« Dès le premier jour, nous furent déterminés à lutter contre le terrorisme »
Le président Bachar-al-Assad, à la chaine de TV chinoise Phoenix, le 22 Novembre 2015
Damas, SANA,
Le président Bachar al-Assad a expliqué : « vous ne pouvez prendre aucune mesure politique concrète avant d’avoir vaincu le terrorisme, parce que cela est le plus grand obstacle et c’est la préoccupation première de chaque syrien ».
Le Président Bachar-al-Assad a ajouté dans une interview accordée à la Chaîne de télévision Phoenix que : « dès le premier jour, nous furent déterminés à lutter contre le terrorisme. Nous n'avons jamais eu une autre position, nous voulons combattre le terrorisme et défendre notre peuple ».
Voici le texte intégral de l'interview:
Bonjour, Président Assad. Merci de nous avoir reçus dans cet ancien palais présidentiel. Vous voyez, quand on évoque la crise en Syrie, le terme de «guerre civile» est souvent entendu, mais il semble que vous ne l’approuviez pas ce terme. Vous ne pensez pas que ce soit une guerre civile qui soit en cours en Syrie, n’est-ce-pas ?
Président Assad : Tout d'abord, vous êtes les bienvenus en Syrie. Je suis heureux de donner cette première interview à la chaîne Phoenix. En ce qui concerne la définition de cette crise, non, ce n’est pas une guerre civile. Vous pouvez dire que c'est une guerre civile quand vous avez une certaine ligne qui divise les différentes composantes d'une certaine société, quelle soit une ligne sectaire ou ethnique ou peut-être politique, ce qui ne s’applique à la Syrie. La guerre civile dépend de facteurs internes, et non pas d’ Etats qui soutiennent les terroristes qu’ils dépêchent en Syrie et qui annoncent alors publiquement que leur objectif est de modifier l'état, ou, comme ils l’appellent, le régime. Donc non, ce n’est pas une guerre civile; c’est une guerre.
Question 2: Comment est la situation actuelle en Syrie, je veux dire, à la fois sur le terrain, et politiquement?
Président Assad : Laissez moi vous dire que ça fait maintenant près de cinq ans que le terrorisme a infecté la Syrie, et bien sûr en raison du soutien d’ Etats régionaux et internationaux, les terroristes se sont accaparés de vastes étendues au sein de la Syrie. Bien sûr, l'armée les a combattus, et a remporté de nombreuses batailles, mais l'armée ne peut agir partout sur le sol syrien. Mais récemment, avec et depuis la participation des forces aériennes russes qui nous soutiennent dans la lutte contre le terrorisme, la situation s’est améliorée de façon très significative, et, maintenant, je suis en mesure de dire que l'armée progresse sur presque tous les fronts, bien que, ce qui est vrai, les lignes de front ne soient pas clairement définies, mais disons qu’elles progressent dans de nombreuses directions et sur des zones diversifiées du territoire de la Syrie.
Question 3: Vous voyez, il y a, à la fois, sur le territoire syrien, et, les actions militaires russes, et, celles de l'OTAN. Alors, à votre avis, quelles sont les différences dans leurs présences en Syrie, et ont-ils une coordination efficace avec le gouvernement syrien?
Président Assad: Faisons cette comparaison dans les faits; avant la participation de la Russie qui a débuté il y a environ deux mois, cela faisait plus d’un an que les Américains - ce qu'ils appellent « alliance américaine » - avaient commencé leur campagne contre les terroristes, mais le résultat est que les terroristes ont gagné beaucoup plus de terrain, et davantage encore de recrues qui, de par le monde, les ont rejoints. Dés le premier mois des frappes de la Russie, ces mêmes groupes terroristes ont du battre en retraite et fuir la Syrie, par milliers pour la Turquie, puis d'autres pays; certains gagnèrent l'Europe, certains autres au Yémen, et d'autres encore ailleurs. Tels sont les faits.
Ensuite, la mythologie; vous ne pouvez pas battre le terrorisme par des raids aériens. Vous devez disposer de troupes sur le terrain. Les Américains ne se battent que depuis leurs avions.
Et quant Russes? Envoient-ils des troupes? Non plus, non ?
Ils comptent sur les troupes syriennes sur le terrain.
Président Assad : Que dire des Russes? Ils comptent sur les troupes syriennes sur le terrain. Ils coopèrent avec nous. Donc, la différence, la principale différence est que les Américains ne coopèrent pas avec des troupes au sol, tandis que les Russes coopérent.
Vous voulez donc dire les troupes américaines n’ont aucune coordination avec le gouvernement syrien?
