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Billet de blog 15 mai 2015

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J. Sapir, les Scythes et V. Poutine

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Fautes

Par Jacques Sapir,

En ce 9 mai 2015, nous commémorions le 70ème anniversaire de la victoire contre l’Allemagne nazie. Cette date restera dans les livres d’histoires comme celle ou ce que l’on appelle « l’occident », et qui n’est en réalité que le cercle des alliés européens des États-Unis à commis une faute politique majeure. Dans cette faute, la responsabilité du Président François Hollande est importante, et pourrait avoir des conséquences profondes.

Poutine isolé ?

Sous les pressions des États-Unis, une majorité des pays européens ont renoncé à envoyer un Président ou un Premier ministre à Moscou pour la grande parade commémorant la Victoire. Mais, et ceci est extrêmement important, la Chine, l’Inde et de nombreux pays d’Amérique Latine ont fait le déplacement. Si l’on mesure démographiquement le poids de ces représentants, ils pèsent plus de 50% de la population terrestre. Si l’on mesure économiquement leur contribution, elle est élevée, autour de 40%. Parler dans ces conditions d’un « isolement » de Vladimir Poutine est une absurdité.

Mais, la symbolique politique est encore plus importante.

Ont fait le déplacement à Moscou les chefs d’Etat ou les chefs de gouvernement des pays des « BRICS » et des pays de l’OSC, l’organisation de Sécurité et de Coopération. Plus encore, la présence des chinois et des indiens acquière une signification particulière. La population de la Chine a payé d’un prix humain extrêmement lourd un conflit qui, pour elle, a commencé non en 1939 mais en 1937. En fait, elle est - derrière l’URSS - le deuxième pays à avoir le plus souffert. Les atrocités commises par l’armée japonaise ont été abominables. Les troupes indiennes se sont battues, tant contre l’Allemagne et l’Italie que contre le Japon. La participation de contingents des armées chinoises et indiennes au défilé de Moscou a, à l’évidence, une portée qui dépasse la simple commémoration.

Il était donc clair que ce 9 mai allait revêtir une importance particulière. Du fait de l’attitude des États-Unis, mais aussi du fait de la couardise, pour ne pas utiliser de mots plus blessants, de dirigeants européens, ce 9 mai 2015 a entériné la coupure du monde en 2. Il a symbolisé l’opposition d’un « ancien monde », celui du bassin atlantique à ce nouveau monde en train d’émerger autour de l’Asie, et qui attire à lui sans cesse de nouveaux pays.

On ne peut, à cet égard, que constater que les initiatives chinoises, ou Sino-Russes[1], de la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures[2] (BAII/AIIB) jusqu’au projet d’union eurasienne ne cessent de prendre de l’ampleur. Ces initiatives auraient pu être conçues dans un cadre ouvert sur « l’ancien monde ». C’est la responsabilité des États-Unis, mais aussi de ceux qui par suivisme à courte vue ou par peur leur ont emboité le pas que d’avoir provoqué cette rupture symbolique entre ces deux mondes que l’on a vérifiée avec le défilé du 9 mai.

La responsabilité de François Hollande.

Traditionnellement, c’est la France qui cherche à rétablir le dialogue et qui se bat, parce qu’elle a une conception universaliste de certains principes, pour faire tomber les préventions et réduire les hostilités entre blocs.

Le Général de Gaulle a prononcé de nombreux discours contre la « politique des blocs », dont celui de Phnom Penh, en 1966, est le plus fameux.

En décidant, à la dernière minute, d’envoyer Laurent Fabius, notre Ministre des Affaires-Etrangères, non seulement François Hollande a commis une faute lourde, mais il s’est discrédité durablement sur la scène internationale. L’envoi du Ministre des Affaires-Etrangères représente clairement un indigne « entre deux ». Si l’on voulait être présent à Moscou, c’était au Président de se déplacer, voire à son Premier ministre (Manuel Valls) qui, rappelons le, dans la Constitution, « dirige la politique du pays ». Mais, François Hollande a préféré aller se mettre au chaud dans les Caraïbes, et Manuel Valls se complaire dans une polémique indigne contre Emmanuel Todd.

L’Histoire retiendra cette désertion, à la fois physique et morale, des deux autorités les plus importantes de notre pays.

