" Comment ça m’a rassuré de lire le Parisien " écrit Jacques Debot, abonné-bloggeur-médiapartien - de grand talent - qui, depuis son blog, Romstorie : La vie des Roms vue par un Rom nous informe, nous renseigne et nous apostrophe avec discernement, humanité, justesse, et le tout avec un incomparable brio intellectuel.
" J'avais déjà parlé " poursuit-il, " J’avais déjà parlé de cette analyse de l’historien Raul Hilberg, mais elle m’a semblée tellement d’actualité que j’ai tenu à la reprendre ici, pour commenter un article du Parisien porté à notre connaissance sur le site de Catherine Raffait, Contacts Rom. - Groupe créé dans le but de diffuser et de partager des informations pouvant faire avancer les causes des Rom/Sinti et des Droits de l'Homme -
Raul HILBERG, Historien de l’université de Burlington (USA) déclarait dans le film SHOAH de Claude LANZMANN :
- Même ici, je suggérerais une progression logique qui vint à maturation dans ce qu’on pourrait appeler une culmination.
Car dès les premiers temps, dès le quatrième siècle, les missionnaires chrétiens avaient dit aux Juifs : « Vous ne pouvez pas vivre parmi nous comme Juifs.» Les chefs séculiers qui les suivirent, dès le haut Moyen Age, décidèrent alors : « -Vous ne pouvez plus vivre parmi nous ». Enfin, les Nazis décrétèrent : « Vous ne pouvez plus vivre ».
Si, on fait le tour de la question Rrom à ce jour, et si on remplace le mot Juif par le mot Rom ou Tsigane, voyons ce que ça donne :
" Vous ne pouvez pas vivre parmi nous comme Roms ". Vivre sa vie de bohème, c’est possible au cinéma. Dans la société, être perçu en tant que Tsigane, c’est devoir affronter le racisme, le mépris, les vexations, les emmerdements à n’en plus finir, et ce que vous voyez, chaque jour, à la télévision, le traitement spécifique des Roms pauvres à coups de pelleteuses.
" Vous ne pouvez plus vivre parmi nous " Pour que les Tsiganes puissent vivre parmi le reste de la société, il faudra brûler tous les panneaux interdits-aux-nomades, supprimer la traçabilité des livrets de circulation, accepter quelques « aires d’accueil » en centre-ville, accepter les gosses à l’école, voire disparaitre ces pétitions qui demandent l’expulsion des Roms de toute urgence, la liste est longue.
" Vous ne pouvez plus vivre " ont décrété les nazis : Tsiganes ou Juifs, nous le savons, les nazis ont mis en œuvre la solution finale.
Dimanche 25 janvier, ce sera le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz par l’Armée rouge.
Nous avons pu vérifier que sur les trois constats de Raul Hilberg, les deux premiers sont bien appliqués à la lettre, et notre inquiétude portait sur le troisième point. Le troisiéme point étant Vous ne pouvez plus vivre.
" Nous voilà rassurés à la lecture du Parisien " écrit Jacques Debot " Pour les Roms, il y a maintenant Le Programme : « Permis de vivre »… "
Insertion des Roms : « C'est parti d'un coup de gueule, et on a réussi ! » Un programme de relogement et d'insertion appelé " Permis de Vivre ". . !
" Des attaques violentes contre les Roms ont eu lieu en Hongrie, en République tchèque, Slovaquie, Bulgarie, Serbie et la Fédération de Russie et les autorités gouvernementales ont organisé des déportations en France et en Italie. Dans de nombreux endroits, les Roms sont isolés et privés de leurs droits civils, et un certain nombre de fonctionnaires nationaux et locaux ont récemment fait des déclarations anti-Roms. "
De " la solution finale " au " Permis de Vivre ", ou le parcours pas si évident que ça, fait de malheur et de rebuffades, d'une tranhumance de 70 ans, on ne peut plus accidentée au coeur et au travers de la barbarie humaine, barbarie humaine érigée en fondamental de base, en laissé-passer immédiat, en modus vivendi, en sauf-conduit à tous les checks-points engorgés de l'horreur grossiérement travestie sous de pernicieux atours repeinturlurés en deux coups de cuilléres à pots, en lettre de cachet qui font s'abaisser tous les ponts-levis de citadelles autrement-imprenables, impénétrables pour qui en est démunies, ou le Struggle for Life qui a mis quelques décennies sauvages pour s'imposer partout, a tout dévoré, depuis le coeur jadis des enfants aux espoirs des adultes qu'ils seront, et n'a plus laissé que l'immense désolation qui couvre des territoires sur lesquels, l'on feint de geindre, l'on s'escrime à convaincre du contraire à venir, devant l'impensable qui s'est imposé, l'on dépose gerbes sur gerbes jusqu'à la nausée, où l'on feint de prendre des fleurettes colorées et compassées, artificielles pour le soleil de demain.
Demain, comme aujourd'hui, sera mensonger, et l'en extirper du mensonge revient à en extirper le coeur. Point de coeur demain non-plus. Il est le chainon-manquant des relations inter-humaines.