Président Assad : Pas la moindre.
En parlant de coordination, nous voyons des avions russes et des avions américains, qui ont effectué des vols d’essais la semaine dernière, selon Washington : un test de communication planifiée, et, selon Moscou : des exercices militaires conjoints, alors quel est-il exactement ? Quels termes seraient plus adaptés, les définiraient-ils le mieux ? Et quel fut, de quelque façon que ce soit de le nommer, le but de ce test, ou, de cet exercice?
Président Assad : Cela a été annoncé publiquement: Afin d’éviter tout conflit entre les avions de la Russie et les avions américains, parce qu'ils agissent, parfois, dans la même zone. C’est la seule raison.
C’est ça ? Juste pour valider les protocoles de sécurité? Ils ne sont pas prêts, pour le moment, à lutter ensemble contre le terrorisme l'instant?
Président Assad: Ils [les Américains] ne l'ont pas fait; ils ont pris certaines mesures contre des terroristes dans certains domaines afin de les empêcher d'attaquer certaines zones où ils ne veulent pas du tout les voir, mais ils n’ont pas fait de même, par exemple, lorsque les terroristes ont attaqué Palmyre, qui est une ville très importante, en ce qui concerne son patrimoine, et ce dans le monde entier. Ils n’ont rien fait.
Monsieur le Président, comment pouvez-vous être sûr qu'il n'y ait aucune opposition modérés en Syrie? Et si tel est vraiment le cas, comment comprenez-vous le fait que la semaine dernière, en une journée, les avions russes ont bombardé des dizaines de cibles en utilisant les coordonnées fournies par les groupes d'opposition. Avez-vous été informé de cela?
Président Assad: En fait, il n'y a pas de « groupe d'opposition » tangibles, et pour deux raisons. Tout d'abord, si vous souhaitez définir un «groupe d'opposition », nous ne parlons pas des militants, parce que quand vous parlez de l'opposition, vous employez un terme politique, pas un terme militaire. Chaque fois que vous brandissez une mitrailleuse, vous êtes un militant, vous êtes un terroriste, ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas appeler «opposition» des gens qui détiennent des mitrailleuses ou tout type d'armements.
Mais si vous voulez parler de qui est lié à des extrémistes - ce qui est maintenant le débat - en fait, non, la majorité de ces groupes sont liés à Al-Qaïda, l’ ISIS ou al-Nusra, et nous ne les définissons pas ainsi; ils se définissent eux-mêmes au travers de leurs vidéos.
Vous pouvez les trouver sur YouTube, sur Internet, ils ont publié des photos dés le premier jour, ils ont commencé les massacres, manger des cœurs, anthropophagie, décapitations, démembrements et, ainsi de suite. Alors, ils se sont définis eux-mêmes comme des groupes extrémistes. Alors si vous voulez parler de l'opposition sur un mode modéré, vous pouvez parler de l'opposition politique dont certains d'entre eux sont à l'intérieur de la Syrie, certains autres, hors de la Syrie. Une partie de cette opposition a, politiquement, soutenu les terroristes, et certains autres, non; ils se sont dressés contre les terroristes et ont soutenu leur gouvernement, bien qu'ils soient l'opposition.
Mais maintenant, les militaires russes, ils travaillent avec des groupes de l'opposition, et vous en ont-ils, auparavant, informé ?
Président Assad: Oui, encore une fois, ce ne sont pas des groupes de l'opposition; ils travaillent avec certains des militants, et nous-mêmes traitons avec certains des militants, parce que nous avons besoin de rapprochements en Syrie. Si vous voulez faire des rapprochements, des rapprochements locaux, vous devez parler à des gens qui sont armés, qui détiennent des armements. Donc, nous avons traité avec eux, et il y a une coopération entre les Syriens et les Russes concernant ce genre de réconciliation. Donc, oui, ils l'ont fait récemment, et nous les encourageons à le faire, parce que cela est la façon la plus efficace pour améliorer la situation et de parvenir à la paix dans l'avenir.
Comment comprenez-vous l'existence de l'IS? Certains disent qu'ils sont originaires d'Irak, d’autres disent qu'ils proviendraient de Syrie. D’où vient leur idéologie, et, qui les soutient financièrement?
ISIS ne peut pas survivre, car il n’y a pas d’incubateur en Syrie.