Mais, le plus grave, est que si, dans le futur, la France s’émeut - à juste titre -  de cette résurgence de la « politique des blocs » elle n’aura plus aucune légitimité pour parler contre. François Mitterrand, qui avait un sens de l’Histoire, et de la formule, avait utilisé l’expression de « petit télégraphiste » pour dénoncer la visite de Valery Giscard d’Estaing à Moscou au début (1979) de la guerre d’Afghanistan. Mais aujourd’hui, au moment où il eut été important d’être à Moscou ne serait-ce que pour témoigner par sa présence de l’unité du monde et pour reprendre langue avec ces dirigeants du « nouveau monde », le Président français a préféré jouer les abonnés absents. Son absence est certainement une honte, mais elle est aussi -  politiquement -  une démission.

Les conséquences.

Cette démission aura, n’en doutons pas, des conséquences profondes et durables, du moins tant que ce personnel politique là restera au pouvoir. On oublie, ou bien l’on feint d’ignorer que Vladimir Poutine est, au sein du gouvernement et de la classe politique au pouvoir en Russie, l’un des plus pro-occidentaux[3]. En un sens, il a pris acte des principes de la politique internationale qui fondaient les relations internationales depuis les années 1980, au moment où ces derniers étaient de plus en plus abandonnés par les Etats-Unis et leurs alliés.

La question des principes et des règles qui doivent régir les relations internationales est au cœur de la problématique défendue par Vladimir Poutine depuis le discours qu’il prononça à Munich en 2007[4].

Il est revenu à de nombreuses reprises sur ce thème, et en particulier en 2012[5].

Cette dernière déclaration est particulièrement importante car elle date de bien avant la crise ukrainienne. L’un des points sur lesquels Poutine se prononce est : « La récente série des conflits armés démarrés sous le prétexte d’objectifs humanitaires est en train d’affaiblir le vieux principe de la souveraineté des États, créant ainsi un vide légal et moral dans la pratique des relations internationales. Il est souvent dit que les droits de l’homme sont supérieurs à la souveraineté des États. Ceci est incontestablement vrai  - les crimes contre l’humanité doivent être punis par la Cour International. Mais, quand la souveraineté des États est trop aisément violée au nom de ce principe, quand les droits de l’homme sont protégés de l’extérieur sur une base sélective, et quand les mêmes droits d’une population sont piétinés dans le processus d’une telle protection, incluant le droit primordial et le plus sacré  -  le droit à sa propre vie  -  ces actions ne peuvent être considérées comme une noble mission mais plutôt comme une totale démagogie » [6] .

Cette question était déjà pendante en 2007 quand Vladimir Poutine avait réclamé la clarification des règles du Droit international. Dès 2003, à propos de l’intervention américaine en Irak, on pouvait voir que cette tendance à interpréter les règles à leur seul profit était une tendance de la politique des États-Unis[7]. On sait que cette dérive de la politique américaine vers un « interventionnisme » de plus en plus important n’a fait que se renforcer.

De même, il fait, en 2012, cette réflexion quand à la volonté des États-Unis de se constituer en bastion invulnérable : « Par définition l’invulnérabilité absolue pour un pays requiert en théorie que tous les autres pays soient vulnérables. Ceci ne peut être accepté »[8]. On voit bien ici toute la responsabilité de la politique américaine dans le raidissement progressif de la position russe. L’incapacité des États-Unis d’admettre que le XXI ème siècle ne sera pas le siècle américain est grosse de conflits.

Multipolarité ou unipolarité du monde.

L’attitude des États-Unis, et des pays qui les suivent ou qu’ils contraignent de les suivre est en train d’aboutir à souder une alliance du nouveau monde contre l’ancien. Ceci n’était pas le projet initial de Vladimir Poutine, qui dans son discours de 2007 parle d’un monde multipolaire. La reconstruction de la Russie n’impliquait pas l’affrontement direct avec les États-Unis[9].

La Russie, si elle cherchait à dégager les institutions internationales de l’influence américaine, ne voulait pas pour autant les accaparer[10]. Lors de la conférence de Munich en 2007, on trouve cette déclaration de Vladimir Poutine :  “ J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que dans les conditions d’un leader unique le monde contemporain  ( je tiens à le souligner : contemporain )  manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine[11].

