Et tu sais que ça ne peut pas durer ... Que ça n’est pas possible ... Ces milliards de gens qui crèvent de faim... Non, Ça peut durer encore cent ans, j’en sais rien, mais faut pas charrier... Cette injustice absolue...
Gilles Deleuze
Hier soir, après minuit plus de 200 personnes sans papiers ont franchi les dangereuses clôtures de barbelés à lames et ont envahi le tunnel sous la Manche, en essayant de se rendre en Angleterre.
Selon les autorités, certains fait 10 miles [16 kilomètres] avant d'être arrêtés. Peut-être que certains, à l'insu des autorités, ont réussi à traverser.
Le tunnel a été fermé toute la nuit, ce qui a eu des conséquences sur le trafic de fret qui a été redirigé vers le port, remontant les routes dans l’autre sens et provoquant un embouteillage majeur, ce qui a permis à d’autres de monter dans les camions.
A environ 8h30 ce matin, il y avait encore un autre embouteillage car des personnes sans papiers avaient fabriqué des barricades à travers de la route à deux voies passant au-dessus de la jungle, arrêtant les camions et permettant de grimper à l’intérieur.
Étrangement seulement deux camionnettes de gendarmes (police militaire française) étaient présentes, faisant des allers et venues frénétiques pendant une heure en gazant les gens et essayant de les écraser, mais impuissante à les arrêter.
Malheureusement, ces actions audacieuses ont eu de lourdes conséquences.
Plus de 100 personnes ont été arrêtées dans le tunnel la nuit dernière. 7 personnes ont été blessées par les flics, certaines peut-être très sérieusement. En date de ce soir (3/10), plus de 20 personnes étaient toujours détenues.
Nous ne savons pas encore si elles seront libérées, ou envoyées dans des centres de détention en vue de déportation, ou inculpés d'infractions pénales. Dans chacun de ces deux derniers cas, nous devons leur apporter notre solidarité active.
Voilà ce qui se passe dans le monde réel.
Pendant ce temps, dans un monde imaginaire, des représentants ‟syndicaux” de la police française ont publié une fois de plus des déclarations, reprises bruyamment par la presse de droite sur les deux côtés de la Manche, accusant des ‟ anarchistes ” de ‟ coordonner ” l'offensive sur le tunnel.
A ce sujet, nous pouvons dire ce qui suit :
Les actions collectives de la nuit dernière et de ce matin, comme d'autres offensives au cours des dernières semaines, ont été auto-organisées par des personnes sans papiers. Les gens d’Afrique et d’Asie n’ont pas besoin d’anarchistes européens pour les inciter ou les organiser. Ce sont des gens qui ont combattu dans des révolutions, vécu des guerres, entrepris des voyages périlleux, tout ce qui peut signifier non seulement de grand courage, d’initiative et de résilience individuels mais aussi de solidarité collective et d’auto-organisation.
La ligne des ‟anarchistes britanniques” des flics et des journalistes est insultante et profondément raciste. Nous ‟ No Borders ”, anarchistes et autres, sommes fiers d’être solidaires envers nos amis sans papiers. Mais ces actions sont les leurs, ils n’ont pas besoin de nous pour les mener ou pour leur montrer comment se battre.
Pourquoi les autorités et les médias répandent-ils ces allégations ? Une action collective coordonnée contre les frontières par des personnes sans papiers est une opération extrêmement puissante. Partout en Europe, ces derniers mois, ces actions se sont répandues et ont augmenté en échelle et en intensité.
Cela effraie clairement ceux qui veulent maintenir la « Forteresse Europe ». Mais l'action menée par les seuls migrants ne peut pas être suffisante pour ébranler vraiment le régime meurtrier des frontières. Notre pouvoir est plus fort quand les personnes avec et sans papiers luttent ensemble.
C’est semble-t-il ce que les autorités cherchent surtout à empêcher : leur but est d'isoler les luttes de migrants, de les rendre invisibles et étrangères, de les confiner dans des ghettos à des kilomètres des villes. Essayer de diaboliser et de criminaliser notre solidarité fait partie de leur jeu. Cela ne réussira pas.
Le peuple veut faire tomber les frontières.
merci pour la traduction