Président Assad: En 2006, a été annoncé en Irak, l’IS, qui est l'État Islamique, mais qui était « de l'Irak » à cette époque, et leur chef était al-Zarkaoui qui a été tué par les Américains. Les Américains ont annoncé son assassinat. Donc, ils ont annoncé qu'il y avait " L'Etat islamique en Irak ", sous leur contrôle, ou disons sous l'occupation américaine. Donc, les Américains l’ont dit que, personne ne peut dire que ça n'a pas existé en Irak, ou qu’il n'a pas existé en Irak, sous contrôle américain. Cela est clair.
ISIS et al-Nusra sont des ramifications d'Al-Qaïda en Afghanistan et en Afghanistan - comme l'a dit Clinton, et comme tout le monde sait, ils ont été formés en Afghanistan pour combattre, à l'époque, les Soviétiques avec financement saoudien et supervision et instructions américaines.
Donc, c’est très clair, c’est la réalité. Maintenant, quant à leur idéologie, leur idéologie est l'idéologie wahhabite, l'idéologie wahhabite saoudienne. Qui les a pris en charge? La famille Saoud a soutenu l'institution wahhabite publiquement et formellement, et bien sûr nous avons tellement de personnalités, de personnalités wahhabites qui peuvent leur envoyer de l'argent.
Sur le plan logistique, tous les types de supports ont été apportés à l’Isis, que ce soit en terme de ressources humaines, ressources financières, par la vente de leur pétrole, et ainsi de suite, avec implication de la Turquie, via la Turquie, en coopération avec les Saoudiens et les Qataris, et bien sûr, sous le haut patronage américain et occidental qui veillaient à l’avancée et au bon déroulement des choses.
Mais sans cet espace logistique, ou disons court, à l’ISIS, l’ISIS ne peut pas survivre, car il n’y a pas d’incubateur en Syrie, l'Isis n'a pas d'incubateur en Syrie. Sans ce soutien logistique, Daesh n’aurait pas survécu, car il n’a pas un incubateur populaire en Syrie.
Il n’en a pas ?
Président Assad: Non, ils ne le peuvent pas. Jusqu'ici, ils ne le font pas. Ils sont comme un corps étranger dans notre pays. Mais par la peur, par l'oppression, par l'assassinat, ils pourraient s’approprier certaines régions. Mais, en réalité, leur force, leur puissance vient de la Turquie avec l'appui personnel de M. Erdogan et Davutoglu.
Avez-vous des listes de ceux qui leur achètent leur pétrole, et, êtes-vous au fait, des transactions financières en cours de réalisation?
Président Assad: Principalement à travers la Turquie, à la fois, en ce qui concerne et l'argent, et la vente de pétrole, l'argent venant par le Qatar et l'Arabie saoudite. Et bien sûr, le gouvernement turc lui-même, et le pétrole va de la Syrie à la Turquie, car de toute façon la plupart des champs de pétrole sont plus proches de la Turquie et plus proche de l'Irak. Ils ne peuvent pas vendre à travers l'Irak, parce que le gouvernement irakien est en lutte contre l’ISIS, tandis que le gouvernement turc a soutenu l’ISIS. Donc, la seule bouée de sauvetage pour ISIS, c’est à travers la Turquie.
Mais voyez-vous, je ne comprends pas ce qui est arrivé. Il semblait que la Syrie et l'Arabie saoudite, la Syrie et la Turquie, avaient habituellement de bonnes relations avant la crise, donc qu’est-il arrivé? Il semble que tout d'un coup, ils se sont retournés contre la Syrie, ou se sont retournés contre vous. Comment comprenez-vous cela?
Président Assad: Parce que l'actuel président de la Turquie, qui était premier ministre à l'époque, porte les Frères musulmans dans son cœur. Ainsi, quand il a vu que les Frères musulmans ont mis la main sur la Tunisie et plus tard en Libye puis en Egypte, il a pensé qu'il pouvait recréer l'empire ottoman dans le monde arabe, mais pas sous le nom, sous le vocable ottoman; sous le nom islamique.
Alors il pensait qu'il pouvait dominer le monde. Le seul obstacle fut la Syrie. Voilà pourquoi, pour lui, pour son idéologie, il a tout anéanti, oublié, tout ce que nous avions mis en forme, en place, afin d'entretenir de bonnes relations, et, de parvenir à la prospérité, et ainsi de suite. Il a mis d'abord et en avant son idéologie. Donc, pour lui, les Frères musulmans devraient prendre le relais et régnaient en Syrie et il serait devenu l’ « Imam » des Frères musulmans dans cette région.
Et quid de l’Arabie Saoudite?
