Il fait son « boulot » sans jamais s'interroger davantage. L'idée d'être un traître à l'idée sur laquelle s'est fondée la nation, dont il est l'un des élus, dépositaire de l'autorité publique, et même un « salaud » ne semble jamais l'effleurer ; comme si le plaisir du petit pouvoir suffisait à étouffer toute prise de conscience.
Son incapacité à penser par lui-même et son acceptation absurde de l'autorité d'autrui et des poncifs racistes qui se déploient et déclinent à souhait morgue et mépris, le dédouanent allègrement de toute culpabilité entachée d'un sentiment d'infériorité qui résulterait de cette fondamentale inculture perceptible au travers de sa décision, qui revêt, à ses yeux, l'expression d'une simple réaction légitime de rejet.
« M. Faure dit que les juifs sont les ennemis de la France. » Lacombe Lucien
" M Walls dit que les Roms n'ont pas vocation à s'intégrer "
" Je suis un juif ! Un juif n’a-t-il pas des yeux ? Un juif n’a-t-il pas des yeux, des organes, des proportions, des sens, des affections, des passions ? N’est-il pas nourri de la même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, échauffé et refroidi par le même été et par le même hiver qu’un chrétien ? Si vous nous piquez, est-ce-que nous ne saignons pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce-que nous ne rions pas ? Si vous nous empoisonnez, est-ce-que nous ne mourons pas ? Et si vous nous outragez, est-ce-que nous ne nous vengerons pas ? Si nous sommes comme vous du reste, nous vous ressemblerons aussi en cela. "
William Shakespeare, Le Marchand de Venise, III, 1
On en parle en Allemagne : Évry. Un maire, de droite, en France a refusé l'enterrement dans sa communauté d'un bébé Rom décédé à Noël. La Mairie de Champlan, à la périphérie de Paris, Christian Leclerc, a refusé la demande, a déclaré le croque-mort, Julien Guenzi, samedi à l'agence de nouvelles AFP. Le maire n'est pas tenu de s'expliquer, mais le refus d'un enterrement est "très rare". Une association locale pour les Roms a fustigé "le racisme, la xénophobie et la stigmatisation" de Leclerc.
Bürgermeister verweigert Roma-Baby die Beerdigung
Nur wenige Monate nach seiner Geburt starb ein Roma-Baby an Weihnachten in Champlan. Der Antrag auf eine Beerdigung wurde vom Bürgermeister ohne Begründung abgelehnt. Schließlich mischte sich die Nachbarstadt ein.
Si nul n'est prophète dans son pays, peut-être que dit dans une langue étrangère, la bien tonique d'Outre-Rhin, la chose abjecte se pourrait avoir l'oreille d'un de ces petits-Pinochets qui, en costume d'apparat, pullulent, qui, incapables de penser par eux-même, dans l'acceptation absurde de l'autorité d'autrui, plastronnent sur les ponts, les coursives du navire-France dont ils ont rabaissé la ligne de flottaison bien au-dessous de la surface de l"eau, c'est à dire qu'il coule, coule bel et bien, et dans cette jovialité hilare, et tous à mesure qu'il s'enfonce dans les eaux de s'agripper aux haubans et de grimper lestement à sa hune et d'encore gesticuler en agitant les sympathiques petits drapeaux aux couleurs vives, dans cette hilarité joviale de mauvais-aloi, c'est à se demander s'il n'y aurait pas là, dans cette conduite scandaleuse et d'irrédentisme absolu envers le sacré qui soude et apporte à toute société sa cohérence et sa cohésion naturelle, s'il n'y aurait pas là, l'expression d'un désespoir enkysté, d'une réflexion dépressive jamais aboutie, égarée le long des chemins vicinaux de toutes les petites et grandes vicissitudes quotidiennes qu'affronte qui prétend décrocher le pompon de quelque pouvoir que ce soit, réflexion perdue dans le désert glacial de l'inculture la plus crasse, et bue par lui, réflexion inaboutie, dépression laissée en l'état, qui, comme une voiture qui va se ficher dans le mur, mène à la mort, qui se clôt sur ce constat, semi-conscient, avec l'expression d'une résolution terrible et suicidaire, du genre de celle que ne peut que se faire Lacombe Lucien - scénario de Louis Malle et Patrick Modiano - qui pressent avec la fin toute proche du monde qui l'a porté là où il se plait à être et sans lequel il n'aurait jamais pu espérer prétendre, qui pressent la sienne, sa fin toute proche, mais qui ne change rien à sa conduite, continue benoîtement comme si de rien n'était - à tirer par ci, qui, un lapin, par là, qui, un résistant ou un juif - , et se livre au pire qui l'attend, mais, fondamentalement, ça, ce pire, lui importe peu ... déterminé dans sa résignation morbide, conscient qu'il tient, là, et il sait, par instinct, que cette choses-là ne va pas durer et ne dure jamais, qu'il tient cette chose irremplaçable, la jouissance violente du pouvoir comme la seule solution à ses - multiples et congénitales - frustrations.
" Lacombe Lucien, Police Allemande ", les mains dans les poches, dans l'une son flingue chargé bien en main et dans l'autre, sa carte de la police.
Depuis, le Maire des vivants et des morts s'est fendu d'une explication pour le moins oiseuse ...