Son absence, trou noir vampirique de vie, de toute vie, son absence est ce par où s'engouffrera la vie, toute vie, par où toute vie est appellée à disparaitre, happée tout au fond de cet entonnoir aux parois si verticales et hautes comme de roides montagnes, que l'on en revient pas, jamais, ni personne, aussi surement que, dans le conte d'Edgar Poe, " Une Descente dans le maelström ", pris dans les terribles tourbillons mouvants du gigantesque vortex qui se creuse à la surface de l'océan et qui n'en finit plus de se creuser, tout ce qui flotte, navires, cétacés, et jusqu'aux pierres de la côte pourtant lointaine qui s'en détachent, tout est happé, happé et avalé.
« Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n'ouvre pas ses portes et fenêtres, s'il ne construit pas la paix - une paix véritable - de sorte que mes arrière-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d'expliquer pourquoi j'ai survécu à Auschwitz " écrivait Ceija Stojka, écrivain, peintre et musicienne Rrom autrichienne, survivante des camps de concentration, convaincue que la vie pacifique en communauté ne peut exister qu'avec un dialogue constant et une connaissance de l'Histoire ". pdf, ici
S'exonérer de l'histoire, s'exonérer de la connaissance de l'histoire et de ses enseignements est, à bien des titres, coupable, mais en exonérer enfants et petits-enfants est absolument criminel. C'est laisser une chance à l'abominable de se refaire sur les tapis de jeux où c'est l'horreur qui gagne à tous les coups.
C'est laisser une chance à l'abominable de parvenir à se faufiler à nouveau dans le sang des hommes qu'ils deviendront, et, à l'image des épidémies qui décimérent à tout-va, hormis quelques uns qui en réchappent on ne sait ni pourquoi ni comment, tous affaiblis par des temps trop longs de disette intellectuelle, sombreront à nouveau entre les mortelles machoires d'arain de leur propre monstruosité.
Il n'est pas d'autre bête abominable, point d'autre machinerie infernale qu'eux, point d'autres Deus-ex-Machina qu'eux-mêmes, qu'eux-mêmes dont il faut avoir peur, car " Je ne croirai plus jamais à ce qu'ils disent, à ce qu'ils pensent. C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours " écrivait l'homme qui voyagea jusqu'au bout de cette nuit.
"Je me souviens d'Auschwitz à chaque moment de ma vie." Son œuvre, distinguée et primée, fait référence aux persécutions subies par les tsiganes sous le nazisme.
" Le sort des Roms, à certains égards est parallèle à celui des Juifs. Sous le régime nazi, les autorités allemandes ont interné les Roms arbitrairement, les ont soumis au travail forcé, et les ont assassiné en masse. Les autorités allemandes ont assassiné des dizaines de milliers de Roms dans les territoires occupés par les Allemands de l'Union soviétique et de la Serbie, et tué des milliers d'autres dans les camps de concentration à Auschwitz-Birkenau, Chelmno, Belzec, Sobibor et Treblinka. "
" Incompris et encore persécutés, les Roms (aussi connus comme romani ou Tsiganes) restent ce que certains experts considèrent comme une ethnie relativement sous-déclarée d'avance lors de la Journée internationale du Souvenir de l' Holocauste de cette année le 27 janvier, qui marquera le 70e anniversaire de la libération de le camp d'extermination d'Auschwitz. "
" Holocauste oublié partout en Europe, souffle le vent de la mort et se commet le génocide du peuple Rrom ... Samudaripen " Félix Monget
" Après Primo Levi , commémorant la libération des camps il est temps de répéter un message pas nouveau pour l'histoire, mais trop souvent oublié: ". Que l'homme est, doit être, sacré à l'homme, partout et pour toujours ".
C' est le temps de se souvenir de tous ceux qui ont été assassinés par les nazis, et sélectionné pour l'anéantissement sur le terrain de leurs « origines raciales ».
Cet esprit solennel et ouvert de commémoration a été capturé par le sculpteur israélien Danni Karavan , qui a conçu le mémorial de Berlin aux victimes roms de l'Holocauste :
" Ils les ont tué tous ensemble. Par conséquent, je pense que ce sont mes frères et sœurs. Lors de l'inauguration j' ai dit en hébreu je me sens comme si ma famille a été tuée et brûlée avec les Sinti et les Roms dans les mêmes chambres à gaz et que leurs cendres sont allées avec le vent dans les champs. Donc, nous sommes ensemble. C'est notre destin. "
" Où sont les voix des enfants du brassage
Qui ne veulent pas que l' on définissent à leur place ni leurs lieux de parole ou d' espace ?
Enfants d' Erasme ou de plus loin leur souche est le monde.
Au delà de vos critères de couleur d' appartenance ils se confrontent sans se dissoudre dans vos identités immobiles.
A l'ombre des murs que vous avez dressés
ils grandissent et se relient de passerelles de musique, de mots, d' images, qui échappent à votre ordre.
Ils fusionnent des mots qui feront surgir d' autres verbes que vous n' aurez pas calibrés.
Pour faire tomber les cloisons que vos philosophes ont dressées.