L'Arabie saoudite est un mixte de deux choses: la famille Saoud, et, l'institution wahhabite
Président Assad: L’Arabie Saoudite est de toute façon wahhabite. L’Arabie Saoudite n'a jamais eu, disons, des relations chaleureuses avec la Syrie, nous ne pouvons pas dire qu'ils étaient dans une optique favorable, puis qu’ils ont changé. C’est différent de la Turquie, complètement différent. L'Arabie saoudite est un mixte de deux choses: la famille Saoud, et, l'institution wahhabite, depuis plus de 200 ans, bien avant l’actuelle famille saoud, et même la première famille saoud. Donc, il y a un lien; la famille saoud sera de tout temps engagée envers ce l'institution wahhabite demandera.
Donc, même si, comme vous dites, l'IS ne va pas se maintenir, la Turquie va se maintenir, et l'Arabie saoudite également. Comment pouvez-vous vous réconcilier avec ces deux pays?
Président Assad: Pour nous, je veux dire en tant qu'homme politique, en tant qu'État, en tant que gouvernement, le principal objectif est de travailler pour le bien de son peuple, de sorte que tout ce qui peut-être proposé de bon est à mettre en application. Donc, si ces pays sont prêts à cesser de soutenir des terroristes, nous ne ferons pas de problème.
Nous sommes tournés vers l'avenir. Donc, nous devons travailler pour atteindre cet objectif. Après cela, les gens, leurs intérêts, leurs sentiments, vont définir quel type de relations nous pourrions avoir avec ces pays. Mais nous ne pouvons pas dire que nous ne nous sommes pas efforcés d'aller dans cette direction.
A la fin, c’est l’affaire des peuples; il ne s’agit pas non seulement du gouvernement. En Turquie, vous avez 70 millions ou même plus de 70 millions, et beaucoup d'entre eux sont contre Erdogan, beaucoup d'entre eux comprennent ce qui se passe en Syrie, et ils comprennent que s’il y a le feu en Syrie, le feu brûlera la Turquie plus tard.
Que diriez-vous du peuple syrien? Vont-ils accepter de traiter avec ce pays? Après tout, tant de personnes sont mortes en Syrie et des millions ont été blessées.
Président Assad: Les émotions sont très, comment dire, ... je veux dire que si vous voulez parler des sentiments du peuple, vous pouvez parler d'une sorte de ... de comment ils sont enflammés. Mais à la fin, les gens vont faire en fonction de leurs intérêts au regard de la conscience acquise des choses. Bien sûr, vous ne pouvez pas dire que chaque syrien soit contre, soit pour; les gens sont différents. Mais à la fin, je pense, ils vont oublier ce qui est arrivé quand ils peuvent entrevoir un avenir radieux.
Monsieur le Président, vous avez dit à plusieurs reprises - en fait, de nombreuses fois dans le passé - que de nouvelles mesures politiques sont nécessaires pour résoudre la crise syrienne, et nous comprenons que cela aura pour conséquences la nécessité d’un dialogue entre toutes les factions syriennes, un dialogue qui mènera, éventuellement, ou, espérons à un consensus sur l'avenir de la politique syrienne. Mais vous êtes le chef du pays, et vos partisans se tournent vers vous. Alors, avez-vous un plan directeur, ou une grande vision de l'avenir de la Syrie? Quelle sorte de Syrie aimeriez-vous voir après la crise? Et quel genre de rôle vous voyez-vous jouer dans ce domaine?
Président Assad: Si vous parlez de l’après-crise, la chose la plus importante, nous devons définir quel système politique nous désirons. Vous pouvez en discuter maintenant, mais la question n’est pas liée au terrorisme. La question du terrorisme est, peut-être, liée à des facteurs totalement différents; internes et externes.
Si vous voulez parler de l'avenir de la Syrie, la question principale est celle du système politique; parlementaire, présidentiel, semi-présidentiel, fédéral, confédéral, et ainsi de suite.
Mais la chose la plus importante, pour nous et pour moi, est que la constitution et l'ensemble du système et le pays en général, soient laïque.
Laïque ne signifie pas contre la religion.
Laïque signifie la liberté de religions.
C’est le système qui peut inclure les adeptes de toutes les religions, toutes les sectes et toutes les ethnies sous un même parapluie, qui est l'égide syrienne. Ceci est le premier point. Deuxièmement, je pense que la principale préoccupation va être l'économie, la reconstruction, l’économie va être un secteur important dans la reconstruction de la Syrie.
Nous allons revenir à l'aspect économique plus tard, mais si il va y avoir des élections bientôt, vous voyez-vous participer en tant que candidat?
