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Billet de blog 3 mars 2015

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La longue course erratique des gouffres qui nous envisagent

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Va falloir en déployer des trésors d'énergie et d'imagination pour, si c'est bien d'elle dont il s’agit, raisonner, et depuis quel piédestal, promontoire du jugement, cette jeunesse.

Qui n' a pas essayé de raisonner, de faire à son image  - d'ailleurs, le plus souvent, largement fantasmée et terriblement lacunaire -  quelque adolescent à la vivacité de billard électronique sous tension permanente et qui joue de ses neurones tel un virtuose de la gymnastique olympique, ou un pianiste de génie qui déroule et enchaîne sous ses dix doigts toutes les scherzos de Beethoven, n'imagine pas l’incongruité qu'il y a à vouloir tenter de domestiquer de telles énergies, à se les, en quelque sorte soumettre, qui sont celles-là même de la vie dans toute sa somptueuse magnificence.

Somptueuse magnificence qui ne s'exonère pas compter en ses rangs de splendides et faramineux crétins.

Résumons par une image, la jeunesse c'est pied au plancher.

Accélérateur bloqué. Et vaille que vaille ...  Fleur de sourire aux lèvres, toutes dents dehors. " Deprisa deprisa "  Vivre vite ! Vivre vite, Fast fast !  film magnifique, Ours d'Or à Berlin, 1981 de Carlos Saura.

" Après avoir volé une voiture, les jeunes Pablo et Meca s'arrêtent dans le bar où ...  

Ou ... Le parcours de trois jeunes adolescents, deux garçons et une fille ... !  

France et Allemagne voulurent l'interdire. Il sortira finalement avec régime restrictif et taggé de mises en garde. 

Deprisa deprisa ! Vivre vite !  Trépigner, entravés, fiers alezans ... Tiennent le mur. Sans différence d'origine.  Sans différence aucune.  Regardez ces néo-islamisés, funambules hiératiques à la roide attitude, corps captifs de la gange des mots, figés et solennels, dont l'individu ne sort pas, insubmersibles dans le réel, étanches au réel, insubmergeables, parfois impénétrables et distants, fermés, voir cadenassés, ou, soudain volubiles et inspirés, aériens, élancés et irradiés, électrifiés, le regard crépitant de visions, la bouche de mots, le regard, deux yeux ronds fixés comme au-dessus de leurs mots, mais qui verraient plus loin, regarderaient ailleurs, et d'ailleurs l'auraient donc trouvé, ailleurs, l'ailleurs, le même que celui du poète, qui l'a tant cherché, qu'il a fini par l'oublier dans sa quête alors qu'il touchait, enfin, au but et l'écrivit un soir, le temps d'une illumination bientôt dernière, à la va-vite, probablement saisi d'une fantomatique réminiscence, ces déterminés, " radicalisés ", que vous ne voyez pas, bien plus nombreux qu'on ne le dit, hommes et femmes, jeunes hommes et jeunes femmes, ces radicalisés, plus royalistes que le roi, ces radicalisés des deux sexes et aux yeux bleus. Regardez que vous ne voyez pas.

Aux yeux bleus de toute l'Europe. De l'Atlantique à l'Oural. Et bien au-delà, mais ce n'est plus l'Europe. Des rives de l'Oural  à celles de la Tamise. Londres, et combien de villes de l'Angleterre. De Paris, et de partout.

" Deprisa deprisa ", livre sacré en main, sens de lecture inversé, lèvres en mouvement silencieux qui ânonnent les mots denses d'un texte complexe, vêtement de circonstance, absence et rigueur, prosélytisme de grand camé, Burroughs de leur temps,

De prisa deprisa, c'est Burroughs qui écrivait avoir vu un camé qui avait longtemps, peut-être trop longtemps,  renoncé au truc, obligé de tenir son pantalon pour pas qu'il tombe, alors qu'il s'injectait sa dose, parc' qu'il repiquait au truc, qu'il se vidait le contenu de sa piquouse dans le bras, la main vacante qui tenait le haut de son pantalon dans lequel il fondait à vue d’œil.