Avec pour modèle les fils et filles du vent ils auront des drapeaux étoilés de roues couleur voie lactée
A la charnière et l' articulation des mondes ils vous échappent sereins au dessus des mêlées où vous vous embourbez
car ils savent que ce sont leurs voix garantes d' avenir qui parleront vraiment d' égalité de paix et de fraternité. " Catherine Raffait
Suivent ces pages de Marie-Christine Hubert, que vous lirez peut-être, ou ne lirez pas, mais ainsi publiées, comme sur un parchemin qui se déroule, laissent au moins à l'oeil, la chance d'un instant, même un instant seulement, de se promener à leur surface, surface bien stable et tout-à-fait homogène, mais, à la réflexion, et, à bien y bien regarder, des pages qui se revélent peut-être bien plus terrifiantes que, dans la mer Lofoten, le Moskoe-Strom, nom du Maelstrom d'Edgar Poe.
Un texte de M.C. Hubert, consacré au Samusaripen, le Génocide Tzigane en Europe.
Le génocide tsigane en Europe
par Marie-Christine HUBERT
Les Tsiganes ont de tout temps été persécutés par les Etats et ce tant en Europe Orientale qu'en Europe Occidentale. Ils ont été réduits en esclavage en Roumanie, mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre. Ils étaient persécutés parce qu'ils étaient différents, différents par leur apparence, différents par leur mode de vie et différents par leur culture.
Ces persécutions atteignirent leur paroxysme pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les Nazis entreprirent de les exterminer jugeant qu'ils étaient indignes de vivre dans la nouvelle société qu'ils s'apprêtaient à construire au motif qu'ils étaient des asociaux irréductibles de par leur appartenance à une race " hybride " et inférieure.
Ces persécutions ont pris des formes différentes selon les pays : internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz. Le camp d'Auschwitz est connu de tous pour symboliser le génocide des Juifs, ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes.
Allemagne
Depuis la fin du XIXème siècle, les Tsiganes allemands, majoritairement sédentaires, étaient devenus l'objet de toutes les attentions de ceux qui dénonçaient le "fléau tsigane" (anthropologues, linguistes, folkloristes) et notamment des services de polices qui entreprirent de les recenser et de les mettre sous étroite surveillance. Ces mesures n'avaient qu'un seul objectif : marginaliser toujours plus les Tsiganes.
L'arrivée des Nazis au pouvoir ne marqua pas une rupture avec la politique précédemment poursuivie. Ils achevèrent de fédérer les différentes législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux asociaux, ce qui leur permit de toucher les sédentaires et mirent au point une définition raciale des Tsiganes devant permettre l'éradication définitive du " fléau tsigane ".
Depuis le XIXème siècle, la " race tsigane " était présentée comme une race étrangère et inférieure. Les Nazis définissant la citoyenneté allemande d'après des critères raciaux entreprirent de définir racialement les Juifs et les Tsiganes afin de les exclure de cette citoyenneté. Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations créé en 1936 au sein des Services de Santé du Reich mais dépendant du ministère de l'Intérieur et dirigé par le docteur Robert Ritter reçu la mission de recenser tous les Tsiganes du Reich en utilisant l'anthropométrie et la généalogie. En 1944, 30 000 expertises avaient été établies ; la quasi-totalité des Tsiganes du Reich avaient été recensés et fichés. Les données accumulées lors de ces expertises permirent au docteur Ritter d'établir une classification précise des Tsiganes en août 1941.
"Z (Zigeuner) : Tsigane (c'est-à-dire de véritable et pur sang tsigane).
"ZM + ZM (+) (Zigeunermischling) : Plus qu'à moitié tsigane (c'est-à-dire métissé, mais au sang tsigane prédominant).
"ZM (Zigeunermischling) : Semi-tsigane (à part égale de sang tsigane et de sang allemand). Cette catégorie se subdivise elle-même en deux sous-groupes :
1) "ZM de premier degré", dans le cas où l'un des parents est pur tsigane et l'autre allemand.
2) "ZM de second degré", dans le cas où l'un des parents est "ZM du premier degré" et l'autre allemand.
"ZM_ ou ZM (_) (Zigeunermischling) : Plus qu'à moitié allemand (c'est-à-dire métissé, mais à sang allemand prédominant).
"NZ (Nicht-Zigeuner) : Non-Tsigane (personne à considérer comme étant de sang allemand)." 1
Le Centre de recherches en hygiène raciale considérant qu'une majorité des Tsiganes était en fait des métis (Mischling) concluait qu'ils étaient des asociaux par leur mode de vie et une race hybride par leur métissage biologique, ce qui impliquait qu'aucune "rééducation" n'était possible. L'équipe du docteur Ritter proposait d'ailleurs de tous les stériliser pour solutionner la question tsigane. Peu à peu, les Tsiganes subirent le sort réservé aux Juifs : les mariages mixtes furent interdits, les enfants exclus de l'école, les adultes de l'armée, les travailleurs soumis à un impôt spécial, etc.
Les Nazis n'ont pas attendu de disposer d'une législation raciale pour persécuter les Tsiganes. Ils parachevèrent la politique de sédentarisation en internant les Tsiganes dans des camps communaux.
" Ces camps furent créés à l'initiative des autorités municipales ou de polices locales, sans qu'il ait existé au préalable de cadre juridique formel. Le caractère de ces camps et les conditions de vie des Tsiganes, qu'on internait par famille, furent par conséquent très variables. Tous ces camps ont en commun d'avoir servi, au départ, à l'internement des Tsiganes qui habitaient dans des roulottes placées sur des aires de stationnement ou dans des baraquements, et qui, de ce fait, correspondaient le mieux aux préjugés racistes. Ceux qui vivaient comme tout le monde, sans se faire remarquer
par leur mode de vie, ont cependant été internés à leur tour dès lors qu'ils furent recensés en tant que Tsiganes sur la base de critères raciaux. Mais l'objectif généralement poursuivi était la concentration de tous les Tsiganes d'une ville ou d'une région dans un camp." 2
Le premier camp tsigane fut organisé à Cologne en avril 1935. Le 6 juin 1936, un "Décret pour la lutte contre le fléau tsigane" déclara illégales les expulsions reléguant les Tsiganes à la périphérie des villes et exigea des autorités " la sédentarisation des Tsiganes en un lieu déterminé " afin d'en faciliter la surveillance par la police.
Un grand nombre de villes se servirent de ce décret pour justifier la création de camps tsiganes. En juillet 1936, les 600 Tsiganes de Berlin dont la présence était indésirable pendant les Jeux Olympiques furent internés dans un camp situé à la périphérie de la ville. Le "Décret pour la lutte préventive contre l'infestation tsigane" du 8 décembre 1938 ordonnant leur sédentarisation pour faciliter leur recensement fut interprété comme "signifiant qu'à l'avenir tous les Tsiganes devaient être logés dans un camp".
1. Joachim S. HOHMANN : "Le génocide des Tsiganes", La politique nazie d'extermination, Paris IHTP, Albin
Michel, 1989, p. 269.
2. Frank SPARING : "Les camps tsiganes. Genèse, caractère et importance d'un instrument de persécution des
Tsiganes sous le nazisme", De la "science raciale" aux camps. Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale,
tome 1, coll. Interface, Centre de Recherches Tsiganes, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, p. 39.
Ces camps étaient de véritables camps d'internement : ils étaient entourés.de barbelés, gardés par un gardien armé, les Tsiganes ne pouvaient en sortir sans autorisation et étaient soumis au travail forcé. Ils étaient d'autant plus obligés de se soumettre à cette obligation que le travail était la condition sine qua non pour obtenir une allocation des services sociaux, allocation qui leur permettait de se nourrir, l'administration ne le faisant pas. Ces mesures touchaient principalement les nomades et les semi-sédentaires.
Assimiler à des asociaux, les Tsiganes furent internés dans des camps de concentration. Dans la semaine du 18 au 25 septembre 1933, la police aidée des SA et des SS procéda à une rafle de mendiants et de vagabonds dans tout le Reich. Dix mille personnes dont un nombre inconnu de Tsiganes furent arrêtés et internés quelques semaines dans des camps de concentration. Le 14 décembre 1937, Heinrich Himmler publia le "Décret de lutte préventive contre le crime" appelé aussi "Décret sur les asociaux" stipulant que "la Police Judiciaire du Reich avait la possibilité de déporter dans les camps de concentration tous ceux qui étaient qualifiés d'"asociaux" ou de "rétifs au travail".
En avril 1938, 2 000 hommes dont un certain nombre de Tsiganes furent ainsi internés dans le camp de Buchenwald. Prétextant que ce décret "n'avait pas été appliqué avec toute la rigueur nécessaire", Himmler ordonna de procéder à une nouvelle vague d'arrestation. Cette opération désignée sous le code "Aktion Arbeitscheu Reich" eut lieu dans la semaine du 13 au 18 juin 1938. Chaque poste de police avait reçu l'ordre d'envoyer dans les camps de concentration au moins 200 hommes capables de travailler dont :
" Les Tsiganes ou les personnes nomades comme le sont les Tsiganes, si elles n'ont pas montré une volonté de travail régulier ou si elles se sont rendues coupables d'infractions." 3
Dix mille personnes furent à cette occasion arrêtées et internées dans les camps de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen où on leur attribua le triangle noir des asociaux. Parmi ces 10 000 personnes se trouvaient tous les hommes internés dans le camp tsigane de Francfort, une vingtaine de Tsiganes "non salariés" du camp tsigane de Cologne et les adolescents du camp tsigane de Düsseldorf. Le nombre exact de Tsiganes qui furent arrêtés en juin 1938 n'est pas connu. A l'automne 1942, Himmler ordonna l'internement "des éléments asociaux des établissements pénitentiaires (des Tsiganes mais aussi des Juifs et des Russes) en vue de " l'élimination par le travail ".
Des Tsiganes furent également internés individuellement au titre d'asocial notamment lorsqu'ils enfreignaient les multiples décrets régissant leur vie. Les hommes n'étaient pas les seuls à être menacés, les femmes pouvaient également être internées en tant qu'asociale dans les camps et notamment à Ravensbrück. La plupart d'entre d'elles ont été arrêtées pour mendicité alors qu'elles exerçaient une activité commerciale interdite ou pour avoir prédit l'avenir. Toute infraction constatée ou supposée suffisait pour être interné dans un camp de concentration.