Président Assad: C’est mon droit, mais il est trop tôt pour dire « oui, je vais y aller » ou « non .. ». Cela dépend de la façon dont je perçois le peuple syrien. Je veux dire, veulent-ils que j’y aille, ou, pas ? Pourrais-je l'accepter ou non ?. Donc, vous ne pouvez pas parler de quelque chose qui va se passer, peut-être, dans les prochaines années. Il est trop tôt. Parfois, vous ne pouvez définir cela que quelques mois, seulement, avant, mais je ne dirais pas non, je n’y irais pas si je le sens ainsi.
Comment était votre récent voyage à Moscou? Et je suppose que vous et le président Poutine avaient parlé de la crise en Syrie. Je veux dire, est-il un plan spécifique sur lequel vous ayez travaillé, ou, combien de temps, Vous et le président Poutine pensiez que cela prendra avant la fin de la guerre?
Président Assad: Vous voulez dire en ce qui concerne l'aspect politique de la crise? Vous savez maintenant la Russie a le leadership, dans le monde, de l'activité politique, en ce qui concerne la Syrie, et ma visite se situait, à environ, deux ou trois semaines, en amont de la conférence de Vienne.
Voilà pourquoi je devais faire cette visite; afin de voir ce que recèle l'horizon dans le domaine politique, quant à cette crise, et, ce qui pourrait être fait. Maintenant, Vienne a tenté de définir quelques-unes des priorités. A la fin, Vienne a mentionné les élections, et la nouvelle constitution et ainsi de suite, mais à la fin, il s’est agit de ce que les syriens approuveraient, et du dialogue à mener.
C’est pourquoi j’ai dit à Moscou « nous sommes prêts pour Moscou 3 » parce que nous avons besoin de dialogue, quel que soit ce que Vienne, ou, toute autre conférence, disent. À la fin, ce que les Syriens diront; pour ou contre. Donc, voilà ce sur quoi nous travaillons avec les Russes; tenir une nouvelle réunion de dialogue entre les Syriens, peut-être à Moscou, et si oui, qui sera appelé Moscou 3.
Avez-vous parlé de la fin de cette crise? Je veux dire, avez-vous établi un calendrier?
Chaque syrien veut bénéficier de la sécurité et la sûreté.
Président Assad: Oui, et nous l’avons annoncé avant cette visite. Les Russes ont dit, et nous avons dit que vous ne pouvez prendre aucune mesure politique concrète avant d’avoir vaincu le terrorisme, parce que cela est le plus grand obstacle, parce que c’est la principale préoccupation de chaque syrien; chaque syrien veut pouvoir bénéficier de la sécurité et de la sureté.
Comment pouvez-vous arriver à quelque chose dans votre vie si vous n'êtes pas en sécurité, que ce soit politiquement ou économiquement ou dans quelque autre aspect?
Donc, ceci est la priorité. Donc, ce que nous faisons en parallèle de la lutte contre le terrorisme, nous devons reprendre le dialogue, mais les mesures concrètes ne peuvent être prises que dans la foulée d’au-moins une défaite majeure des terroristes et le contrôle par le gouvernement d'une zone importante reprise aux terroristes.
C’est à partir de ce moment que des mesures peuvent être prises, et l'étape importante en ce qui concerne la politique, disons, une partie de la crise, est de discuter de la constitution, parce que la constitution définira le système, et les deux seront le socle de l'avenir de la Syrie. Donc, ceci est notre objectif.
Plus tard, s’il ya un dialogue, si les Syriens veulent toute autre procédure, comme ce que vous avez mentionné, lié à l'élection présidentielle, cela va faire partie du dialogue entre les Syriens. Je ne peux pas dire ceci est mon plan ou n’est pas mon plan, parce que tout n’est lié au président. Nous vous proposons l’étape principale, et quant au reste, il sera le fruit du dialogue entre les Syriens.
Y a-t-il un quelconque calendrier, un échéancier?
Président Assad: Non, pour une raison; parce que quel est le calendrier pour vaincre les terroristes? C’est une guerre, personne ne peut définir quand, parce que ce n’est pas seulement lié à notre progression militaire ou à ce qu'ils vont faire;
C’est lié à l'appui qu'ils vont avoir, qu’il vont recevoir d'autres pays, parce que de nombreux pays, à l'Ouest et dans notre région, n’ont pas d’intérêt à une solution politique.
Ils croient seulement au soutien qu’ils apportent aux terroristes dans le but de renverser le gouvernement et de provoquer un effondrement politique en Syrie. Donc, ils veulent que la guerre traîne. Mais si vous me demandez, je veux dire que sans ce soutien, en moins d'un an, vous pouvez changer la situation, inverser la donne, et, vous pouvez vaincre les terroristes et entamer ce processus.
