Pierre Gossé
Abonné·e de Mediapart

5 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 juil. 2014

La polique autrement ?

Je voulais répondre au billet de madame Nathalie Goulet Et si nous faisions de la politique autrement mais c'est devenu peu long. J'en fais donc un billet, pour ce qu'il vaut.

Pierre Gossé
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je voulais répondre au billet de madame Nathalie Goulet Et si nous faisions de la politique autrement mais c'est devenu peu long. J'en fais donc un billet, pour ce qu'il vaut.

Il y a de très nombreuses questions soulevées dans ce texte, et des pistes de réflexions intéressantes et qui me semblent de plus en plus dans l'air du temps. Merci d'avoir nourri ce débat très actuel madame la sénatrice.

Le problème de la non représentativité des politiques et de leur éloignement de la société "normale" déborde je crois sur le problème général des élites dans notre pays (et dans bien d'autres). Les carrières politiques, les carrières de hauts fonctionnaires et les carrières de hauts responsables privés se mélangent parfois de manière très consanguine. Ceci met à mal aussi bien la représentativité de nos politiques que la séparation des pouvoirs.
Pour ce qui est des politiques, je pense qu'il est nécessaire qu'on ne puisse pas être élu de profession. Ce qui implique à la fois des limitations fermes sur la possibilité d'être candidat quand on est ou a été élu, mais également une réelle réflexion sur les interruptions de carrière pour tous les actifs (salariés ou indépendants) et pour toutes les raisons (mandat électif, congé parental, longue maladie). La réinsertion professionnelle de tous ceux qui interrompent leur carrière doit être assistée par la société sous peine de réserver les mandats aux riches ou aux notables, ou de détournements tels que par exemple les emplois réels ou fictifs, satellites des élus et des partis, qui servent de tremplin ou de rustine à la vrai carrière espérée, la carrière politique.
Du point de vue de la séparation des pouvoirs, la notion de conflit d'intérêt doit bien plus fermement limiter les aller-retours politique-publique-privé entre des entités interdépendantes. Je ne sais pas s'il est facile d'avoir des règles simples et efficaces dans ce domaine et qui ne soient pas trop liberticides, mais une plus grande transparence et des médias indépendants serait déjà un grand pas en avant dans ce domaine. Tout exercice de responsabilités publiques doit se faire dans une totale transparence.

La cinquième république aurait été mise en place pour libérer l'exécutif du poids des partis, et permettre la gouvernance. On a l'impression que le rapport de force s'est tellement inversé que les partis s'inféodent à un chef unique qui n'est légitimé par sa participation à l'élection présidentielle, et que les élus de secondes zone sont eux-même inféodés à leur partis afin d'obtenir l'investiture qui seule leur permet d'être des élus. La politique se résume donc à une guerre de personne, où les idées ne sont seulement que l'un des outils de l'arsenal de la conquête. On fait tout à l'envers quoi. Il parait nécessaire de libérer également les élus et les militants de l'appareil de leur parti, si on veut à nouveau pouvoir voter pour des idées.

Quant au bicamérisme et plus généralement à l'administration française, c'est un grand capharnaüm avec des responsabilité à la fois locales et nationales, des délégations de représentativité ou de pouvoir tout aussi complexes. Je ne suis pas à l'aise avec le double rôle de législateur national et de lobbyiste régional des députés. Le système d'élection des sénateurs me parait totalement abscons. Et je souhaite une vrai proportionnelle dans la représentation nationale, plutôt que ces écrasantes majorités qui transforment tous les organes du pouvoir en dictatures plus ou moins feutrées.

On oppose souvent la nécessité d'une expertise ou d'efficacité à la démocratie réellement parlementaire. Mais je ne suis pas certain que sur le long terme on ait gagné tant que ça en efficacité de direction et de réforme du pays en devenant une république d'experts.

Bref :
- Le tirage au sort d'une partie de l'assemblée nationale parait le seul moyen d'obtenir réellement une représentativité des législateurs. Ou alors un bicamérisme entre des élus et des citoyens tirés au sorts.
- L'interdiction d'être candidat si on est élu en poste, ou si on est fonctionnaire dans une administration liée au mandat visé, me paraitrait également déscléroser très efficacement notre vie politique.
- Une vrai gestion de la reprise de carrière est nécessaire pour les politiques comme pour les parents, pour les malades et même pour tous ceux qui veulent faire un break un peu long.
- Une indépendance des médias garantie d'une manière qui reste à inventer.

Voilà l'état de mes réflexions de français moyen, pour alimenter à mon tour ce débat.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii