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Billet de blog 26 oct. 2012

L'impensable, c'est le rêve

pierre guerrini
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La souffrance au travail est la cause première des maux de cette société.

Et ce, bien au-delà de l'imaginable éventail des raisons et causes néanmoins réelles généralement évoquées à la résolution desquelles s'efforcent d’œuvrer  celles et ceux, qui, par la voie des urnes, proposent que leur soient délégués les moyens, de toujours plus de moyens possible  jusqu'à tous les moyens, et monopoliser, ainsi,  l’entièreté des pouvoirs de l'état - comme c'est le cas actuellement  -  afin que soient appliqués leurs remèdes et potions dont ils auront garanti et l’innocuité et le bien-fondé du choix et de sa posologie.

Des raisons et causes évoquées aux raisons et causes invoquées lorsque se fait crasse l'évidence, et, intangible la réalité que le remède vanté, une fois appliqué, ne porte pas - toujours et encore pas, malgré l'urgence ... -  les fruits attendus et tant espérés, il y a la ligne toute droite, fine et continue de l’encéphalogramme plat, rédhibitoirement plat sur fond de grise déprime désabusée et de lourd contentieux pusillanime permanent à tous les stades des rapports humains quel qu'en soit le cadre, de l'échec et de l'inanité du mode de traitement choisi.

A l'impossible, nul n'étant tenu, devant l'adversité, quand elle se fait à ce point sérieuse, et que le  - mauvais - sort insiste, persiste, n'est-il pas bon de savoir lâcher prudemment les cornes du taureau, et de tenter d'entrevoir une action d'un autre type, de ré-inventer le lien perdu, détruit, de ré-inventer l'impensable  -  l'impensable, c'est le rêve -  de renouer le lien détruit, de se remémorer, que, contrairement à la pauvreté et à la misère qui ne sont jamais oublieuses de celui, légion en ce pays, à qui, auquel elles collent,  la mémoire de l'étincelle première, naissante, et cette générosité emballée des fondements qui  prévalurent aux dynamiques victorieuses et  aux idées jetées à la régalade,  s'estompent vite, s'effacent graduellement, forêts de fleurs de givre sous le feu, même ténu, des premières lueurs du feu adverse  - force de la contrainte, alliée de la force-affaiblie, par et sous le joug multiple, des hommes de premier plan  -  vivacité généreuse bue par les sables mouvants de l'action empêtrée dans la force d'inertie de cette masse inerte, lente, peu-réactive,  et, pourtant, machine-étatique,  levier institutionnel de la mise en place des actions voulues.   Déjà célébrées avant que d'avoir été tentées, et, déjà honnies de n'être pas plus immédiatement performantes.

A l'impossible, nul n'étant, au delà du raisonnable, tenu,  l'impensable, lui, peut être tenté.

L'impensable, c'est le rêve.

Le rêve n'est pas, n'a pas de nature, économique, ne résonne pas sous l’infâme remugle des manipulations des espèces sonores et trébuchantes. Le rêve n'a pas par nature de fibres du type de celles avec lesquelles l’on  - on, ces gens bien intentionnés à votre égard, qui s'enorgueillissent dans le silence ouaté et boisé de leur datcha mentale, de leur supériorité d'apparat bien concret -  vous ficelle le présent, comme un saucisson, et vous avec  dedans,  à coup d'avenir mirobolant, formidable, terrifiant,  possiblement cauchemardesque, duquel cauchemar, seul avec l'argent, par l’argent, celui pour lequel, devant lequel, tout vous induit à la prosternation, à la reptation, tout vous entraine, vous oblige,  dans sa quête inlassable et forcenée,  seul l'argent, le divin argent, lui, qui, comme l'unité-aéroportée appelée à la rescousse, depuis  le-beau-milieu-du-merdier-des-lignes-ennemies à l’intérieur desquelles vous  êtes allés vous fourrer, vous exfiltrera, vous exfiltrera, sans-trop-coup-férir, de tous les bourbiers,  l’argent, même-peu,  un même-peu avant le plus possible quand-même, le plus possible d’argent … L'argent  et ses providentielles capacités d’hélitreuillages permanentes, au cas où,  en cas de coup dur,  pour  vous, vous et les vôtres, vous, les vôtres et tous vos semblables …

