Au milieu des années 80, pigiste-cinéma à Libé sous l'exercice de Serge Daney qui y déployait, bien des années durant, tout son incomparable génie d’écrivain de cinéma et de sociologue de notre temps, un film d'action américain, un parmi tant d'autres, tous construits sur un identique canevas, mais toujours très réussis, un thriller, film culte et dont je viens de retrouver le titre, Class of 1984 du réalisateur Mark L. Lester, mais j'en ai oublié la fin, plantait son intrigue, qui se voulait celle d'un film d'anticipation, dans un lycée où tout alla de mal en pis et tant et si bien que malgré les portiques de sécurité et autres accessoires innombrables qui équipaient l'établissement plutôt moyen-chic, rien n'y fit, et les effusions de sang au gros calibre et à l'arme lourde ou à l'arme blanche s'y révélèrent absolument dévastatrices, il s'agissait à l'époque de bandes de mauvais garnements et de violence gratuite, l'époque ayant changée, évoluée, la gratuité ayant fait long feu, la dévastation continue, ces mauvais garnements d'antan d'Outre-atlantique sont devenus les combattants, d'âge identique et d'aujourd'hui, sous nos latitudes d'une cause assassine dont ils ont revêtu les oripeaux qui justifient leurs actions, je me souviens de la conclusion de mon papier, dont j'ignore s'il fut publié, qui disait en substance que d'ici une décennie, le temps habituel que les mœurs et effluves de la bannière-étoilée nous parviennent, nous risquions fort d'importer ces habitudes et ces portiques, ces espèces de miradors et toute l'armada sécuritaire que mettent en place, toujours au dernier moment, ou, plutôt juste après, à la va-très-vite et de façon paniquée et absolument paniquante, nos sociétés aux systèmes et modes de fonctionnement trop archaïques et aux méthodes obsolètes et plus vraiment efficaces.
J'avais fait montre ce jour-là de pessimisme. J'eus dû témoigner de plus d'optimisme. Il aura fallu quand-même quatre décennies, quatre décennies pour importer le modèle, 40 ans pour qu'un politique français réactionnaire et sans envergure imaginative ne les fasse installer dans nos lycées, à l'orée des lycées et collèges de nos villes.
Quelle dévastation éducative ... ! Quel dénuement intellectuel ... ! Quelle indigence morale ... !