Mais si vous voulez parler du processus débuté après avoir vaincu les terroristes, si vous voulez parler de l’après-cela, vous pouvez parler d'un maximum de deux ans de mise en œuvre de tout, parce que quand vous parlez de dialogue, alors vous allez parler de la constitution, et que vous avez besoin de faire un référendum. Qui va en définir les termes? Le peuple va-t-il l’accepter, ou, ne pas l’accepter? Nous ne savons pas. Ensuite, vous pouvez avoir une autre possibilité. Donc, pas plus de deux ans. Ainsi, deux ans suffisent. C’est à quoi nous réfléchissons.
Lorsque vous rencontriez le président Poutine, avez-vous parlé de la possibilité d'inclure les Américains ou le système des opérations ?
Président Assad: Les Américains ? Vous voulez dire dans les opérations militaires?
Militairement
Président Assad: Non, c’était avant le début de l'opération. Ce fut lorsque le président Poutine a annoncé sa volonté d'avoir une coalition internationale contre le terrorisme. Voilà pourquoi nous avons pensé que tout le monde devaient y être inclus, même les pays, qui, je crois, nous croyons qu'ils soutiennent le terrorisme; au moins leur donnons-nous la possibilité de changer leur position. Et comme nous le savons, la plupart ne veulent pas participer, car ils n’ont pas la volonté de lutter contre le terrorisme. Donc, nous avons eu cette discussion avec les Russes quelques mois auparavant.
Vous avez visité la Chine en 2004. A la fin pendant toutes ces années, en particulier les cinq dernières années, vous êtes toujours une sorte de canal de communication avec le gouvernement chinois? Et est-il un message que vous souhaitez offrir à la Chine, pour le peuple chinois, à ce stade?
La relation avec la Chine n'a pas été détériorée, et les communications ne se sont pas interrompues.
Président Assad: Nous avons eu récemment des responsables syriens en visite en Chine. En fait, la relation avec la Chine n'a pas détériorée, et les communications ne se sont pas interrompues.
Nous avons encore notre ambassade, et votre ambassadeur est resté en fonction pendant la crise, sans interruption aucune. Et la chose la plus importante, par rapport à celles-ci formelles, disons, accessoires, si vous voulez l'appeler ainsi, ce sont en fait les positions chinoises.
La Chine a émis quatre veto pour la crise syrienne, a soutenu le gouvernement, a soutenu le peuple syrien, et soutenu le droit international, et disons le, la Charte des Nations Unies.
Donc, oui, la relation avec la Chine est très stable, disons, depuis des décennies. En effet, elle n'a pas été influencée par la crise. Mais la chose la plus importante pour le peuple chinois, maintenant la Chine est l'un des plus grands pays de ce monde.
Etre un grand pays ne signifie pas avoir une grande armée et une grande économie; vous devez avoir de grandes valeurs, et c’est que les chinois ont aujourd'hui. Et quand vous parlez du gouvernement chinois, de la politique chinoise, elles reflètent normalement les valeurs de la population, elles ne sont pas séparées.
Donc, plus le rôle que vous avez dans le monde est prépondérant, plus l'influence, le poids sont élevés, plus grande est, en tant que pays, la responsabilité que vous avez envers le reste du monde, envers tout le monde. Vous devez retrouver l'équilibre de la planète, et il faut soutenir les valeurs et la Charte des Nations Unies. Vous avez à remédier à la déchéance morale des politiques occidentales dont nous avons dû payer le prix. Donc, nous nous tournons vers ce que le peuple chinois et le gouvernement chinois feront pour notre monde à l'avenir, un avenir proche, et, bien après.
Donc, travaillez-vous déjà à la reconstruction de l’'après-guerre?
Président Assad: Nous avons déjà commencé, et nous avons émis certaines lois à ce sujet, et la première zone, qui se situe près de Damas, est prête, et ils ont commencé la construction de l'infrastructure il y a un mois. Donc, nous avons déjà commencé, et nous travaillons, nous essayons de prendre contact maintenant avec des hommes d'affaires, en particulier dans les gouvernements amis et les pays amis.
Jusqu’à quel point l'économie de la Syrie a-t-elle été endommagée? La monnaie syrienne a été dévaluée de 70 à 80% dans ses cinq dernières années.
Président Assad: En fait, très gravement, vous parlez des centaines de milliards de dollars de dégâts. 10% des écoles ont été détruites, 30% des hôpitaux publics ont été détruits, et disons, plus de travail. Et les infrastructures, l'électricité. C’est le mauvais aspect de toutes les guerres. C'est très mauvais. Mais en même temps, c’est une occasion où vous pouvez recouvrir la prospérité après la guerre, parce que la reconstruction est le secteur le plus important dans toute économie, surtout après la guerre.