On n’a pas accordé l’attention requise à ce que disait Vladimir Poutine. Pourtant, il le répétait un peu après toujours dans le discours de 2007 :  “ Nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. Bien plus, certaines normes et, en fait, presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout bien entendu, des États-Unis a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. [12].

Il ne fut pas le seul des dirigeants russes à tenir ce discours.

Dans un article, publié à la fois dans la presse russe, et dans le Financial Times, le Ministre des finances de l’époque, Alexis Koudrine, déclarait :  « Il n’est pas difficile de comprendre que si l’une de ces structures  [Koudrine fait ici référence tant au FMI qu’à la Banque Mondiale]  est perçue par une part significative du monde comme assurant la domination d’un pays ou d’un groupe de pays, elle perdra sa légitimité. Elle cessera d’être un instrument efficace »[13].

Ce passage montre que la position russe articule deux éléments distincts mais liés. Le premier est un doute quant aux capacités d’un pays  (ici les États-Unis sont clairement visés)  à rassembler les moyens pour exercer de manière efficace son hégémonie. C’est un argument de réalisme. Même le pays le plus puissant et le plus riche ne peut à lui seul assurer la stabilité du monde. Le projet américain dépasse les forces américaines. C’est un constat sur lequel il y a peu à redire. Mais il y a un second argument qui n’est pas moins important et qui se situe au niveau des principes du Droit. Il n’existe pas de normes qui pourraient fonder l’unipolarité.

Dans son ouvrage de 2002, Evguenni Primakov, qui fut Premier ministre de la Russie en 1998 et 1999, et qui reste un des grands connaisseurs de la politique internationale, ne disait pas autre chose[14]. Non que les différents pays ne puissent définir des intérêts communs, ni même qu’il n’y ait des valeurs communes.

Le discours de Poutine n’est nullement “ relativiste ”. Il constate simplement que ces valeurs (la “ base morale et éthique ”) ne peuvent fonder l’unipolarité, car l’exercice du pouvoir, politique ou économique, ne peut être défini en valeur mais doit l’être aussi en intérêts. Ceci revient à refuser la thèse d’une dépolitisation des relations internationales, qui devraient se réduire, dans l’esprit de ceux qui soutiennent cette dépolitisation, aux Droits de l’Homme et aux “ lois ” de l’économie.

Si les relations internationales ne sont pas de la “ technique ” (la simple mise en œuvre de normes communes) mais de la politique (la gestion d’intérêts différents et potentiellement conflictuels) y compris dans les relations économiques, alors toute aspiration à l’hégémonie devient immorale.

Pour une politique gaullienne.

On comprend alors qu’il est important de briser cette dynamique de la politique des blocs pour revenir, et il est clair que c’était ce que le gouvernement russe attendait de la France, vers une dynamique d’un monde multipolaire. Mais, nous sommes obligés de constater que le gouvernement français, son Président et son Premier-ministre ont sur ce point  (et comme sur beaucoup d’autres)  failli.

Au-delà de la honte et de la colère que nous inspire l’attitude de François Hollande et de Manuel Valls, au-delà du dégout que nous inspire l’insulte faite non seulement aux peuples russes mais aussi au peuple chinois et indien, et à tous les autres qui sont venus à Moscou en ce 9 mai, nous devons faire la froide constatation que, par calcul ou couardise, les dirigeants français, en abdiquant leur rôle naturel, contribuent à précipiter le monde vers un futur fait de guerres et de conflits. Cette responsabilité là, celle d’avoir renoncé à une politique gaullienne au moment même où elle s’imposait, témoigne de leur incapacité congénitale et restera devant l’Histoire. C’est une faute, et - on le sait depuis Talleyrand - les fautes en politique sont pires que les crimes.

Il faut se souvenir du poème, Les Scythes, écrit par Alexandre Blok en 1918.

Ses mots résonnent aujourd’hui encore avec une force étrange. N’écrivait-il pas alors :  « Camarades ! Nous serons frères ! / Mais si vous refusez, -  nous n’avons rien à perdre./ Et nous aussi nous pouvons être perfides.

Durant des siècles vous serez maudits / Par vos enfants et les enfants de vos enfants, tous malades ! / Partout, nous nous retirerons / Dans l’épaisseur de nos forêts.

À la séduisante Europe / Nous montrerons notre gueule asiatique. »

Les Scythes

Vous êtes des millions. Et nous sommes innombrables comme les nues ténébreuses.