DePrisa, deprisa, et bien d'autres, c'est pas question de religion, ou c'est question de la religion du moment, la plus jeune qui décoiffe et coiffe les deux autres, des trois monothéistes, donc la plus susceptible d'amples, de bien plus amples développements.

" j'ai vu arriver d'Occident des milliers de jeunes gens, de garçons et de filles en guenilles, qui avaient l'air de clochards et de  miséreux "  dira, estomaqué, incrédule et inquiet, le Dalaï-lama devant ces marées hautes, ces fortes marées à indice maxi qui déversaient des tonnes de hippies sur tous les contreforts de l’Himalaya.

Par contre, dira Rossellini,  " J'ai cru voir des condamnés à mort " Il regardait des gens aller au travail.

Deprisa, deprisa, tant que l'on n'a rien compris au-comment-ça-marche du camé qui se tient, parce qu'il repique au truc après une longue abstinence, pour pas qu'il tombe, le pantalon, tant que l'on n'a rien compris à l'accélérateur bloqué  - c'est simple, pour comprendre faut être, à l’avant, côté chauffeur ou à l'arrière - faut être à bord, faut monter dans la voiture - ou au volant, pied au plancher, être dans le tombeau, tant qu'on n'a rien compris au comment ça marche du sentiment d'appartenance et de fraternité humaine, fraternité masculine, fraternité féminine, du radicalisé et de la radicalisée, le sentiment de grand-rapprochement et de partage et de distance à la fois, tant que l'on n'a pas gouté à l'infranchissable proximité, que seul Maurice Blanchot sut dire à sa façon, donc philosophique, au comment ça fait froid, comment ça fait glacial, cols remontés haut, façon premier-empire, le manque de came, et comment ça actionne à fond les manettes du prosélytisme qui crépite comme une arme automatique,  " il n' y a pas pire prosélyte qu'un camé en abstinence ",  il est l’Everest, face nord, face sud, sous tous les angles, sous tous les aspects, intrinsèquement, il est la vibration ultime, la prochaine est la mort, tout en haut, sans protection et masque à oxygène, sur son pic, unique en divagation solitaire et stellaire, tant que l'on n'a rien compris au-comment-ça-marche la came, comment ça fait quand le grand singe aux yeux globuleux te dévore les chairs tout d'un coup et que tu te mets à sentir le rance et l'urine, et tant que t'as pas compris que tout ceux que tu ne comprends pas, c'est juste qu'ils sont la graine qui a pris de tes rêves, la graine oubliée de tes rêves, de tes rêves à peine esquissés à ceux les plus inavoués, que tous, camés et autres, tous carburent à tes rêves, à l'ombre laissé de leur oubli, et qu'ils mènent le monde, et le transforment en cauchemar, parfois, mais le transforment pour tant et tant, la seule question qui doit te venir, la seule question à se poser, c'est " A quoi ont-ils donc tous été bercés ? " " Qu'est-ce qui les a bercé ? " et les bercent, à ce point, encore ... 

A quoi se bercent-ils qui les mène si avant ... ?  Si loin ...?  Qu'est-ce-qui fait, pour prendre le sujet qui fait fureur, qu'est-ce qui fait qu'une jeune femme, celle aux yeux bleus, décide de son plein gré d'adopter une religion, de se faire musulmane, de choisir de porter le voile, de se couper d’une part de ce qui fut elle, de passer sous l'autorité de son mari, puis avec lui, son compagnon et mari, aux yeux bleus également, décident, de concert et en accord avec leur religion, et en toute bonne logique, d'aller vivre dans un pays musulman .. ?  Qu'est-ce-qui fait ça ?  Qu'est-ce-qui fait faire ça ? 

Poser la question, cette question, à qui n'a pas d’éléments de réponse, dit l'inanité de la question qui met en relief le désarroi qu'elle soulève, l'incompréhension qu'elle rencontre, qu'elle met en exergue, et le vide incommensurable sur lequel elle ouvre, qu’elle éclaire.

La poser à qui en possède, à qui comprend posséder des éléments de réponse, quelques éléments de réponse, permet d'appréhender la légitimité du choix personnel et de mesurer la grande modification actuellement à l'œuvre. Et de les évoquer fait se dérouler d’interminables et magnifiques paysages symboliques et psychologiques qu’à défaut d’admirer, puis auxquels souscrire, il est très facile d’apprécier.