Que faites-vous par rapport aux dommages causés aux sites du patrimoine culturel, et combien cela coûtera pour ce projet de restauration?
Président Assad: En fait de patrimoine syrien, c’est un patrimoine mondial, et vous comprenez ce dont je veux parler puisse que vous appartenez à un pays qui a une des plus anciennes civilisations du monde, et de vos pays voisins comme l'Afghanistan etc .. etc… ont eu à souffrir de la même catastrophe culturelle.
La même chose est arrivée en Irak après l'invasion américaine. Maintenant, voilà ce qui se passe en Syrie. Certains de ces sites du patrimoine international ont été démolis; ils ne peuvent pas être restaurés. Il y a une autre partie du problème; que la plupart des monuments, pourrait passer en contrebande hors de la Syrie afin d'être vendu à l'international. Mais heureusement, je pense que chacun d'entre eux sont référencés, et sont inscrits à l’UNESCO, donc nous allons travailler avec les pays amis, ainsi qu’avec les organisations internationales, dont l'UNESCO, afin de récupérer notre patrimoine.
Donc, voyez-vous, Monsieur le Président, cet été, nous avons vu une photo déchirante, le cadavre d'un jeune Syrien, un jeune garçon trouvé sur une plage grecque. Avez-vous vu que la photo vous-même? Et qu'avez-vous ressenti quand vous l'avez vue la première fois ? Et vous voyez, maintenant la crise des réfugiés est un gros problème pour beaucoup de pays européens, et certains disent que le gouvernement syrien est à blâmer à ce sujet. Que pensez-vous?
Président Assad: En fait, je l'ai vue cette photo, mais nous avons vu beaucoup d'autres photos, donc on ne peut pas sentir toute la crise à travers une photo, parce que nous vivons dans cette crise, nous vivons avec l'effusion de sang permanente causée par les terroristes et nous le vivons de façon quotidienne.
Donc, nous ressentons la tristesse au quotidien. Mais ce photo a été utilisée comme de la propagande par l'Occident, et, malheureusement, d'une manière très horrible, parce qu'il ya deux raisons pour lesquelles ces réfugiés ont quitté la Syrie: une partie d'entre eux a quitté la Syrie en raison des graves menaces engendrées par les terroristes eux-mêmes, ils ont quitté leurs zones - Bien sûr, certains d'entre-eux ont quitté les zones gouvernementales, et certains autres sont partis se réfugier à l’extérieur de la Syrie, et l'autre partie en raison de l'embargo occidental, non seulement à cause du terrorisme et de ses zones d’influence, mais en raison de l'embargo occidental qui a influencé tout; l'éducation, le secteur de la santé plus que tout autre chose, et les bases de la vie quotidienne.
Donc, le problème de l'Occident quand ils utilisent cette photo comme de la propagande pour montrer leur compassion avec le peuple syrien, est que cet Occident, tient un double langage,comme toujours, ils offrent au peuple syrien avec une seule main, disons, un plat de nourriture, et, avec l'autre main, une bombe.
Voilà la réalité, parce qu'ils soutenaient les terroristes, ces gens et ce garçon et d'autres garçons et d'autres enfants ont souffert et sont morts et sont tués à cause des politiques occidentales dans ce monde, dans cette région, et principalement à l'intérieur de la Syrie.
Donc, les gens disent que ce qui ne tue pas vous rend plus fort. Maintenant, pensez-vous que vous êtes un homme plus fort par rapport à il ya cinq ans?
Je ne peux me sentir fort comme président ou comme fonctionnaire que lorsque le peuple syrien est fort.
Président Assad: Je ne peux me sentir fort comme président ou comme fonctionnaire que lorsque le peuple syrien est fort. Ce n’est pas une question de capacité personnelle; il s’agit plus que de la capacité nationale. Quand vous parlez de la capacité nationale, vous devez le rapporter au peuple syrien.
Nous avons beaucoup souffert, nous avons perdu beaucoup, comme les Syriens, mais dans le même temps, si vous allez autour de la Syrie, voyez-vous cette détermination. Vous combattez les terroristes en provenance de plus de 100 pays à travers le monde, y compris la Chine, bien sûr, et la plupart de l'Europe, et la Russie, et d'autres pays, et ils sont soutenus par les pays les plus forts dans le monde, y compris aux États-Unis, et par les pays les plus riches, y compris l'Arabie saoudite et le Qatar.