De nombreux Tsiganes originaires du Burgenland en Autriche furent déportés dans les camps de concentration allemands. Dès l'été 1938, 15 000 Tsiganes étaient déportés à Dachau ; 600 d'entre eux ont été transférés à Buchenwald à l'automne 1939. Un tiers de ces tsiganes ne passa pas l'hiver mourant dans les carrières ou étant assassinés par injections mortelles. Le 29 juin 1939, 440 Tsiganes du Burgenland étaient internées à Ravensbrück comme asociales.
Le 21 septembre 1939, lors d'une conférence organisée par Reinhard Heydrich, il fut décidé de déporter tous les Juifs et les Tsiganes vers le Gouvernement général en Pologne. Le "Décret de fixation" du 17 octobre 1939 assigna à résidence les Tsiganes qui furent, par la même occasion, recensés et enregistrés par les services de police compétents
Le 27 avril 1940, Himmler donna l'ordre de déporter par familles 2 500 Tsiganes dans le Gouvernement général. A l'origine la totalité des 30 000 Tsiganes vivant en Allemagne devait être déportée, mais "comme des difficultés pratiques étaient apparues lors du " déplacement " de 160 000 Juifs et Polonais, seul un "premier transport" de 2 500 Tsiganes originaires des zones frontalières de l'ouest et du nord-ouest de l'Allemagne fut ordonné4". Ces déportations furent organisées du 21 au 16 mai 1940.
Selon Donald Kenrick, 300 Tsiganes originaires du sud de l'Allemagne furent également déportés en Pologne.5 Tous ces Tsiganes avaient signé un document attestant qu'ils avaient bien compris que s'ils revenaient en Allemagne, ils seraient stérilisés et envoyés dans des camps de concentration. Ces déportations ont eu lieu au vu et au su de tous sans que cela provoque une quelconque réaction.
La déportation systématique des Tsiganes prit toute sa dimension avec le décret appelé "Auschwitz Erlass" signé par Heinrich Himmler le 16 décembre 1942. Ce décret ordonnait la déportation à Auschwitz de tous les Tsiganes du Grand Reich. Peu de temps après, le décret fut élargi aux Tsiganes habitant l'Autriche, le Nord de la France, la Pologne, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas.
"L'ordre donné par le Reichsführer SS Himmler, le 16 décembre 1942, l'Auschwitz Erlass, constitue la dernière étape vers "la solution définitive de la question Tsigane".
Enfin avec le décret d'application du 29 janvier 1943, tous les Tsiganes devaient être déportés par familles, "sans prendre en compte le degré de métissage", dans la section tsigane (Zigeunerlager) du camp d'Auschwitz. Dans le Reich et en Autriche, le RSHA et le Centre de recherches en hygiène raciale avaient recensé en vue de la déportation plus de 20 000 Tsiganes. Par courrier spécial, les "postes de Police Criminelle" reçurent en janvier 1943 pour la seconde fois l'ordre de saisir "la fortune laissée derrière elles par des personnes tsiganes internées dans un camp de concentration sur
ordre du Reichsführer SS". Rares furent les Tsiganes recensés qui survécurent."
Le "camp de familles" a été construit à Auschwitz-Birkenau II en février 1943. Le premier transport arriva le 26 février. On attribua à ces premiers Tsiganes des matricules commençant par la lettre Z. Du 26 février au 6 mars, 828 Tsiganes arrivèrent au camp en quatre convois. Le 23 mars, 1 700 Tsiganes de Bialystock furent immédiatement gazés sans être enregistrés. Du 6 au 31 mars, 23 convois comprenant 11 339 Tsiganes arrivèrent et furent immatriculés à Auschwitz. Environ 19 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz en 1943 et 2 200 avant l'été 1944.
"La majorité d'entre eux - 63 % étaient allemands, 21 % venaient de Bohême- Moravie, 6 % de Pologne, et les 11 % restants avaient d'autres nationalités ou étaient considérés comme apatrides. Si l'on inclut ceux qui furent internés sans enregistrement pour être assassinés peu de temps après dans les chambres à gaz, le chiffre total des Tsiganes déportés dans la "section tsigane" atteint 23 000 personnes."
4. Herbert HEUSS : "La politique de persécution des Tsiganes en Allemagne", De la "science raciale" aux camps. Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale, tome 1, coll. Interface, Centre de Recherches Tsiganes,
CRDP Midi-Pyrénées, 1997, p. 35.
5. Donald KENRICK et Grattan PUXON : Gypsies under the Swastika, Gypsy Research Centre, University of
Hertfordshire Press, 1995, p. 32.
6. Herbert HEUSS : Op. cit., p. 37.
7. Karola FINGS : "Les Tsiganes dans les camps de concentration nazis", De la "science raciale" aux camps.
Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale, tome 1, coll. Interface, Centre de Recherches Tsiganes, CRDP
Midi-Pyrénées, 1997, p. 99.
Les Tsiganes furent les seuls à ne pas connaître la sélection sur la rampe d'Auschwitz, ils furent aussi les seuls à vivre en famille. La plupart de ces Tsiganes sont morts de faim, de maladies (typhus et Noma pour les enfants) et des suites des expériences médicales pratiquées par le docteur Mengele.