A quoi les avons-nous bercés ? ... Nourris ?  A quoi dans ce grand fatras les a-t-on fait carburer, et, ont-ils choisi de carburer ? ... Quelle came ! à quelle came les a-t-on nourris ?

Ne dit-on pas qu'il faut que jeunesse se passe. Souvent les meilleurs qui semblaient les pires y laissent leur peau.
 
La cité, comme au temps jadis qui nous fondait, ne pourrait plus donc, si besoin, que les rappeler en vain. Et besoin toujours est, se fait sentir. De rappeler du désert, celui qui, naguère, mettait la cité en danger. Pour en chasser le tyran.  Elle pourra bien s'époumoner la cité. Et ses plus pleutres, ses plus ternes, nés coiffés, seront ses élites. Lui serviront. Feront office. Bien mauvais office. Triste inversement, retournement.

Tel jeune histrion de sa propre histoire catastrophique comptait demander au Président du pays du boulot. Tel autre ... Ainsi que tous ... Les uns et les autres, tous dissemblables et si semblables.

La valeur qui les meut s'appelle soif d’absolu. L'absolu. Et, philosophiquement du moins, l'Absolu mène à la mort. Tout droit à la mort. Relire Blanchot encore, Deleuze, et Foucault en guise de troisième larron. Étrange et éloquent parcours que celui de ces trois lumières du XX eme siècle,

L'un, Maurice Blanchot, restera invisible, pas d'image de lui, ou juste une de jeunesse, Blanchot gardant jalousement son image pour lui, Deleuze, comme une jeune fille en proie à quelque chose de devenu insupportable et de forcement terrible, laisse un dessin et se défenestre, Foucault finira sur son lit de mort avec comme un trou de balle au milieu du front parce que quelque praticien aura surement voulu aller voir comment était fait, ou ce qu'il avait de si spécifique, ce cerveau. 

Il en va de beaucoup qui entendent diagnostiquer et soigner comme du praticien qui plonge son scalpel dans le fond d'un cerveau, d’un cerveau de génie, pour en croire extraire autre chose que cette matière identique à celle que, pourtant, il a dans le sien. Gît dans le sien.

Mettre le feu au lac n'est pas l'apanage de tout un chacun, Seulement de certains. Mais celui de la jeunesse est de personnifier elle-même cet étrange et irréductible certain.

“Je fais les plans de mes batailles avec les rêves de mes soldats endormis.”  écrit Napoléon, une nuit, sous sa tente, au beau milieu de son armée. Et, à la veille d'une bataille décisive, qu'il va emporter. 

Cette jeunesse, dont on traque jusqu'à l’expression des plus jeunes, jusqu'aux moindres signes des tout petits, - c'est dire la peur que l'on en a -  cette jeunesse, c'est l'armée endormie dont l'esprit qu'ils ont tous en partage et qui émane mystérieusement d'eux tous, dessine et trace les plans des batailles qui viennent et dont tout l'éventail déployé s’appelle avenir.

Il est fait du tissage lent, nocturne et patient, silencieux et obstiné du travail de taupe, de fond, de sape de l'ensemble de leurs rêves.
 
Contre cet avenir qui leur est consubstantiellement lié, l'occident mondialisé qui compte bien lui en substituer un de son cru, entend partir à l'assaut.

Bien mal lui en prend. Il a, à peu prés, autant de chances d’y parvenir, même au prix du pire qu’il met, décennies après décennies, laborieusement en place et en scène, et fort malencontreusement, échecs après échecs de sa politique expansionniste de captation des sources de richesse et d’énergies, que le chevalier ibérique qui, à chaque assaut contre ces moulins qu’il prenait pour des géants, laissait s’effriter un peu plus sa raison qui s’effilochait inexorablement et menaçait de finir en haillon …

" Deprisa deprisa " La mort en partage ! ...  et aprés ! 

" Deprisa deprisa " La mort en partage !  ... peut-être !   ...

  Et qu'est-ce-que ça peut me faire !

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