En dépit de cela, ils n’ont pas été vaincus. Donc, je peux dire oui, le peuple syrien est fort, et ils sont de plus en plus forts contre le terrorisme, oui.
Vous êtes restés sur vos positions beaucoup plus que vos ennemis ou adversaires ne l’avaient prévu. Qu'est-ce que vous croyez que vous pourriez faire de travers, qu’est-ce-qui vous a fait croire que vous pourriez le faire jusqu'à maintenant, il y a cinq ans?
Président Assad: Parce que je crois en le peuple syrien tout d’abord, parce que je crois que je travaille pour mon pays et pour le peuple syrien, pas pour moi. L'Occident a voulu dépeindre la situation comme un problème concernant un président qui veut rester accroché au pouvoir, qui veut rester sur sa chaise, et qui veut tuer les gens parce qu'ils veulent se débarrasser de lui. Ce n’est pas la réalité.
Comment pouvez-vous rester quand vous avez l'opposition, non seulement des terroristes à l'intérieur de la Syrie, mais aussi les pays les plus forts et les pays les plus riches du monde, et … vous restez pendant cinq ans?
Cela signifie que vous avez le soutien de, au moins, disons, plus de la moitié des Syriens. Je ne voudrais pas parler de la majorité, mais plus de la moitié du peuple syrien. Sans cela, comment pouvez-vous rester ici? Il ne s’agit d’être un surhomme, c’est l'affaire d'une personne normale, qui a le soutien de l'opinion publique.
Le problème avec l'Occident est qu'ils ne comprenaient pas le peuple syrien, ils ne comprennent pas cette région. Voilà pourquoi ils ont mal calculé dès le début, ils ont pensé c’était une question de quelques semaines ou de quelques mois, comme ce qui est arrivé en Tunisie et en Egypte, et maintenant parce qu'ils ont échoué, ils veulent blâmer quelqu'un d'autre, ils cherchent une bouc émissaire, et ils veulent dire que c’est moi, que c’est pour d’autres raisons, et ainsi de suite. Mais en réalité, ils ont mal calculé, et je crois que dans la population syrienne.
Si nous regardons en arrière sur les cinq dernières années, et je suis sûr que vous avez subi une sérieuse pression, une pression énorme, est-il quelque chose que vous feriez différemment si vous en aviez la possibilité ?
On n'a jamais eu une autre position, nous voulons combattre le terrorisme et défendre notre peuple
Président Assad: En fait, vous pouvez parler de stratégies, et vous pouvez parler de tactique. En ce qui concerne la stratégie, elle a été basée sur deux choses: tout d'abord, dès le premier jour, nous étions déterminés à lutter contre le terrorisme. On n'a jamais eu une autre position, nous voulons combattre le terrorisme et défendre notre peuple. La seconde, est de faire du dialogue, et dès le premier jour, nous avons ouvert les portes à tout dialogue.
Certains de l’opposition ont accepté cela, et quelques autres non. Voilà notre méthodologie et notre stratégie, je ne dirais pas qu'ils ont eu tort. Je pense que nous devons continuer à ouvrir la porte au dialogue et à lutter contre le terrorisme. Donc, nous n’allons jamais changer cela. La plupart des choses que vous avez mentionnées pourrait être liées à la tactique. Bien sûr, vous le changez, parce que chaque jour vous faites des erreurs, et ce qui est bon aujourd'hui ne le sera plus demain.
Par exemple, si vous voulez que je vous cite un exemple, nous faisons confiance à ceux, en Syrie, dont nous pensons qu'ils travaillent pour leur pays, alors que nous découvrons qu'ils travaillent pour les terroristes, et certains autres travaillent pour d'autres Etats, et mettent à pied d’œuvre l'agenda des pays étrangers, et ainsi de suite. Donc, dans les tactiques que vous commettez toujours des erreurs.
Et si vous aviez à choisir, préféreriez-vous être, en premier lieu, un médecin ou le président de la Syrie?
Président Assad: Même quand j’étais médecin, je travaillais dans le secteur public, je n’avais pas ma propre clinique. Donc, être président est un autre secteur public, mais qui se déploie sur une plus grande échelle. En fait, étant dans le secteur public et aider davantage de syriens est plus important pour moi que de choisir ce que la profession qui est la mienne, mais je ne pense pasqu’ être président soit une profession; C’est un service public.
Donc non, pour moi maintenant, je jouis beaucoup plus d’aider une plus grande partie de la société syrienne, plus et davantage que d'être un médecin dans un secteur.
Je vous remercie beaucoup, le président Assad. Merci pour votre temps.
Président Assad: Je vous remercie d'être venus en Syrie.