En amont des choses, les choses ne sont pas encore. Tout en amont, le lit à venir qui accueillera leur cours n'est pas encore dessiné. Tout au plus peut-on le deviner, emmètre des hypothèses, les croiser avec d'autres, supputer deux ou trois choses que l'on sait ou que l'on imagine savoir d'elles.
L'on échange à ce sujet avec qui l'a en commun.
Puis, au fil du temps, d’un temps qui singulièrement et très soudainement peut s’accélérer, et leur nombre allant croissant, avec qui l'ont en commun. Au début, en amont des choses, peu. Ensuite, quand le cours des choses, sans se définir encore, esquisse des désirs, présente un faisceau de comportements concordants et explicites, ainsi que des velléités qui se conjuguent dans l'outrance, le bât blesse alors grandement, et, alors, ces arts si profondément français que sont ceux de la conversation et de la réflexion rejoignent alors, quand elle s'enfle et gronde, cette non moins française inclinaison, ou qui le fût et dont d'aucuns désespèrent qu'elle ne le fût plus, qu’elle se soit perdue, rejoint, se couple et se coule dans le moule de la révolte qui se lève et vente sourdement, et dont le ferment le plus sûr est le nombre croissant de ceux qui la ressentent, cette grande crue de tous ceux qui la vivent.
Les événements sont une grande chose générale faite de plein de petites choses qui doivent être rapprochées et mises sur un même plan pour devenir lisibles, audibles.
De l'observation des faits, emberlificotés, un temps interminable, dans les méandres des jeux inadmissibles et multiples faits de fausses attitudes, d'apparentes rodomontades qui se travestissaient volontairement en haussement circonstanciés de torse, alors qu'il s'agissait bel et bien de froids calculs sordides et d'hypocrisies diverses et toujours très politiques - c'est à dire dont les conséquences des choix avérés frapperont de plein fouet des populations entières et les mettront très à mal - de l'observation, donc, des faits à leurs démultiplications protéiformes et leurs amplifications d'une violence en continuel crescendo, force est de constater que la situation qui est faite pour employer ce « vocable ministériel » " les gens du voyage ", dont on voit, par l'usage qu'il permet, et, ce à quoi il conduit, quelle en est l'utilité, à quoi sert ce mot, cette appellation qui amalgame des populations diverses et aux caractéristiques dissemblables qu'une fois ainsi dénommées, permet de leur appliquer un traitement commun, indifférencié, et de " jeter le bébé avec l'eau du bain et le grand-père avec, qui le surveille ... et tutti quanti ... ", de tenter ainsi de s'en débarrasser.
Car de l'observation des faits au constat qu'elle autorise, et auquel elle conduit, il apparaît et ça tombe sous le sens, sous le sens commun, que c'est bien de ça dont il s'agit. Ni plus, ni moins de ça. De ça.
Ça, " S'en débarrasser ". S'en ... " En ", Gens du voyage ", ce vocable ministériel qui regroupe et amalgame toutes les populations déclarées comme n'étant plus, et ne l’ayant, somme toute, dans l'histoire de France, jamais été, comme n'étant pas les bienvenues, n'étant plus les bienvenues chez elles. " Les gens du voyage ".
Mais se débarrasser des gens posent des problèmes de bien des ordres, de tous ordres. Tout s'apprend bien sûr, pas plus que l'on ne braque pas une banque si l'on ne l'a pas appris, l'on ne s'improvise pas - ni impunément d'ailleurs - dictateur, nettoyeur d'ethnies désignées par la force du support du mot, nazis sur le retour, néo-ethnocides et autres apprentis-génocidaires. Et, les prémisses du grand nettoyage qui se veut en cours, font désordre. Et le crée. Le désordre. Et du désordre finit toujours, quand il accroît ainsi qu'il le devrait au regard des faits, par sortir, par s'exprimer une volonté qui se généralise d'un ordre plus juste, plus en adéquation avec le bon sens commun qui fait que les gens quels qu'ils soient et d'où qu'ils soient puissent tout simplement vivre ensemble.
L'affaire Gurême, car c'en est une, d’affaire, l'affaire Dreyfus, l'affaire Gurême, Raymond Gurême, vient éclairer cette lamentable pente sur laquelle surfe à souhait tous les récipiendaires, élus, non-élus de la gestion de ces affaires de la cité, dont aucun n'a pris, jusqu'à présent, officiellement la parole pour en condamner la mécanique des enchaînements qui l'a rendue possible.
