Compte-rendu (imaginaire) de la rencontre entre Pompeo et MBS

Billet ironique qui reprend un format du Canard Enchaîné

Dès son arrivée à Riyad, la capitale saoudienne, Pompeo l’ancien directeur de la CIA et actuel Secrétaire d’Etat américain, a rencontré Mohamed Ben Salman, l’homme fort du régime et fils du roi. Grâce à une interception secrète nous avons eu accès à une partie de leur échange (ici traduit en français).

Pompeo : écoute, mon gars, tu nous prends pour des quiches. Si les Turcs ont accès à toutes les conversations dans ton ambassade à Istanbul, tu imagines bien que nous aussi à la CIA, et grâce à la NSA, on sait ce qui s’est dit dans l’ambassade et ton nouvel allié, Israël est, tu dois le savoir un as de l’espionnage, sans compter les Brits. Tu dois avoir entendu parler du Shin Beth, et du GCHQ non ? Tu ne peux rien nous cacher.

MBS : Oui, bien sûr, on sait tout cela et nous aussi nous avons des services secrets. J’admets un peu moins doués que vous ou les Israéliens. La menace que nous allions faire passer le prix du pétrole à 100 ou 200 dollars était de la com’ à vocation interne.

Pompeo : OK je vois que l’on se comprend. Donc tu vas nous arranger un coup. L’Arabie dira, oui, Khashoggi a bien été liquidé dans l’ambassade saoudienne mais il s’agissait d’un groupe incontrôlé qui n’avait pas d’autorisation. Donc tu as gaffé en tuant un type qui travaille aux États-Unis mais, si tu rattrapes le coup, on te laisse continuer tes massacres au Yémen et ta répression interne. Vos bisbilles entre princes ne nous intéressent pas.

MBS : La CIA a une certaine expérience pour mettre au point les récits de bidonnage en cas de découverte des doigts dans le pot de confiture donc mettons au point notre déclaration aux médias. Ceux-ci sont assez crédules et ils lâchent l’affaire en 24 heures alors on devrait trouver un accord facilement.

Pompeo : OK mais d’abord les choses importantes : pas de chantage au prix du pétrole qui doit être assez élevé pour que le pétrole de schiste soit rentable mais pas trop haut pour ne pas plomber les économies de nos alliés et booster l’économie de nos ennemis, Russie et Venezuela.

MBS : Ah, pour la Russie et une base mentionnée par un communiqué de chez nous, c’était juste pour vous secouer un peu mais on n’y pense pas vraiment, tu le sais, hein ?

Pompeo : Oui, bien sûr, on est assez fort dans ce genre de bidonnage nous aussi, tu te souviens de l’Irak en 2003 ? Bon, donc tu continues à acheter des armes en pagaille tu sais que c’est ce qui compte pour Trump qui, au fond, ne vous aime pas beaucoup (sauf quand vous achetez des apports dans sa Trump tower) mais adore se vanter qu’il a gagné. Donc, tu continues la guerre au Yémen et on continue à te livrer nos armes les plus sophistiquées.

MBS : J’entends bien mais les médias ne vont-ils pas continuer à tirer à boulets rouges sur nous ? Pour le Washington Post,même si Khashoggi y travaillait, c’est bon on a nos entrées chez Bezos et nos lobbyistes chez lui mais ailleurs ?

Pompeo : Tu as encore un peu d’apprentissage à effectuer. Bien sûr, certains médias vont continuer à vous dénoncer mais globalement les médias américains ne sont pas opposés aux guerres. Pour eux il est plus grave de tuer un journaliste, surtout s’il travaille aux États-Unis que des enfants yéménites. Là ils s’en foutent. MSNBC, la chaine qui se dit progressiste, parle du Russiagate à longueur d’antenne mais ne dit rien sur le Yémen et surtout sur nos ventes d’armes à ton pays. Tu vas voir la crise va vite s’apaiser et Khashoggi sera oublié.

MBS : Bon tu me rassures. Je calme Trump qui ne demande que cela en rappelant les milliards d’achats que nous avons faits et allons faire. Plus de 100 milliards de dollars quand même, je te rappelle. Je calme les Turcs en leur donnant une petite aide et pour les opinions publiques occidentales, je leur sers le petit baratin sur une erreur ou un groupe non contrôlé. On ne me croira pas mais peu importe, regarde comme les mensonges de Trump finissent par passer.

Pompeo : Tu es devenu un allié d’Israël, un peu contre la volonté de ton père, et là avec cette petite crise, je veux parler de l’assassinat de Khashoggi, bien sûr, tu risques d’avoir un conflit avec le paternel. Demande un peu d’aide à Netanyahou pour mettre au point ton récit de gestion de crise après un assassinat. Il te dira comment doser l’excuse et le mensonge éhonté qui peut passer s’il est gros. Une grosse ânerie peut toujours se rattraper par un bon plan com’.

MBS : Parfait, on est d’accord mais s’il te plait pas de demande officielle des États-Unis sur la nature du régime, pas de mention de « démocratie », « Etat de droit », « torture », « liberté » de la presse ». Dès que nous aurons finalisé notre déclaration commune, j’espère que vous allez jouer le jeu et nous approuver.

Pompeo : Pas de souci. Tu crois que je serais venu jusqu’ici si je ne voulais pas non seulement te sauver la peau mais aussi la nôtre et donner à Trump un motif de satisfaction ?

Si tu t’y prends bien tu verras on sera dans le business as usual (non traduit) dans moins d’un mois. Crois moi on sait gérer ce type de situation.

MBS : Parfait my friend (non traduit)

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