Essayez seulement de lutter avec nous !

Oui, nous sommes des Scythes, des Asiatiques

Aux yeux de biais et insatiables !

À vous, les siècles. À nous, l’heure unique.

Valets dociles,

Nous avons tenu le bouclier entre les deux races ennemies

Des Mongols et de l’Europe.

Durant des siècles, votre antique haut-fourneau forgeait,

Étouffant les tonnerres de l’avalanche.

C’était un conte bizarre pour vous que l’effondrement

De Lisbonne et de Messine !

Durant des siècles vous avez regardé à l’Orient,

Thésaurisant et refondant nos perles.

Et, nous raillant, vous n’attendiez que l’heure

De diriger sur nous les gueules de vos canons.

L’heure est venue. Le malheur bat de l’aile,

Et chaque jour augmente l’offense.

Et le temps viendra où il ne restera pas même de trace

De vos Poestums, peut-être !

Ô vieux monde ! Avant que tu ne meures,

Pendant que tu languis encore, attaché à ta souffrance,

Arrête-toi, sage comme OEdipe,

Devant le Sphinx et son énigme ancienne !

La Russie est un Sphinx. Heureuse et attristée à la fois,

Et couverte de son sang noir,

Elle regarde, regarde à toi

Avec haine et avec amour !

Oui, aimer comme peut aimer notre sang,

Personne de vous, depuis longtemps, n’en est capable.

Vous avez oublié que dans l’univers il y a l’amour

Qui peut brûler et détruire !

Nous aimons tout — et l’ardeur des froides mathématiques,

Et l’inspiration des visions divines.

Nous comprenons tout — et la subtile raison gauloise,

Et le sombre génie germain.

Nous gardons le souvenir de tout — de l’enfer des rues parisiennes

Et des fraîcheurs de Venise,

De l’arôme lointain des bois de citronniers

Et des masses fumeuses dans Cologne…

Nous aimons la chair, et son goût, et sa couleur,

Et de la chair, l’odeur suffocante et mortelle…

C’est malgré nous s’il craque, votre squelette,

Dans nos pattes si lourdes et si tendres !

Venez à nous ! Sortez des horreurs de la guerre

Pour tomber dans nos bras !

Tant qu’il est temps encore — remettez la vieille épée au fourreau,

Camarades ! Nous serons frères !

Mais si vous refusez, — nous n’avons rien à perdre.

Et nous aussi nous pouvons être perfides.

Durant des siècles vous serez maudits

Par vos enfants et les enfants de vos enfants, tous malades !

Partout, nous nous retirerons

Dans l’épaisseur de nos forêts.

À la séduisante Europe

Nous montrerons notre gueule asiatique.

Jacques Sapir

9 mai 2015- Discours de Vladimir Poutine durant la parade militaire sur la Place Rouge à Moscou

Mes chers concitoyens russes,

Chers vétérans,

Honorables invités,

Camarades soldats de l’armée de terre et de la marine, sergents et officiers mariniers, aspirants et adjudants,

Camarades officiers, généraux et amiraux,

Je vous adresse à tous mes félicitations en ce 70e Anniversaire de la Victoire de la Grande Guerre Patriotique !

Aujourd’hui, alors que nous célébrons cet anniversaire sacré, nous nous rendons compte à nouveau de l’ampleur de la Victoire sur le nazisme. Nous sommes fiers que ce soient nos pères et grands-pères qui aient réussi à surmonter, écraser et détruire cette force obscure.

Le projet inconscient d’Hitler est devenu une dure leçon pour la communauté internationale tout entière. A l’époque, dans les années 1930, l’Europe éclairée n’a pas été capable de voir la menace mortelle qui résidait dans l’idéologie nazie.

Aujourd’hui, soixante-dix ans plus tard, l’histoire nous appelle encore à la sagesse et à la vigilance. Nous ne devons pas oublier que les idées de suprématie raciale et d’exclusivisme ont provoqué la guerre la plus sanglante de l’Histoire. Cette guerre a affecté près de 80% de la population mondiale. Beaucoup de pays européens ont été réduits en esclavage et occupés.

