Les Roms, la vie c’est sans eux ! Ils comptent pas les Roms, même pas pour du beurre ... rien, nada .. même pas pour rien, ce serait encore trop .. ils comptent pas, néant absolu ! .. Voilà qui est clair et net ! net ! Emballé c’est pesé, pas un pet de lapin …
Casse-toi ailleurs ! … Dégage de ma vue : ça c’était encore avant. C’était encore trop d’attention… sont même plus visibles. On ne les voit plus, normal … y’sont pas.
Depuis les attentats, la France qui s’ennuyait a de quoi gamberger, et elle gamberge, grave … L'enfer, et tous ses cercles.
Depuis les attentats, ils comptent tellement plus du tout que si y’avait un ministère pour eux, que s’ils avaient un ministère de tutelle, ça serait le ministère des affaires courantes. Ça serait lui leur ministre de tutelle, le ministre des affaires courantes.
C’est le seul ministère qui ne coûte pas un rond. Il est fantôme, nulle part et partout, en activité autarcique. Il excelle. Il est sur-efficace. C’est le grand automate. Ça roule tout seul, ça boule de neige, et ça amasse que du pareil au même, c’est rutabaga et boule de suif …
C’est la ronde des exclus. Ils sont tellement loin-exclus qu’ils ont basculé de l’autre côté des marges. Et quand on pense qu’on est tous déjà pas-mal à la marge et que c’est que le début, imagine la relègue, au bout du bout du dernier terrain vague à la marge des marges …
N'apparaissent nulle part.
C’est simple c’en est presque métaphysique … C’est au-delà du terminal. Au-delà, bien par delà … la dernière route … C’est un conte philosophique, mais un conte d’hiver … à dormir debout ! Marche, encore et encore fantôme … T’es à la gelée des chemins ... In malam crucem ! Va au diable.
« Là, ça va .. l’hiver ça finit … ! C’est dur c’est quand il y a la neige » dit la jeune femme Rom, à l'indolence seyante et naturelle, un brin de rire scrutateur rivé au coin du regard, qui me tutoie direct de ses yeux pairs, un rien d'insolence dans le détachement, dans le ton du détachement, dans le déhanchement du ton. Race de reine, corps de danseuse. L’un des siens lui tend et à trois autres aussi, un paquet de cigarettes ouvert, elle en prend une et les autres aussi qui allument chacun la sienne à une flamme qui s’offre à la régalade.
Elle me regarde sans prendre congé et tous s’ébranlent, que je ne reverrai plus, tribu prophétique aux prunelles ardentes, Vers des ailleurs que je peuple de fées et d’elfes aux noms des lectures de mon enfance.
Les haillons sont parfois un apparat.
Il ne reste que nous, qui avons troqué notre âme, ou qu’on nous a troquée. Que nous, les statiques statufiés, les grands lascars aux radios qui crépitent sous leur vareuse matelassée et blindée, casqués, armés, en uniforme et tenue de combat, les quatre capitaines sans-galons qui l’aurait appelée vilaine, les voitures arrêtées en tout sens et n’importe comment qui clignotent régulièrement du chef, les bulldozers qui sont nos bergers allemands, ces grues, ces excavatrices pour sortir de la terre des pelletées de terre et y mettre à la place, dans les trous, les effets et les affaires des roms qu’ils viennent de déloger, jouets parfois compris, pour y remettre, après, la terre qu’ils ont enlevés par-dessus et ça fait des grands monticules, comme des taupinières géantes, comme une nursery de taupinières géantes à la surface de cette voie, un temps, lactée que foulèrent les pieds ailés de dieux et de déesses, à l’inimaginable luxuriance langagière, venus du temps jadis,venus de temps anciens, tellement anciens qu’ « on » s’y perd en conjectures, que selon la conjoncture, savantes et savants, du moins intronisés comme tels, gadgé pour la plupart, chacun et toutes et tous, y vont de leur fable, de leur interprétation affabulatrice, docte et inspirée, de leur péroraison magistrale à l’adresse, de prime abord, d'eux--mêmes, cet autre forcement admiratif dans le miroir duquel ils, elles, tous se mirent.
« T’es à la gelée des chemins .. In malam crucem ! Va au diable. »
« Et c’est le diable qui te le dit. » En nos temps de grand hiver nucléaire de la vie des hommes pauvres immergés dans des sociétés devenues mercantiles jusqu’à la trame, devenues et rendues mercantiles jusqu'à l'être d’elles-mêmes, c’est « à l’abordage et pas de quartier » …
En nos temps de grand hiver nucléaire de la vie des hommes pauvres immergés dans le malheur, c’est le diable qui mène la danse, et empoche à tous les coups, en ces temps de disette, il n'est point de petits dividendes, la moindre miette compte et l’on convoques les tribunaux pour un vol dans une poubelle.
Le grand surfeur qui essaime partout la mort pour prendre la vague et sortir du tube a engendré le grand purgatoire apocalyptique et se démultiplie.
