Nous voici plongés dans le noir de la salle de cinéma, à ce moment très particulier, à cet instant précis où l'écran va s'éclairer et le film commencer.
Là, à ce frissonnement tout intérieur, à ce frémissement tout en silence, à ce frisson sur les blés du champs de l'être qu'il couche, se reconnait la jouissance si particulière, que, seul, sait ressentir, en son tréfonds, le cinéphile, et, avec lui, de concert, tous les cinéphiles ... Nous en frissonnons déjà d'effroi ...
A frémir d'effroi et de terreur mélangés devant les pluies noires d'Imamura et les somptuosités définitivement effrayantes de Kurosawa, dont Rêves clôt, en 1990, le cycle tragique.
Le film « Rêves » d’Akira Kurosawa, sorti en 1990, a une résonnance très forte avec l’actualité de la catastrophe nucléaire au Japon. Ce film regroupe huit histoires, dont le thème dominant est celui du rapport à la nature, de sa domination, de son mépris et de sa destruction complète par l’être humain.
La sixième et la septième histoire, intitulées en français « le Mont Fuji en rouge » et « Démons gémissants », forment un tout cohérent autour du thème d’un cataclysme nucléaire.
Dans le Mont Fuji en rouge , les six réacteurs d’une centrale nucléaire viennent d’exploser. Trois nuages radioactifs s’échappent. Un nuage rouge, chargé de plutonium 239, dont « 10 millionième de gramme suffisent à donner le cancer ». Un jaune, chargé de strontium 90, « qui attaque la moelle osseuse et provoque la leucémie ». Un violet, chargé de cesium 137, « qui affecte la reproduction et produit des mutations génétiques monstrueuses ».
Une rescapée, portant ses deux enfants, s’écrie :
« Ils nous disaient : « la centrale nucléaire est fiable, le risque c’est l’erreur humaine, pas la centrale elle-même. L’énergie nucléaire est sans danger. Il n’y aura pas d’erreurs, soyez tranquilles ». Quels menteurs ! S’ils ne sont pendus pour ça, je le ferais moi-même ! ».
Le plutonium 239, le strontium 90 et le cesium 137 sont quelques uns des composants radioactifs relâchés en quantités par la centrale de Fukushima.
De fortes, très fortes quantités de nucléides directement dans l’atmosphère.
La septième histoire du film « Rêves » de Kurosawa présente un paysage comparable à celui d’un hiver nucléaire. Et pour cause, comme l’explique un survivant :
« Autrefois, cet endroit était couvert de fleurs mais la bombe H et les missiles en ont fait un désert. Maintenant sur cet amas de cendres, poussent des fleurs étranges ».
[Ce sont des pissenlits géants. En fait, dans le contexte d'un hiver nucléaire, la plupart des plantes disparaîtraient en raison de la quasi absence de lumière solaire parvenant à percer l'immense couche de poussières formant le ciel].
Ce survivant est lui-même affublé d’une corne sur le crâne, résultat d’une mutation génétique, ce qui le fait ressembler à un démon, selon leur représentation typique.
Dans cette post-apocalypse nucléaire ...
« La nature a disparu de la Terre. Il n’y a plus d’oiseaux, de mammifères, de poissons. J’ai vu un lapin à deux têtes, un oiseau borgne et un poisson velu ».
« Dreams » (1990) d'Akira Kurosawa - Le Mont Fuji en rouge -
Cette vidéo inclut du contenu de Warner Bros. Entertainment, qui l'a bloqué pour des raisons de droits d'auteur.
Opération impossible
Nous ne verrons pas cet extrait du film d' Akira Kurosawa. M. Warner Bros et consort en ont bloqué la possibilité.
Mais que M. Warner Bros, en sa tombe, et consorts encore présents, ne s'inquiétent. Les images qu'ils s'approprient et qu'ils séquestrent, ainsi, de façon tyrannique et despotique, nous les voyons, non que nous ayons à les chercher, mais c'est qu'elles viennent à nous, à nous comme à vous, vous les voyez, avant nous d'être sous le vent, sous le vent mauvais... Sous le vent ... Mauvais ... Tout Suffocant et blême !... Sous le vent mauvais ! ... Feuille morte ! ... Vous êtes ! ... Warner Bros ! ... Elles nous parviennent mystérieusement, comme à vous, nous les vivons, nous comme vous, nous les vivons, comme vous les vivez, et, les vivrez, du moins autant que vous vivrez, vous les vôtres, tous les vôtres, ainsi que les nôtres, tous, à court, moyen terme, long, plus rarement pour les très chanceux uniquement, condamnés, tous condamnés ...
Émanations magiques et tragiques des plans d' Akira Kurosawa, Soheih Immamura et combien d'autres traumatisés de la folie nucléaire, qui, par deux fois, se déchaina sur leur sol, en leur pays aux traditions immémoriales, et, qui, à nouveau, le ravage. Et, avec lui, le reste du monde. Et continue à le ravager... Mais ça, c'est toujours tu, et dans des proportions, encore, toujours tues.
" Maintenant tout le nord du Japon est ravagé. Je conseille aux gens de partir. Partez ! Parce que c'est un endroit très dangereux. "
Christopher Busby - Chimiste -
Et de répéter encore et encore ... comme la femme rescapée et ses deux enfants dans les bras ...
« Ils nous disaient : « la centrale nucléaire est fiable, le risque c’est l’erreur humaine, pas la centrale elle-même. L’énergie nucléaire est sans danger. Il n’y aura pas d’erreurs, soyez tranquilles ». Quels menteurs ! S’ils ne sont pendus pour ça, je le ferais moi-même ! ».
Nous vous pendrons ! ...
C'est le monde qui est devenu la salle de cinéma.
Nous vous pendrons ! ...
C'est le monde qui s'est mis à faire son cinéma.
Et il n'y a plus de droit d'auteur ...
Et les dividendes que vous touchez, nous les touchons aussi ... Ils s'appellent la mort ... !
Nous vous pendrons ! ...
Action ! ...