En avril et mai 1944, quelques centaines de Tsiganes aptes au travail furent transférés à Buchenwald et Ravensbrück. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les 2 897 personnes restées au "camp de familles" furent gazées.
Pologne
Les persécutions ne commencèrent véritablement qu'après l'invasion de l'URSS en juin 1941. Des Tsiganes furent internés dans des ghettos (Cracovie, Lodz, Lublin et Varsovie) et dans des camps de travail. Les persécutions redoublèrent d'intensité en 1942. Le 1er juin, tous les Tsiganes résidant dans les régions de Varsovie et d'Ostro-Masowiecki furent contraints de rejoindre un ghetto.
Des massacres de Tsiganes furent perpétrés par des fascistes polonais et ukrainiens dans de nombreuses régions de Pologne. "115 Tsiganes furent tués à Lohaczy en 1942, 96 à Szczurowa et 15 à Berna, en 1943. 104 furent tués à Zahroczyma, 30 à Grochow et une cinquantaine à Karczew. Tous les Tsiganes de Olyce furent fusillés, et il y eut d'autres assassinats à Pyrach, Zyradow, Targowka, Radom, Sluzeca et Komorow. On lâchait les chiens contre les Tsiganes à Poznan."
"Il y eut de exécutions massives à Wolyn (Wolhynie) et dans les Carpates. Dans la province de Wolyn, 3 000 à 4 000 tsiganes furent tués par les Allemands, et par les fascistes ukrainiens. Seuls les adultes étaient fusillés. Pour tuer les enfants, on les soulevait souvent par les pieds, et on leur fracassait le crâne à la volée contre les arbres. On avait également recours à des chambres à gaz mobiles."
En 1943 et 1944, environ 600 Tsiganes polonais et 2 600 originaires de Bialystok furent envoyés à Auschwitz. Environ 13 000 Tsiganes polonais (un quart de la population tsigane) ont trouvé la mort sous l'Occupation.
Croatie
Les Tsiganes de Croatie ont été recensés à partir de juillet 1941. En avril 1941, le ministre de l'Intérieur Artukovic ordonna l'internement dans des camps de concentration de tous les Tsiganes originaires de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. Plusieurs milliers de Tsiganes furent arrêtés et assassinés en mai et juin 1942 notamment dans le camp de concentration de Jasenovac.
Des Communistes, des Juifs, des Serbes, des Tsiganes et des Croates opposés au régime fasciste y furent massacrés. Ce camp était composé de 6 camps principaux ; le camp III C était un camp d'extermination. Quelques Tsiganes y travaillaient mais la plupart étaient exterminés quelques temps après leur arrivée. Les Tsiganes dormaient dans des tentes ou à la belle étoile et ce quel que soit le temps.
Affamés - ils recevaient moins de nourriture que les autres internés - en guenilles, les Tsiganes mourraient après avoir été roués de coups, de faim ou d'épuisement. Ils n'avaient pas accès au camp hôpital. Du printemps à l'automne 1942 environ 25 000 Tsiganes y ont été assassinés. Chaque jour, 6 à 12 wagons déversaient leur lot de Tsiganes. Dès leur arrivée, les hommes étaient emmenés dans des maisons dont les habitants serbes avaient été tués. Tout le périmètre était entouré d'un grillage. Les hommes étaient alors tués à coups de maillet et les cadavres enterrés dans les jardins. Puis venait le tour des femmes et des enfants. Entre 50 et 100 prisonniers étaient choisis parmi les nouveaux arrivés du camp assassinés dans ce camp.
III C pour creuser les fosses destinées aux suppliciés. Environ 30 000 Tsiganes furent
8. Donald KENRICK, Grattan PUXON : Destins Gitans, Paris, Calmann-Lévy, 1974, p. 181.
9. Donald KENRICK, Grattan PUXON : Gypsies under the Swastika,, p. 75.
10. Dragoljub ACKOVIC : Roma suffering in Jasenovac camp, Belgrade, publié par The Museum of the
Victims of Genocide et Roma Culture Center, 1995, 117 p.
Serbie
150 000 tsiganes vivaient en Serbie lorsqu'elle fut occupée par les Allemands en avril 1941. Un mois plus tard, l'occupant publia des décrets soumettant les Tsiganes au même traitement que les Juifs. Ceux-ci devaient se faire immatriculer et porter un brassard jaune sur lequel était inscrit le mot " Zigeuner ". Les transports en commun étaient interdits aux Juifs et aux Tsiganes.
Les hommes étaient contraints au travail forcé. La plupart des Tsiganes qui furent arrêtés en 1941 servirent d'otages. Pour chaque soldat allemand tué par les partisans, 100 otages devaient mourir. Le 29 octobre 1941, 250 Tsiganes furent arrêtés dans ce but dans les environs de Belgrade. Les Tsiganes, dont les femmes et les enfants des otages, furent ensuite internés dans des camps de concentration situés à Belgrade et sur le territoire croate. Dans le camp de Sajmiste (à la frontière croate), des Tsiganes furent gazés en 1942 dans des camions équipés en chambre à gaz.
