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Le Club de Mediapart dim. 29 mai 2016 29/5/2016 Édition de la mi-journée

L'aéroport le ministre et les danseurs

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Élégie à Notre-Dame-des-Landes


ENVOL ET CRÉATION

À NOTRE-DAME-DES-LANDES

 

Par  Stéphane Cattaneo, Jean Rochard, Timothée Le Net

 

Si la phrase de Jean-Marc Ayrault, premier ministre nommé par le Président de la République François Hollande :  « Nous avons choisi notre destin. Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n'est pas la nôtre (1) »   en a ému plus d’un,  l’on peut rester surpris qu’elle n’ait pas davantage constitué une véritable alerte.

Le 24 novembre 2012 dans la forêt de Rohanne, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, face aux forces de gendarmerie déployant un arsenal répressif invraisemblable afin de démolir quelques cabanes et déloger de jeunes gens dans les arbres, un groupe de danseurs défiait absolument splendidement les logiques tortueuses d’une vision sinistre imposée par les politiques.

 

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"  On participe sur la ZAD  de Notre-Dame-des-Landes à des événements peu banals, qui ne sont pas sans rappeler ceux qui se déroulent dans la jungle de Palombie ;  d’étranges nids s’accrochent dans les arbres, où la vie s’épanouit et fait éclore une forme de subversion subtile : la poésie. "

Stéphane Cattaneo le 13-12-12

Nous ne reviendrons pas ici sur l’inutilité flagrante, l’inhumanité hystérique du projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes  maintes fois démontrées, mais sur la chaleur offerte alors par ces danseurs,  naturellement au plus fort d’une expression culturelle dotée de tout son sens, de toute sa sève.                                                                                                                                                                           

C’était là une des nombreuses manifestations de créativité intense, de pratique de l’improvisation régénérée, d’idée de la participation, de silhouettes diverses de résistance, du plaisir d’être ensemble, de faire ensemble, vivre ensemble, de recyclage, d’invention, offerte par les multiples formes d’opposition à cet aéroport. Que craignent aujourd’hui les gens de culture, les artistes, ceux que l’on nomme intellectuels, en regardant ailleurs alors que s’affirment autant de signes émancipés, si difficiles d’habitude à faire passer dans les couloirs trop balisés de la création ?

Lorsque, entre mille exemples,  Gustave Courbet  rejoint la Commune de Paris,  que Leoš Janáček écrit sa  Sonate 1.X.1905   inspirée par la mort de l'ouvrier Frantisek Pavlik, que John Coltrane joue Alabama  suite à un attentat raciste à Birmingham,  ou qu’un groupe de musiciens de Jazz,  au début des années 1970,  crie  « Attention l’armée »,  nous nous trouvons bien loin de simples commandes qui justifient intellectuellement le fait honteux d’être séparé du monde,  loin des idées récupératrices permettant au mieux de faire les malins avec des icônes réduites à l’état d’ornement.


La culture ne s’administre pas comme on administre un rond-point. Elle est le fait vivant des esprits et des corps, on peut l’aider ou la combattre. C’est hélas, et sans autre surprise, l’option choisie  - la violence répressive -  par un gouvernement sans imagination.  Il ne veut rien savoir de la vie, méprise les pauvres,  les jeunes,  les sages,  fier d’emprisonner un jardinier ou un tailleur de pierre ;  un gouvernement qui s’entête à protéger les portefeuilles de ceux-là mêmes qui seront responsables de la mort de nos enfants. Les artistes ne sont pas les héritiers automatiques des Courbet, Janáček, Coltrane ou d’un groupe de jazz criant  « Attention l’armée »  ni de tous ceux qui ont tant lutté pour faire sortir la création des cadres imposés.  Ils ont en quelque sorte l’impératif de quitter les salons,  d’abandonner les postures labellisées, de refuser les médailles, de bannir l’idée galopante d’une industrie culturelle et batailler contre la violence policière industrialisée,  de comprendre que la culture est agriculture, et donc celui de soutenir les créateurs de Notre-Dame-des-Landes,  populations indivisibles, sources d’une inspiration et d’une aspiration inespérées.


Cette ridée (2) dansée dans les bois de Notre-Dame-des-Landes, et finalement réprimée, a valeur puissante :  c’est la Liberté guidant le peuple, qui n’a rien à faire dans les musées et ne saurait se laisser dicter une autre vision du monde que celle qu’elle incarne.

Le 24 décembre 2012

(1) Interview à Paris Match le 22 novembre 2012

(2) Danse traditionnelle de Bretagne

Illustration :  Élégie à Notre-Dame-des-Landes  par Cattaneo

 

«  Quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n’est le régime de la liberté. »   Gustave Courbet

 Écouter les chansons des luttes d'aujourd'hui !  Paroles et musique se doivent d'être à la hauteur :  ainsi  " Notre dame des oiseaux de fer ",  chanson écrite par le chanteur Sylvain Girault, mise en musique par le Hamon Martin quintet, poème étendard de la bataille contre l'imbécile aéroport de Notre-Dame-des-Landes,  mélodie pour un choix d'existence. 

Ce chant, aussi ancré, aussi invincible,  aussi affranchi,  aussi prompt a être chanté par les enfants des enfants de nos enfants que  " Le Temps des Cerises ", " La semaine sanglante ", " Keep Your Eyes on the Prize ", ou " El pueblo unido jamás será vencido ",  tient la lumière de sa liberté.

Si,  tout être a une chanson, comme le dit un proverbe Navajo,  alors,  Notre Dame des oiseaux de fer   est celle qui accompagne nombre d'entre nous chaque jour  - et ce n'est pas une image  -  relie nos réels désirs de liberté, d'égalité et de fraternité, les sentiments,  qui, contre le monde hideux et la lâcheté des imbéciles, sont monnaie courante à  Notre-Dame-des-Landes.

 

Stéphane Cattaneo : peintre-illustrateur

Timothée Le Net : musicien

Jean Rochard : artisan producteur de musique


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Les Allumés du Jazz

 

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Fantastic Merlins with Kid Dakota at the Black Dog as seen by French artist Stephane Levallois,  responsible for the 56 pages booklet of their new CD How the light gets in focused on the songs of Leonard Cohen. Record available as an import at the Black Dog. A must have !


 

 

 

 

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"Créer c'est toujours parler d'enfance" Jean Genet...la richesse des liens unissent révolte et créativité en deux mots sans cesse appariés. Assortiments de lutte, révolutions des partitions, blues anti-soumission, palettes de rébellions. Est ce toujours dans l'épreuve que les grands esprits se rencontrent ? Liberté j'écris ton nom...