L’Union soviétique a subi les attaques les plus cruelles de l’ennemi. Les forces d’élite nazies ont été lancées sur elle. Toute leur puissance militaire a été concentrée contre elle. Et toutes les grandes batailles décisives de la Seconde Guerre mondiale, en termes de troupes, de puissance militaire et d’équipements impliqués, ont eu lieu en URSS.

Et sans surprise, c’est l’Armée Rouge qui, en prenant Berlin dans une campagne fulgurante, a porté le coup final à l’Allemagne d’Hitler et a mis fin à la guerre.

Toute notre nation multi-ethnique s’est dressée pour lutter pour la liberté de notre Patrie. Tout le monde a porté le lourd fardeau de la guerre. Et d’un même élan, tout notre peuple a réalisé un exploit immortel pour le Salut de la Patrie. Il a déterminé l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Il a libéré les nations européennes des nazis.

Tous les Vétérans de cette guerre, où qu’ils vivent aujourd’hui, devraient savoir qu’ici, en Russie, nous apprécions hautement leur courage, leur force et leur dévouement à la fraternité de la première ligne.

Chers amis,

La Grande Victoire restera toujours une apogée héroïque dans l’histoire de notre pays. Mais nous rendons également hommage à nos alliés dans la coalition anti-hitlérienne.

Nous sommes reconnaissants envers les peuples de la Grande-Bretagne, de la France et des États-Unis d’Amérique pour leur contribution à la victoire. Nous sommes reconnaissants envers les antifascistes de tous les pays qui ont généreusement combattu l’ennemi en tant que partisans et membres de la résistance clandestine, y compris en Allemagne même.

Nous nous souvenons de la rencontre historique sur l’Elbe [entre forces soviétiques et américaines], et de la confiance et de l’unité qui devinrent notre patrimoine commun et un exemple de l’unification des peuples pour la paix et la stabilité.

Ce sont précisément ces valeurs qui sont devenues le fondement de l’ordre mondial d’après-guerre. L’Organisation des Nations Unies a été créée et le système du droit international moderne a émergé.
Ces institutions ont concrètement prouvé leur efficacité pour résoudre les différends et les conflits.

Cependant, dans les dernières décennies, les principes de base de la coopération internationale en sont venus à être de plus en plus ignorés. Ce sont les principes qui ont été durement gagnés par l’humanité à la suite des épreuves de la guerre mondiale.

Nous avons vu des tentatives visant à établir un monde unipolaire. Nous voyons le bloc de la force brute prendre de l’ampleur. Tout cela porte atteinte à un développement mondial durable.

La création d’un système de sécurité égal pour tous les États devrait devenir notre tâche commune. Un tel système constituerait une réponse adéquate aux menaces modernes, et il devrait reposer sur une base régionale et mondiale sans blocs opposés. C’est la seule voie qui puisse nous permettre d’être en mesure d’assurer la paix et la tranquillité sur la planète.

Chers amis,

Nous saluons aujourd’hui tous nos invités étrangers et exprimons notre gratitude aux représentants des pays qui se sont battus contre le nazisme et le militarisme japonais.

Outre les militaires de Russie, des unités de parade de dix autres États vont également défiler à travers la Place Rouge. Elles comprennent des soldats de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan, de la Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghizistan et du Tadjikistan. Leurs ancêtres ont combattu coude à coude, à la fois en première ligne et à l’arrière.

Il y a également des soldats de la Chine, qui, tout comme l’Union soviétique, a perdu des millions de vies dans cette guerre. La Chine a également été le principal front dans la lutte contre le militarisme en Asie.

Les soldats indiens se sont eux aussi battus courageusement contre les nazis. Les troupes serbes ont également offert une résistance forte et implacable face aux fascistes. Tout au long de la guerre, notre pays a reçu un fort soutien de la Mongolie. Et maintenant, dans une formation de parade unique, sont réunis les petits-fils et arrière-petits-fils de la génération de la guerre. Le Jour de la Victoire est notre fête commune.

La Grande Guerre Patriotique fut en fait la bataille pour l’avenir de l’humanité tout entière.

Nos pères et nos grands-pères ont subi des souffrances, des privations et des pertes indescriptibles. Ils ont œuvré jusqu’à l’épuisement, jusqu’aux limites de la capacité humaine. Ils se sont battus jusqu’à la mort. Ils ont montré un exemple d’honneur et de véritable patriotisme.

