à être pratiquées, même à un moindre niveau.
 - François Fillon commence cette activité 12 jours avant de devenir député
 - Cette activité nouvelle démarre sur les chapeaux de roues en lui rapportant plusieurs fois son salaire de député en 2013, 2014 et 2015 d'après la déclaration qu'il a bien voulu rendre publique. Cette activité qui n'a pas l'air annexe au vu des montant est exercée sur le temps que lui laisse son mandat de député, sa co-présidence de l'UMP et un double mandat local
 - Les clients connus soulèvent à mon avis de légitimes questions de conflits d'intérêt.
Là aussi le soupçon de détournement du système me parait légitime, et le risque de conflit d'intérêt inquiétant.

L'aspect légal de ces deux points n'est pas du ressort des électeurs ni des journalistes. L'affaire suivra son cours. Quant à l'éthique, je pense pour ma part qu'elle n'est absolument pas respectée pour les actions passées et que surtout elle ne le sera pas à l'avenir si le candidat a trop d'ascenseurs a renvoyer et d'intérêt privés liés à la direction que prendront les affaires publiques. Cette vision personnelle peut être partagée je crois, indépendamment des sensibilités politiques.

J'ai la chance de ne pas croire que le programme de François Fillon soit le meilleur, ni que le bilan de son quinquennat précédent soit prometteur quant à sa capacité à relever les défis qui se posent à nous. Je peux donc ricaner en lisant canard, même si je me désespère un peu plus de notre classe politique en général puisqu'on parle de pratiques qui ne sont pas si rares.

J'ai croisé des gens à contrario qui le prennent pas en compte ces faits et ne souffrent donc pas de cas de conscience.

Mais j'ai des connaissance et même des amis qui sont eux face à un sacré dilemme moral, parce qu'il ne sont pas aveugles quant aux faits exposés par la presse mais souhaitent légitimement que leurs conviction prévalent face à celle portées par les autres candidats. Que vont-ils faire ?

Le compromis qu'ils feront les regarde, et est d'avance légitime même s'il heurtera peut-être profondément mon sens moral personnel. Il est probablement plus difficile mais pas différent par essence de celui que je ferais et que nous feront tous en choisissant un candidat qui a peu de chance d'être parfaitement idéal.

Ce choix est même tellement difficile, et risque par avance de heurter le sens moral de tellement de gens, qu'il occupe toute notre attention et empêche que le débat d'idées ait lieu normalement. Non pas à cause de la presse ou de la justice qui ne font que leur travail, mais à cause des écuries politiques et des candidats eux-mêmes qui négligent l'éthique au profits de leurs intérêts personnels et mettent leurs électeurs dans une situation impossible.

Il n'est pas immoral dans l'absolu de vouloir voter pour monsieur Fillon, même en ne le pensant pas honnête, si on pense que les autres choix sont pires. Mais il y a une très profonde immoralité dans notre système politique qui impose pareil choix. Faute de trancher la question morale, c'est l'UMP qui gène considérablement de débat publique.

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