Car ...
Non-content d'avoir brutalisé - la presse nationale et régionale s'en sont fait, abondamment pour certains, Médiapart par exemple, l'écho - Les réseaux sociaux - le terrain, vous savez ... ces électeurs, ou abstentionnistes, de demain ... - en ont fait grand bruit, grand et long bruit ... Long et lugubre bruit.
Car ...
Car ... Non-content, et nous touchons là, abordons là à l'immonde rivage, atteignons avec cet acte, ce geste, ce détail, à l'absolu Oméga de la plus abjecte crapulerie, de la veulerie la plus crasse, de la violence la plus volontairement gratuite, et la plus immonde, non content d'avoir brutalisé Raymond Gurême, 89 ans, le fonctionnaire tortionnaire de police, âgé de 29 ans, qui, malgré la mise en garde, l'appel au calme d'un de ces collègues, s'est comporté de la façon la plus absolument abjecte et d'autant plus abjecte qu'il sert la nation, non-content d'avoir frappé à de multiples reprises un vieillard, le jeune fonctionnaire de police s'est, apprend-t-on, de la bouche de Raymond Gurême - à la fin de l'extrait - s'est, sans doute pris d'une inspiration soudaine, sous le coup d'une émotion incontrôlable qui lui dicta un acte insensé, d'une pulsion irrépressible, s'est lâché sur le berceau d'un enfant de trois mois qui dormait dans la pièce, et s'est permis, de son propre chef, de lui a administrer un odieux traitement, une invraisemblable maltraitance, de lui faire subir une incroyable violence, de lui mettre un coup de gaz lacrymogène. Un coup de lacrymo à un enfant de trois mois dans son berceau.
L'agression d'un nouveau-né dans son berceau par un agent de la force publique qui s'est introduit chez un particulier sans autorisation de l'institution judiciaire, et en violation avec le droit de la propriété privée, ne peut pas être passée sous silence.
C'est un fait gravissime, un enchaînement de faits absolument gravissimes dont l'étape suivante est la mise en place, et dans quel délai, de quelle forfaiture nationale comparable au pire dont ce pays fut dans le meilleur cas le témoin, et, dans le pire, ce pire qui a recoupé, à maintes fois, la réalité, le complice, l’acteur avéré.
C'est un fait gravissime, un enchaînement de faits absolument gravissimes dont quelle sera l'étape suivante ... ? La mise en place de quoi ... ? De l'extermination ? ...
" C’est l’aboutissement et l’une des étapes d' un racisme sournois qui ne s' affiche pas comme tel mais commence à se banaliser si nous le laissons passer en silence. " Catherine Raffait
" La construction de l'identité, arrive parfois comme réponse inadéquate à une souffrance due précisément à une focalisation, voire à des persécutions qui ont été légitimées par une pseudo-identité fantasmée. Nous n'avons pas à être ce qu'on a fait de nous! " Contacts Rom
" La France a comme un air de 1935, effrayant et dégoutant cet acte. "
" Encore, aujourd'hui plus qu'hier, et, peut-être hélas, bien moins que demain, jusqu'où, jusqu'à quand va-t-on aller (régresser) ? "
" J'ai rencontré monsieur Gurême il y a un an ou un peu plus lors du cycle consacré aux gens du voyage, tsiganes et Roms par la Maison du Livre de Bruxelles. Les coups qu'il a reçus ces jours- ci me font très mal, parce qu ils résonnent d'une trop longue histoire d'humiliations et de discrimination systématisées, parce que ce sympathique " petit vieux" est un rescapé de l'exclusion des Tsiganes et gens du voyage mise en place juste avant le régime de Vichy et la déportation, et que son œuvre de témoignage et de résistance méritent qu'on s'incline devant lui et non qu'on le frappe. Sympathie totale avec lui et ses proches, et la journaliste qui l'a aidé à écrire son passionnant et indispensable récit. Raymond Gurême est un chêne. Bon rétablissement. " Francoise N.
" Le discours d'en haut autorisant celui d'en bas, et les actes qui l'accompagnent, il faut exiger la justice, et pour ça, avoir recours aux lois et ne pas cesser d'en parler. "
Le texte qui suit est une pétition dont les termes disent l'urgence et le tragique de la situation dans laquelle se retrouvent des populations entières, des populations françaises et européennes.