Union-Soviétique et Etats baltes
En Union-Soviétique et dans les Etats baltes, les Tsiganes furent principalement victimes des Einsatzgruppen. Ces unités spéciales allemandes devaient assurer "la sécurité politique desterritoires conquis", c'est-à-dire éliminer toute opposition au national-socialisme et à sa politique de l'espace vital : les commissaires politiques soviétiques, les fonctionnaires et membres du parti communiste, les partisans et les Juifs.
Le 22 juin 1941, Reinhard Heydrich créa quatre groupes, commandés par des généraux du SD (Service de la sécurité) et de la police : Einsatzgruppe A pour le Nord et les Pays baltes, Einsatzgruppe B pour la région de Moscou, Einsatzgruppe C pour l'Ukraine et Einsatzgruppe D pour le Sud, la Crimée et le Caucase. Environ 3 000 hommes ont exterminé systématiquement tous les éléments jugés indésirables selon les normes politiques et raciales des Nazis dans le sillage des divisions de la Wehrmacht et de la Waffen SS, qui leur accordaient en cas de besoin des renforts en hommes.
Ces unités spéciales sont responsables du massacre d'un à deux millions de personnes. Les Tsiganes furent exécutés comme les opposants désignés du IIIème Reich parce qu'ils étaient soupçonnés d'être des partisans mais aussi parce qu'ils étaient considérés comme "des éléments dangereux pour la sécurité par leur existence biologique".
En octobre 1941, l'Einsatzgruppe C exécuta 32 Tsiganes après avoir trouvé des armes dans leurs verdines. Michael Zimmermann, historien allemand, a retrouvé la trace de plusieurs milliers d'exécutions de Tsiganes commises par les Einsatzgruppen. Au printemps 1942, 71 Tsiganes furent exécutés dans la région de Leningrad par l'Einsatzgruppe A. En septembre 1941, l'Einsatzgruppe B réserva un "traitement spécial" à 13 hommes et 10 femmes tsiganes accusés de terroriser la population locale et d'avoir commis de nombreux vols. De nombreux Tsiganes furent tués ou enterrés vivants dans la région de Smolensk par les hommes de l'Einsatzgruppe D.
Des Tsiganes figuraient parmi les victimes identifiées comme étant des "asociaux, des saboteurs, des pilleurs, des partisans, des personnes mentalement et racialement indésirables".
Les unités A, B et C ne recherchaient pas systématiquement les Tsiganes comme ils le faisaient pour les Juifs. Les Tsiganes étaient, la plupart du temps, livrés par l'armée, dénoncés par la population russe, saisis lors d'une vérification dans les prisons, tués durant des contrôles de la population civile dans les zones situées près du front ou encore ramassés par une unité. Il en allait tout autrement pour l'Einsatzgruppe D. Cette unité massacra en Crimée entre 2 000 et 2 400 Tsiganes dont les 800 habitants du quartier tsigane de la ville de Simferopol en décembre 1941. Les Tsiganes étant des Musulmans parlant le Tatar, les Allemands demandèrent à deux habitants de les aider à les identifier.
11. Michael Zimmermann : "L'Union Soviétique et les Etats Baltes 1941-1944. Le massacre des Tsiganes", Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale, Tome 2, à paraître dans la collection Interface éditée par le Centre de Recherches Tsiganes.
Le 1er décembre 1941, tous les Tsiganes furent expulsés de leurs maisons et conduits sur une place située sur la route reliant Simferopol à Karasubarar. Tous leurs objets de valeurs furent confisqués pour être expédiés à Berlin. Les Tsiganes furent conduits après s'être déshabillés - leurs vêtements furent distribués à la population locale - au bord d'une tranchée de deux mètres de profondeur préparée avec des explosifs par un ingénieur de l'armée pour les Einsatzgruppen. On ordonna aux Tsiganes de faire face à la tranchée puis un peloton les exécuta d'une balle dans la tête.
Les hommes du Einsatzgruppe D exécutèrent du 15 janvier au 15 février 1942 91 personnes identifiées comme étant "des pilleurs, des saboteurs et des asociaux", dans la seconde moitié du mois de février 421 "Tsiganes, asociaux et saboteurs" et en mars 1942 810 "asociaux, Tsiganes, malades mentaux et saboteurs" et 261 "asociaux dont des Tsiganes".
L'Einsatzgruppe D est responsable de l'assassinat d'environ 31 000 personnes dont une majorité de Juifs entre le mois de novembre 1941 et le mois de mars 1942. La Wehrmacht eut un rôle non négligeable dans ces exécutions ; elle remettait les victimes aux Einsatzgruppen et fournissait la logistique. Dans certain cas, elle participait elle-même aux massacres. En mai 1942 la 281ème division tua 128 Tsiganes à Noborshev. Environ 5 000 Tsiganes furent tués dans les Etats baltes. La plupart des Tsiganes d'Estonie furent exécutés entre 1941 et 1943. L'extermination systématique des Tsiganes, dans les Etats baltes, commença en décembre 1941 avec l'assassinat de 100 Tsiganes de Libau en Lettonie.