Hélitreuillage, peut-être,  mais hélitreuillage à hue et à dia ! … C’est le grand affolement … Vent de panique sur l’avenir !  Demain est dans le collimateur ! … Dans la lunette de visée … Demain est un sniper qui vous couche en joue ... !  Vous abattra à sa guise !   Hélitreuillage, Hélitreuillage, peut-être,  hélitreuillage à hue et à dia !  ... Mais  pour quel monde meilleur !  Pour quel monde,  pour quel autre monde  que celui … A peine vivable où, tout juste, survivre.

C'est le père enfin qui travaille

Les jours et quelques fois les nuits...

Qui sans souper rime rêveur,

Un sonnet à celle qu'il aime

Trompant l'estomac par le cœur.

Trompant l'estomac par le cœur ...

Nous avons rêvé la gauche.  Le rêve d’un monde autre. Le rêve d’un monde plus humain. Où il y aurait place pour chacune et chacun. Nous avons rêvé un monde où l’air serait, se ferait à nouveau,  plus respirable ;  hors les grands froids sévissent et  gagnent peu à peu tout le corps.  Je gage que longtemps encore ils vont aller partout s’étendre, sur tout se répandre.

Le soleil  n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route. Un grand voyage commence par un premier pas. Quelle importance que l’éclat réel de l’astre quand c’est avec les yeux de Chimène qu’il est vu.  Quelle importance que l’éclat réel de l’astre puisque oser faire le premier pas qui s’ensuivra d’une foultitude de tant d’autres lui restituera un éclat jusqu’alors inconnu de lui-même.  A un point tel, que, jamais, il n’eût semblé autant briller.

Le rêve est dans les yeux. L’éclat du soleil dans leurs pupilles.

La souffrance au travail est la cause première des maux de cette société.  Qu’attend-t-on ? … Qu’attend la rumeur au pouvoir pour s’incarner dans la ferme décision, de faire sienne et de s’y appliquer, de s’y férocement attacher  - car, de férocité,  face au camps adverses,  il sera grand besoin – pour, enfin,  incarner le rêve là d’où il est le plus absent, là, d'où il fut,  férocement, cruellement, presque avec mille délices, complétement et tout bonnement évidé,  où il s’en fait un besoin crucial, là, cratère à l’horreur quotidienne qui vomit son lot, son flot ininterrompu de larmes ravalées, de laves toxiques, de gaz mortels, fumerolles de la mort au travail avec son lot de brimades, son lot de production de frustration et de rancœur, d’aigreur et de dégout, de colère intestine qui, un jour, bruyamment s’épancheront,  cet invraisemblable, cet insupportable intériorisé jusqu’à la déflagration dernière, cet insupportable érigé en norme sociétale, cet insupportable apprivoisé, domestiqué,  la valeur travail et sa camisole de souffrances quotidiennes subies. Quotidiennement endurées. 

La souffrance au travail est la cause première des maux de cette société.  Qu’attend-t-on ? … Qu’attend la rumeur au pouvoir pour s’incarner dans la ferme décision de fermer ce Guantanamo de la société française en ce début de troisième millénaire.  De l'apurer ...

Qu’attend la rumeur au pouvoir pour s’incarner dans la ferme décision d’assainir, et ce magistralement, cet esprit de Guantanamo qui phagocyte,  régit depuis les moindres alvéoles des unités de travail les plus restreintes jusqu’aux grands ensembles et autres coteries de productions,  partout là où l’équation travail mérite salaire est à l’œuvre, partout là,  où, au mérite, s'amalgame, comme lui étant devenu absolument  consubstantiel, mépris et irrespect,  partout là où le mérite s’accompagne de la continuelle brimade aussi cuisante que la blessure, la meurtrissure dans la chair du cerf, du moujik sous la morsure, vrille perforante aux profondes lézardes et aux  indélébiles cicatrices, sous la brutalité et la violence de la morsure des coups de knout du maître.

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