" En 1732, au couvent d'Orezza, une consulta de patriotes proclament l'indépendance de l'île de Corse.
Giacinto Paoli rédige un projet de constitution, dont le préambule décrète pour la première fois dans l'histoire de l'Humanité : " Les Hommes naissent libres et égaux en droit... " Une phrase prémonitoire, qui un demi siècle plus tard sera reprise par tous les révolutionnaires du monde. Le Destin est en marche.
Le 14 Juillet 1735, Pasquale Paoli est élu Général des Corses. A la Cunsulta Nazionale, de Saint Antoine de Casabianca, la Corse devient nation. Le jeune chef d'état parviendra alors à réaliser la difficile unité du peuple, dote sa partie d'une exemplaire constitution démocratique qui institue la séparation des pouvoirs et le vote des femmes, relance l'économie agraire, fait frapper monnaie, fonde à Corte, devenue capitale de la Corse, une université et fait administrer une justice égale pour tous...
32 ans avant la première constitution américaine, 34 ans avant la révolution française de 1789.
Partout dans le monde cette fantastique expérience politique et sociale suscite l'admiration. Les philosophes et tous les esprits éclairés des Lumières saluent en Pascal Paoli le précurseur de la démocratie.
En France Voltaire, après Jean-Jacques Rousseau, lui tressent des louanges et prédisent l'universalisation de son oeuvre.
En Angleterre, en Prusse, en Hollande, les penseurs, les Hommes de science donnent en exemple l'île de la Justice, l'île de Corse.
C'est alors en 1767 que la France de Louis XV achète à la République de Gênes une prétendue suzeraineté sur la Corse et décide de mettre au pas son peuple frondeur.
Pour abattre Paoli et sa petite république, la Monarchie française constitue et dirige vers l'île un corps expéditionnaire de 40 000 hommes, et le 8 Mai 1769 dans les flots du Golu à Ponte-Novu, la Corse est défaite, conquise.
Dans une farouche résistance, elle le demeurera...
Malgré cette conquête, suivie de l’exil de Paoli en Angleterre, sa pensée intacte va servir de détonateur à d'autres révolutions dans le Monde.
En 1787, les insurgeants américains offrent à leur nouvelle nation une constitution qui ressemble étrangement à celle de la Corse. L'affiliation des deux lois fondamentales est aujourd'hui historiquement prouvée. En 1789 et par contre-coup, les révolutionnaires français rédigeront La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. "
Texte de G. Coannet
Le Procès, dit de la " Conspiration d'Oletta "
25 SEPTEMBRE 1769,
Cinq patriotes corses, DON Pietro Santa Maria, Jean Guidoni, Jean Camille Guidoni, Francesco Antonio Santa Maria, dit Totto, et Dominique Cermolacce sont livrés aux bourreaux.
Accusés d'un prétendu crime qui n'avait pas reçu un commencement d'exécution, puisque le soulèvement d'Oletta n'avait pas eu lieu, ils furent néanmoins condamnés. ..
.. "A faire amende honorable devant la porte principale de l'église cathédrale de Bastia, ainsi que devant la porte de la principale église d'Oletta, à y être conduits et menés nus, en chemise, tenant en leur mains une torche de cire ardente du poids de 2 livres, et là, à genoux, à dire et déclarer à haute et intelligible voix que, méchamment et proditoirement, ils avaient conspiré contre l'Etat et les sujets du Roy dont ils se repentaient en demandant pardon à Dieu, au Roy, à la justice ; ce fait, être menés et conduits à la principale place d'Oletta et sur un échafaud dressé à cet effet, avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs par l’exécuteur de la Haute justice, ensuite être mis sur une roue la face tournée vers le ciel pour y demeurer tant et si longtemps qu'il plaira à Dieu de leur conserver la vie, et leurs corps morts être exposés ensuite sur une roue dans le grand chemin qui conduit de Bastia à Oletta, leurs biens, meubles et immeubles en quelques lieu qu'ils soient situés, acquis et confisqués au Roy et avant l’exécution, appliqués à la question ordinaire et extraordinaire pour apprendre par leur bouches la vérité d'aucuns faits résultant d'un procès et les noms de leurs complices."
Le plus jeune des condamnés, DON Pietro Santa Maria, âgé de 23 ans fut livré le 1er aux tourmenteurs; Il ne fut pas le moins courageux:
" Lecture faite au dit condamné du présent interrogatoire par ledit interprète, a persisté dans son obstination à ne pas répondre.Et à l'instant le dit condamné a été lié et attaché sur la sellette, étant requis de faire serment de dire la vérité .
N'a voulu le faire, ni répondre.
Ce fait, lui avons fait donner la question ordinaire avec l'instrument appelé "Canette" (étau de fer consistant à serrer les doigts) et au 1er serrement de doigts, interrogé s'il n'est pas convenu d'avoir ouvert sa porte aux rebelles pour les introduire dans le château d'Oletta.
Il s'est mis à crier, sans proférer une parole.
Interrogé s'il n'a pas démuré la porte de derrière de sa maison pour introduire les rebelles dans Oletta.
N'a pas voulu répondre.
Au second serrement de doigts, interrogé s'il n'a pas convenu à Francesco Antonio, dit Totto, que l'abbé Salicetti lui avait proposé d'entrer dans la conspiration:
N'a pas voulu répondre.
Et à l'instant, l'avons fait lier et appliquer à la question extraordinaire:
N'a pas voulu répondre.
Et, à l'instant, l'avons fait lier et appliquer à la question extraordinaire de la corde.
Interrogé et interpellé de nouveau de déclarer les auteurs et complices d'Oletta.
N'a pas voulu répondre.
Et attendu qu'il nous a été représenté par les sieurs Raymond et Bastide, médecin et chirurgien ordinaires du Conseil ici présents qu'il y avait danger de suffocation si on laissait plus longtemps le condamné dans les tourments nous l'avons fait délier et mettre sur le matelas."
Source: Nouvelle histoire de la Corse J. GREGORI