Biden : un moindre mâle ?

Pourquoi les médias dominants des Etats-Unis ne parlent pas du déclin mental de Biden

En 1989, Noam Chomsky expliquait à un auditoire étudiant que Reagan était en fait comme la reine d’Angleterre : il signait des papiers écrits par d’autres sans être lui-même la source du pouvoir. On sait maintenant que les dernières années du second mandat de Reagan furent marquées par la maladie d’Alzheimer. Le président américain était encore plus distant de l’exercice du pouvoir et servait de marionnette à ceux qui l’entouraient et qui décidaient pour lui. Il était passé de reine d’Angleterre à marionnette.

Cette situation a des précédents dans l’histoire américaine : le président Wilson, dont Freud avait une bien piètre opinion, n’avait pas réussi à faire confirmer, par le Sénat, le traité de Versailles après la première guerre mondiale et il subit une attaque sévère qui l’a privé d’une partie de ses capacités mentales. Sa femme Edith a, selon des recherches historiques bien postérieures, assumé la tâche de président des États-Unis. Cette histoire comme celle de la maladie de Reagan était gardée secrète par les entourages des présidents et les médias.

Les États-Unis s’apprêtent à organiser une élection dans laquelle le candidat démocrate, Biden, est atteint de déclin mental et cède déjà la place à son épouse dans certaines interviews. Face à lui, il y a, bien sûr, le président Trump dont le narcissisme et les incohérences sont patentes. Contrairement à ce qui s’est passé pour Reagan ou Wilson, le déclin mental de Biden n’a pas eu lieu après la prise de fonction mais existe avant même l’élection.

Il existe de très nombreuses vidéos qui montrent que Biden ne sait pas très bien où il est : il déclare être candidat au Sénat, semblant oublier qu’il souhaite être élu président, il confond sa femme et sa sœur, il ne sait plus réciter la déclaration d’indépendance que tous les Américains apprennent par cœur. Les questions qui se posent donc renvoient à la stratégie des Démocrates qui, pour ce qui concerne l’appareil du parti, connaissent l’état clinique de Biden mais persistent dans le soutien à un candidat qui s’apparente plus à Bouteflika qu’à Kennedy ou Obama sur le plan de l’acuité intellectuelle.

Il faut noter aussi le grand silence médiatique concernant cet état de chose. La stratégie du « n’importe qui pour battre Trump » implique un choix fort problématique. Les médias dits mainstream (dominants) taisent ou minimisent aussi les accusations de harcèlement sexuel visant Biden pour des faits remontant à 1993. Ces mêmes médias avaient pourtant dénoncé la misogynie et les pratiques sexuelles prédatrices de Trump et avaient aussi, à juste titre, soutenu l’accusatrice du juge Kavanaugh, finalement élu à la Cour suprême.

Les médias qui se présentent comme les défenseurs de la vérité (« the truth is worth it », la vérité vaut le coup,  dit le New York Times) ou de la démocratie (Democracy dies in darkness, la démocratie meurt dans l’obscurité, Washington Post) construisent une image totalement erronée de Biden en taisant son déficit intellectuel, en ne traitant presque pas les accusations de harcèlement qui sont parfois rejetées en invoquant la Russie, et surtout en minimisant son histoire politique catastrophique : soutien à la guerre en Irak, attaque contre Anita Hill la femme qui accusait le juge Thomas, finalement élu à la Cour suprême, de harcèlement sexuel, opposition au busing pour lutter contre la ségrégation raciale, soutien systématique aux banques et grandes entreprises. Biden est aussi un menteur effronté, il affirme avoir été arrêté en Afrique du Sud dans une manifestation contre l’apartheid, arrestation  dont il n’existe aucune trace. Il s’est montré plus proche de George W Bush que des positions progressistes défendues par Sanders ou Elizabeth Warren qui, en 2002, a publié un article dans le New York Times qui portait sur les lois sur les faillites ; son titre était aussi révélateur que valable aujourd’hui : « A Quiet Attack on Women ».

Divers auteurs de gauche ont retracé le parcours droitier et va-t-en-guerre de Biden notamment Nathan Robinson de Current Affairs ou Branco Marcetic de Jacobin qui en 2018 déjà avait publié un article intitulé « Joe Biden, le faucon ».  Depuis la victoire de Biden lors des primaires, victoire organisée par l’appareil du parti Démocrate qui visait à éviter celle de Sanders, les critiques ont disparu non seulement chez les Démocrates mais dans tous les journaux dits libéraux. Des dirigeantes du mouvement metoo qui déclaraient pourtant qu’il fallait croire les femmes dénonçant le harcèlement sexuel, s’en prennent à l’accusatrice de Biden, Tara Reade, plutôt qu’à Biden qui a pourtant contribué à décrédibiliser une femme devenue une icône de la lutte contre le harcèlement, Anita Hill.

Ces médias et ce parti sont prompts à dénoncer les complots et les théories du complot, que souvent ils attribuent à une puissance étrangère, hier la Russie, aujourd’hui la Chine. Mais le silence médiatique actuel sur le parcours politique de Biden et son terrible déclin mental s’apparente à un complot contre la vérité.

On comprend que les Démocrates veuillent serrer les rangs contre Trump, qui est bien évidemment un désastre, comme le soulignent encore sa gestion ou plutôt ses multiples dérapages chaotiques dans la lutte contre la pandémie du Covid-19. Néanmoins, la stratégie Bouteflika (une référence aux derniers mandats du président algérien malade) comporte des risques énormes car si Trump est incompétent dans tous les domaines, il est aussi un démagogue hors pair et il saura utiliser toutes les faiblesses de Biden. Sans déficit mental Biden aurait déjà été peu attrayant pour les millions de jeunes qui s’enthousiasmaient pour Sanders mais un Biden qui ne sait pas où il est sera un vrai repoussoir.

La campagne de Biden cherche à déborder celle de Trump sur la droite en en rajoutant sur la xénophobie anti-chinoise alors même que son fils, Hunter Biden, comme la fille de Trump, Ivanka, ont directement bénéficié de l’argent de la Chine.

L’élection présidentielle américaine risque donc d’être réduite à un choix entre deux hommes aux qualités intellectuelles et d’empathie fort abimées. Si l’on analyse les forces qui soutiennent Biden, c’est à dire les mêmes démocrates proches des milieux d’affaire et du complexe militaro-industriel qui soutenaient Hillary Clinton, on comprend mieux pourquoi même une marionnette fait l’affaire. Thomas Frank, parmi d’autres, a bien analysé la dérive du parti démocrate qui n’est plus celui des ouvriers ou de la classe moyenne.

Le 19 juin 2019, un article de Salon donnait la formule de l’attrait de Biden pour les puissants, improprement appelés les « élites » : s’il était élu, disait il à un parterre de riches donateurs, rien ne changerait fondamentalement. La mascarade Biden, qui montre un mépris pour les électeurs et électrices et leur intelligence, révèle néanmoins une vérité fondamentale que le politiste Sheldon Wolin décrivait en parlant « d’opposition inauthentique ». Le président n’est que la marionnette de forces qui le dépassent. Lorsqu’il est intelligent, le président coopère avec ces forces, sinon il laisse d’autres prendre les décisions qu’il ne présente, au mieux, que comme la reine d’Angleterre dans le discours du trône.

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