" Je viens de signer ... avec le collectif. Avec les associations qui organisent ce rassemblement, j'ai observé que les verts, le parti communiste et le parti de gauche se mobilisaient également. Par ailleurs, j'ai dressé une courte liste des absents dont : le parti socialiste et ses fédérations du Nord-Pas de Calais, la ville de Lille et ses services sociaux... UMP et centristes également aux abonnés absents. " écrit le peintre et poète, écrivain Félix Monget, alors que la mobilisation se fait dans tout le pays, et à bien des niveaux, et que l'ensemble des médias en rend compte.
Une logique absolument implacable est à l'oeuvre. Celle qui prévaut aux destinées des Roms. On les chasse de là où ils sont, on détruit leur habitat, on éparpille les groupes soudés, les familles, on les déclare indésirables, on les oblige à aller de l'avant, c'est à dire plus loin, toujours plus loin, toujours ailleurs, il y a toujours un ailleurs où envoyer un rom, c'est cette case de l’ailleurs imprescriptible qui s'ouvre comme par quasi réflexe dans la tête de celui que le rom dérange, l'ailleurs est la destination de la pérégrination du rom, c'est sa destination finale et terminale, c'est la case restée vacante dans la tête de celui que, pour faire bref, l'on appellera l'inculte, la case qui correspondrait à un conglomérat de fatras en tout genre où se sont recyclé de façon magmatique tout ce qui n'a su trouver forme et sens, une sorte de mauvais recyclage des terreurs et du religieux.
« C'est, en principe, une histoire de la folie qu'on enferme, du Moyen Âge au XIXe siècle ; c'est, plus profondément, à travers l'étude de cette structure qu'est l'internement, une tentative pour établir un dialogue entre folie et déraison ; c'est enfin une esquisse de ce que pourrait être "une histoire des limites - de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu'accomplis, par lesquels une culture rejette quelque chose qui sera pour elle l'Extérieur. » écrivait Maurice Blanchot, à propos de L'Histoire de la Folie à l'âge Classique de Michel Foucault.
La logique à l'oeuvre dans cette histoire de la folie qui s'attache aux basques des roms, c'est l’histoire d'une folie qu'on chasse, "de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés dès qu'accomplis ", que l'on n'enferme pas, pas de camps, que l'on exclue jusqu'à l'effacement même de l'idée d'exclusion, jusqu'à la limite de la logique qui côtoie trop la folie pour ne s'y être identifiée et qui résonne d'un " on ne peut plus tragique : la sépulture, c'est ailleurs ! .. Ailleurs ça aussi " " Va avec tes morts " ... Trotte la mort ! ...
Le drame de la dépouille de Polynice , et c'est le nœud de la tragédie, qui rend Antigone "folle ", et dont la folie provoquera la mort du tyran qui lui refusait une sépulture, c'est qu'aucune terre ne le recouvrait, mais il avait une terre sous lui, sur laquelle reposer.
Là, non. La logique à l'oeuvre dans cette histoire de la folie qui s'attache aux basques des roms, c'est plus de terre du tout, ni dessus, ni dessous. Nul part. Plus nul part.
C'est une logique de l'Ailleurs à perte de vue, ailleurs à perte de temps, ailleurs jusqu’à la perte de vue de soi et des siens, jusqu'à la dissolution dans le temps, temps lui aussi privatisé et cadenassé, mis sous équestre et à l'usage uniquement de qui de droit, sans plus d'espace ni de temps, ce qui reste c'est le corps, qui pose problème, le cadavre sans sépulture possible, condamné à errer dans un ailleurs et un nul part introuvable, c'est une logique qui vient après celle, industrielle, des camps, c'est une logique de l'ouvert sans espoir et débarriérisée à l'infini, où il s'agit de faire décamper, décamper le mal, le lépreux de là où il est, chez soi forcement, et de chez soi, et l'envoyer ailleurs, jamais là, toujours plus loin, de l'enterrer vivant, de l'encager vivant dans le vide, jusqu'à la dématérialisation, première étape du fascisme en herbe qui pousse sous nos pas déshumanisés par ces sables mouvants qui se substituent à l'idée même de territoire, et qui est le visage rutilant de joie hilarante de la virtualité faite reine, despote absolue, idole, ogresse, et dont tous les incultes se parent des attributs monstrueux, et c'est à ça, à leur monstruosité qu'on les reconnait, et qu'on les identifient aisément. Voyez leur face réjouie devant l'abjection ...
Personne n'est tenu sans son consentement à se transformer en un Nosferatu qui se trimbalerait avec son cercueil sous le bras avec dedans quelques mottes de terre, où, le cas échéant s'enterrer. Et personne ne tolérerait non-plus qu'on transforme ainsi les siens, sans leur consentement. Personne ne tolérerait de voir le siens transformés en une meute de Nosferatu avec chacun leur cercueil sous le bras avec dedans quelques mottes de terre ...
Nous en serons bientôt rendus, renvoyés au prémisses de la civilisation quand l'homme inventait et transportait avec lui le feu. A ce petit jeu très pervers qui consiste à faire de l'autre le récipiendaire de sa folie, l’insoupçonné peut s'inviter et en changer drastiquement les règles.