Dans l'est du pays, les Tsiganes furent regroupés dans trois villes : Ludsa, Rezenke et Vilani. A Ludsa, ils furent enfermés dans une synagogue qui fut incendiée. Les survivants furent "déportés dans les forêts" où ils furent exécutés le 6 janvier 1942. En 1943, les massacres furent stoppés et les Tsiganes furent incorporés dans l'armée allemande pour combattre les forces soviétiques.
Selon Michael Zimmermann, entre 2 000 et 2 400 Tsiganes ont été exécutés en Crimée par l'Einsatzgruppe D, la moitié des 3 800 Tsiganes de Lettonie furent également massacrés tout comme la presque totalité de la population tsigane en Estonie et Lituanie. Donald Kenrick estime que 30 000 Tsiganes ont été tués en Biélorussie, Russie et Ukraine.
Roumanie
En Roumanie le régime d'Antonescu pratiqua la déportation des Tsiganes mais seulement dans certaines régions. En 1941 et 1942, environ 25 000 Tsiganes de la région de Bucarest furent déportés vers les territoires ukrainiens occupés par la Roumanie et appelés Transdniestrie.
" Le voyage se faisait dans des fourgons à bestiaux depuis Bucarest. Il dura plusieurs semaines et, avec les nuits froides, le manque de couvertures et la nourriture insuffisante, il y avait déjà beaucoup de morts de faim et de froid à l'arrivée au Bug, en Ukraine. Les survivants furent logés dans des huttes et mis au travail à creuser destranchées."
En 1942, dans le cadre du plan "pour la purification de la nation roumaine", tous les habitants du village tsigane de Buda-Ursari furent déportés en Ukraine. En 1944, un camp d'internement fut édifié à Tiraspol. Dans le reste de la Roumanie, les Tsiganes étaient plus ou moins libres.
Donald Kenrick estime que sur les 46 000 Tsiganes déportés, 9 000 ont péri.
12. Donald KENRICK, Grattan PUXON : Gypsies under the Swastika, p. 110.
France
Les Tsiganes de France n'ont pas été déportés essentiellement parce que les Allemands ont ordonné aux autorités françaises de procéder à leur internement.
Ces autorités ont arrêté uniquement les nomades porteurs du carnet anthropométrique, les seuls Tsiganes qui étaient clairement identifiés en France. Et encore, il semble bien que ne furent internés que les nomades qui avaient été précédemment assignés à résidence. L'invasion allemande n'avait pas permis l'application du décret du 6 avril 1940 dans tous les départements.
Toutes les personnes qui furent internées dans les camps d'internement pour nomades n'étaient pas des Tsiganes ; il y avait parmi eux des clochards et des gens que la quête du travail avait jeté sur les routes. Les Allemands ne pouvaient pas ordonner la déportation des Tsiganes de France au vu de ces informations : des non-Tsiganes auraient été déportés et surtout nombreux auraient été les Tsiganes qui auraient immanquablement échappé à la déportation.
N'ayant pas les moyens de procéder eux-mêmes au recensement de tous les Tsiganes, il semble que les Allemands aient décidé de remettre à plus tard leur projet. La victoire des Alliés ne leur laissa pas le temps d'exterminer l'ensemble du peuple tsigane.
Bibliographie
ASSEO Henriette : "Contrepoint : La question tsigane dans les camps allemands" in "Vichy, l'Occupation, les juifs", Annales ESC, Paris, numéro spécial, juin 1993, p. 567-582.
FINGS Karola, HEUSS Herbert, SPARING Frank : "De la "science raciale" aux camps", Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale, Toulouse, collection Interface, Centre de Recherches Tsiganes, CRDP Midi-Pyrénées, 1997, 140 p.
GOTOVITCH José : "Quelques données relatives à l'extermination des Tsiganes de Belgique", Cahier d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, 1976, n° 4, p. 161-180.
HOHMANN Joachim S. : "Le génocide des Tziganes", in François Bédarida (sous la direction de) : La politique nazie d'extermination, Paris, Albin Michel, 1989, p. 263-276.
KENRICK Donald, PUXON Grattan : Les Tsiganes sous l'oppression nazie, Toulouse, collection Interface, Centre de Recherches Tsiganes, CRDP Midi-Pyrénées, 1996. (réédition de Destins Gitans, publié en 1974 chez Calmann-Lévy.
LEWY Gunter : « La persécution des Tsiganes par les Nazis » . Paris : Les Belles Lettres, 2003. 474 p.
Voilà bien un texte qui à la lumière glacée de tous ces derniers jours qui nous dégringolent dessus, comme une avalanche avec toute sa rumeur cahotique de bris et d'embruns de cris, de paroles, d'appels, de déclamations, de garde à vous, de mises en garde, de levées en masse de mentons déictiques comme des doigts accusateurs et menaçants, de plastrons raides comme des nuques tétanisées, voilà bien un texte avec ce qu'il rapporte et ce dont il nous instruit, voila bien un texte qui résonne tout aussi lugubrement, qui ressemble à s'y méprendre à ce qui pourrait se profiler dans le proche horizon de notre crépuscule enténébré de lois à l'esprit et aux mots, si semblables, si terriblement semblables, au si honteux cousinage qu'il résulte une inquiétude extrême quant à ce qui risque fort de tragiquement sourdre ...