L’apocalypse s’est bien passée, tout en douceur, on ne s’en ait même pas rendu compte, rien senti, rien senti passer, c’est dire la disette cérébrale, ça a un mot la disette cérébrale, ça s’appelle l’embrigadement, ça c’était du temps où y’avait des brigades. On entend encore le mot brigade, mais c’est plutôt comme on dit « en orient », « Les brigades du martyr … un tel », l’orient ce n’est plus une localisation géographique, parce que même le Maroc, on dit que c’est en orient », c’est devenu métaphysique aussi, la notion d’orient, comme d’ailleurs un tas d’autres notions, toutes métaphysiques, alors la métaphysique sans les concepts pour la penser, sans même les bases, la moindre base, c’est le grand bazar, bazar généralisé et tout ce qui avec, et , où le vizir s’il est malin le reste, et comme c’est le malin qui fait le vizir, et d’un vizir, l’autre, si ce n’est lui, ce sera son frère, la vizirité ça se refile, on se la passe et se la repasse, comme une maladie, ou, comme une pute qu’aurait du chien, un sacré chien à flairer le badaud, le blaireau, le mouton, lui conter fleurette le temps de bien l’assaisonner avant de se le farcir et de le bouffer.
Mais, après le temps des brigades, est venu celui et ceux de la grande décérébration élevée en célébration ritualisée et messe médiatique planétaire à visée concentrationnaire.
C’est le temps venu des grands rassemblements, des grands messes fascistes, télévisuelles et fascistes, où le mouton moutonne et bêle de concert, où les masses sont à califourchon sur le dos du vide qui leur tient lieu de colonne vertébrale et de marchepied vers la mort.
Ça a un mot la disette cérébrale. Cela s’appelle … La lobotomisation s’est bien passée, bien passée aussi, tout en douceur ou presque. Avec juste les grands flashs blancs qui vont avec à la pose des électrodes quand on envoie le jus.
C’est Nuremberg pixelisé partout sur tout le pourtour de la planète bleue, c’est la nuit noire qu’on prend pour une aurore. C’est Nuremberg en kit de poche adaptable à toutes les situations et pour tout un chacun, avec résultat à garantie évolutive. Pour les garantis, c’est comme pour les lois, on les change, on en change comme on change de montures quand celle qu’on monte est exténuée, arrive à bout, au bout d’elle-même et ne ramène plus assez de kopecks.
C’est Nuremberg nucléarisé, champignonisé, miniaturisé partout, à force d’épandage massif et de lois en ce sens. C’est « on change de Dieu » quand celui qu’on a ne fait plus l’affaire, quitte à piquer celui d’un autre et, qu’en plus de le lui piquer, on va le lui faire prendre pour le diable. C’est l’inversion des valeurs. Un-plus-un ne fait plus forcement deux. Ça dépend du contexte. Et le contexte, le mot le dit, ça vous échappe. C’est l’escroquerie ontologique à tous les étages.
C’est le grand miroitement, miroir aux alouettes, la manipulation des images, « derrière une image, il y a toujours déjà une image » … Plus de terrain vierge. La friche, que la friche et à perte de friche. Friche humaine. « Il y a toujours à une image, une image qui, déjà, lui préexiste ». L’axiome est sans appel.
C’est avec l’utilisation de ce postulat pratique qui permet de noyer le poisson, aussi nombreux soit-il, qu’on lui fait prendre des vessies pour des lanternes, la mer pour le ciel, le crépuscule pour l’aube, les lumières de la ville pour une femme qui danse, qu’on la lui fait, qu’on la lui met, in fine, dans la tête, qu’on le prive de lui, qu’on le fait autre, autre sans satiété et interminablement, qu’on le condamne, aux galères éternelles, sans qu’il soit besoin de consulter quelque éternel que ce soit, puisque déjà renvoyé à ses abatis, décrédibilisé, puis relégué à sa seule place désormais tangible qui est celle qu’il occupe dans l’ordre alphabétique de la page où il apparaît dans un dictionnaire des mots.
On fait de toi le même que moi, on te fait à mon image, et quand tu l’es, crois-tu devenu, et comme t’es pas intrinsèquement moi, - il y a toujours une image en-dessous que tu ne connais pas forcement - on peut, on te ... liquide.
Bien sûr, pour gagner à ce petit jeu, faut en établir les règles et les bases sur lesquelles elles reposent, et les faire accepter, alors « on » force un peu du côté de l’égo, on mets le paquet dessus, sur la valeur ego, on le monte en épingle, on le cérémonise à tout bout de champs, on le taille en brillant, on le facettise, on l’époussette, on le griffe savamment, on la fourre dans la tête à grands d’épandages continuellement intempestifs et intensifs, on la fait passer, la notion qu’on veut t’inculquer, si besoin est, on te la fait passer aux forceps, on la fourre dans le crane, la mite égotiste, avide de tendre cervelet, on te la fourre pour te bouffer la cervelle …
C’est la génétique autonettoyante des sociétés.
Et si tu résistes trop, vois …
De toi-même, tu te résignes à l’invisibilité absolue, à l’effacement des listes des registres de la vie, et si tu te crois finalement et somme toute, toléré, alors c’est que tu ne sais pas que tu as disparu.
Des listes de registres officiels.
- « Les Roms ? » …
- Mais ils ne sont pas. Il n’y a pas … N’existe pas.
- « Ces gens qu’on vire ? »
- A peine des gens !
- « Qu’on vire tant et plus, par familles entières, à tour de bras et en crescendo ? » …
- Mais ils ne sont pas … Existent pas … Non . Ne pas. Question invalidée. Autre question …
- ...