Nous rendons hommage à tous ceux qui ont combattu jusqu’à la mort pour chaque rue, chaque maison et chaque frontière de notre Patrie. Nous nous inclinons devant ceux qui ont péri dans les combats acharnés près de Moscou et à Stalingrad, à Koursk et sur le Dniepr.

Nous nous inclinons devant ceux qui sont morts de la famine et du froid à Leningrad l’invaincue, à ceux qui ont été torturés à mort dans les camps de concentration, en captivité et sous l’occupation.

Nous nous inclinons avec affection à la mémoire des fils, filles, pères, mères, grands-parents, maris, épouses, frères, sœurs, compagnons d’armes, parents et amis, à la mémoire de tous ceux qui ne sont jamais revenus de la guerre, tous ceux qui ne sont plus parmi nous.

Nous faisons une minute de silence à leur mémoire.

[Minute de silence]

Nos chers anciens combattants,

Vous êtes les principaux protagonistes de la Grande Fête de la Victoire. Votre exploit héroïque a permis d’instaurer une vie digne et paisible pour de nombreuses générations. Elle leur a permis de construire leur existence et d’avancer sans crainte.

Et aujourd’hui, vos enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants se montrent à la hauteur des hautes exigences que vous avez établies. Ils œuvrent pour le bien du présent et de l’avenir de leur pays. Ils servent leur patrie avec dévouement. Ils répondent aux défis complexes de notre temps avec honneur. Ils garantissent le succès, la prospérité et la puissance de notre patrie, notre Russie !

Gloire au peuple victorieux !

Bonne fête à tous !

Félicitations pour le Jour de la Victoire !

Hourra !

[Soldats : Hourra ! Hourra ! Hourra !]

[Hymne national de la Fédération de Russie.]

notes de J. Sapir

[1] Garibov K., « La Russie a adhéré officiellement au pool de réserves monétaires des BRICS », texte posté sur SPUTNIK le 27 avril 2015, http://fr.sputniknews.com/opinion/20150427/1015850582.html

[2] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/04/17/20002-20150417ARTFIG00363-cette-banque-chinoise-qui-veut-concurrencer-la-banque-mondiale.php

[3] Voire la discussion entre Fyodor Lyukanov et Max Fisher publiée sur http://valdaiclub.com/usa/77200.html

[4] On trouvera une traduction complète et fidèle de ce discours dans la revue La lettre Sentinel, n° 43-44, Janvier-Février 2007, pp. 24-29

[5] Vladimir Putin on foreign policy: Russia and the changing world, déclaration publiée dans http://valdaiclub.com/politics/39300.html

[6] Idem, page 2. « The recent series of armed conflicts started under the pretext of humanitarian aims is undermining the time-honored principle of state sovereignty, creating a moral and legal void in the practice of international relations. It is often said that human rights override state sovereignty. This is undoubtedly true – crimes against humanity must be punished by the International Court. However, when state sovereignty is too easily violated in the name of this provision, when human rights are protected from abroad and on a selective basis, and when the same rights of a population are trampled underfoot in the process of such “protection,” including the most basic and sacred right – the right to one’s life – these actions cannot be considered a noble mission but rather outright demagogy. »

[7] J. Sapir, “Endiguer l’isolationnisme interventionniste providentialiste américain” in La Revue Internationale et Stratégique, n°51, automne 2003, pp. 37-44

[8] Vladimir Putin on foreign policy: Russia and the changing world, déclaration publiée dans http://valdaiclub.com/politics/39300.html, p.2, « By definition, absolute invulnerability for one country would in theory require absolute vulnerability for all others. This is something that cannot be accepted. »

[9] Sapir J., “ Russie : retour gagnant ” in La Revue pour l’intelligence du monde, n°7, mars-avril 2007, pp. 28-38.

[10] A. Koudrine, « Bretton Woods Redux », in Moscow Times, 2 octobre 2007 (tribune aussi publiée dans The Financial Times).

[11] Voir la revue La lettre Sentinel, n° 43-44, Janvier-Février 2007, pp. 25.

[12] La lettre Sentinel, n° 43-44, p. 25 et ssq.

[13] A. Koudrine, op.cit..

[14] E. Primakov, Le monde après le 11 septembre et la guerre en Irak, Presses de la renaissance, Paris, 2003, Mir Posle 11 sentjabrja, Mysl,., pp. 138-151.

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