Solidarité avec Raymond Gurême
Nous condamnons avec force les violences inqualifiables dont Raymond Gurême, âgé de 89 ans, a été victime le 23 septembre 2014 lors d'une intervention policière sur son terrain. Ancien résistant qui s'est évadé des camps d'internement pour "nomades" de Vichy et des "camps de travail" nazis, Raymond Gurême présente des traces de coups et des contusions multiples qui ont été constatées par son médecin traitant. Quatre de ses enfants et petits-enfants, qui se sont interposés pour le défendre, ont également reçu des coups et ont été condamnés pour "outrage et rébellion". Ils ont fait appel.
Nous ne nous contenterons pas des dénégations policières, émanant notamment de la commissaire qui dirigeait ce déploiement policier massif et ne se trouvait pas sur place lors de l'agression.
Mobilisés au côté de Raymond Gurême, auquel nous réaffirmons ici notre admiration pour tout ce qu'il incarne, nous demandons aux autorités françaises - présidence de la République, Premier ministre, ministre de l'Intérieur, ministre de la Justice, secrétaire d'Etat aux anciens combattants... et aux institutions européennes de garantir une enquête approfondie et impartiale sur le cadre et le déroulement de cette intervention policière ainsi que sur les conditions dans lesquelles Raymond Gurême a reçu de multiples coups d'une grande violence.
Nous dénonçons de la manière la plus ferme les multiples entraves rencontrées depuis le 23 septembre pour porter plainte, ces obstacles étant malheureusement habituels en France pour les procédures intentées par des citoyens contre la police ou la gendarmerie.
Nous tenons à souligner en particulier que Raymond Gurême ne s'est vu délivrer aucune réquisition pour un rendez-vous à l'Unité de consultations médicojudiciaire (UCMJ), seule habilitée à faire des constatations spécialisées et à définir une durée d'ITT (incapacité temporaire totale). Et ce malgré de multiples demandes auprès de la gendarmerie d'Egly, du parquet d'Evry et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Sa plainte n'a donc pas été correctement prise en compte et semble pour tout dire promise à un enterrement de première classe dans trois mois, à l'issue de l'enquête confiée à la commission de déontologie départementale par le parquet d'Evry.
Nous demandons aux autorités françaises et européennes d'agir concrètement et rapidement pour que des poursuites soient engagées contre les policiers mis en cause dans cette affaire et plus généralement pour qu'il soit mis un terme à l'impunité dont les forces de l'ordre bénéficient en France.
Nous demandons également que cessent enfin les multiples discriminations que continuent à subir les "gens du voyage", que leur mode de vie soit itinérant, semi-itinérant ou sédentaire. Il est inacceptable que les "gens du voyage" soient toujours enfermés dans un statut d'exception qui les prive des droits les plus élémentaires, les livre à la vindicte populaire et les rend vulnérables à toutes les formes d'arbitraire, notamment policier. Et ce malgré les multiples condamnations internationales (ONU, Conseil de l'Europe...) et l'abolition partielle de la loi de 1969 par le Conseil constitutionnel en 2012.
Plus de 70 ans après l'internement arbitraire en France et le génocide des tsiganes en Europe, il est inadmissible que les rapports de l'administration française, et notamment celui de la commissaire d'Arpajon, continuent à parler de "camps" pour désigner les terrains familiaux des voyageurs, pour ne rien dire des "gazeuses" désignant les bombes lacrymogènes.
Alors que les autorités françaises célèbrent le centenaire de la guerre de 1914 et les 70 ans de la Libération, rappelons avec force à ceux qui considèrent les Voyageurs comme d'éternels "étrangers de l'intérieur" que, comme de nombreux "forains" et "nomades", le père de Raymond Gurême a versé "le prix du sang" pendant la Première guerre mondiale et que Raymond a participé à la Résistance et à la Libération de la France dès qu'il a pu s'échapper des camps.
C'est sur cet homme-là, maillon essentiel de notre mémoire collective, que des coups se sont abattus plus de 70 ans après les coups qu'il a reçus de la police française dans les camps d'internement.
Nous exigeons que les autorités françaises sortent enfin de leur silence et qu'elles condamnent solennellement l'anti-tsiganisme qui, comme toutes les formes de racismes, est intolérable dans la France et l'Europe du XXIème siècle mais demeure solidement ancré au sein des institutions et des mentalités.