Roms à Auschwitz et pauvreté, le malheur qui gagne

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Roubaix, vue du peignage Motte Gouache sur papier par Martiny.

Ça se passe à Roubaix ... Ex-grande reine du textile !  Maintenant grave déchue ... Roubaix ... Métropole Lilloise ...  France du Nord ...  En période de pré-isoloir ! ... Dans les anti-chambres de l'isoloir où se jouent les destins des peuples qui sentent bien qu'ils n'en n'ont plus ... Ça va cartonner dans les isoloirs ! ... Pour ceux qui s'y rendront ... Et ça va  finir par fleurer bon les votes extrêmes  ... Avec la tacite complicité pas gênée du tout des abstentionnistes ... Tout bien pesé, et c'est vite fait, qu'ont-ils tous autant qu'ils sont à perdre ...! Entre ceux qui ne veulent pas perdre la face pour gagner des voix et ceux qui n'ont plus rien à gagner ... Et qui sont sollicités à grands coups de diableries versatiles et  électorales pour aller fourrer ce qu'il faut quand il le faut ... Une assemblée de crétins congénitaux ? ... Non point. Pas du tout. Une assemblée de braves français du cru, de souches, mais pas que, des habitants de Roubaix ...  Roubaix dans le nord ! ...  C'est qu'on rigole à Roubaix ... On a la verve vive !  On se vautre parfois dans l’innommable et dans l'immonde ! ... Mais, pas plus qu'ailleurs ... Qu'ailleurs en France ...

 

Ailleurs, c'est dans la tragédie qu'on sombre.  Ailleurs, c'est pas loin, à 20 km de là, à Haubourdin.  Dans la tragédie qu'on sombre ... La plus sombre tragédie possible ... Mais comme dit le Maire d'Haubourdin :    "  C'était jamais arrivé à Haubourdin ...!  " 

Jamais arrivé ... Avant que ça arrive ... C'était jamais arrivé ..

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Là où c'est arrivé, de l'autre côté, dans le jardin ...

Ça va bien. Le pays va bien. Pas loin, donc, de Roubaix,  la grave déchue, dans le Nord aussi. Une mère, jeune quarantaine, dans un sérieux embarras côté-monnaie,  vient de se foutre le feu devant ses sept enfants âgés entre l’âge de-pas-encore-ou-bientôt-l’école-maternelle et juste-après-le-lycée. Ils ont bien ce qu’il fallait, tous autant qu’ils sont, surtout les plus grands, se sont précipités, le feu, les flammes, la fumée, les cris, de tous et des petits, la panique et la vitesse des choses, entre vide et décollage, la folie et la peur,  ils ont éteint le feu sur leur mère … Mais ça n’a pas suffit, elle était déjà trop brulée… Ils l’ont bien amenée à l’hôpital… Où ils ont fait ce qu’ils pouvaient aux urgences  mais ça n’a pas suffit, elle était trop brulée … et elle est morte au petit matin. …en feu ... s’immoler devant eux.

« Ce n’était jamais arrivé à Haubourdin  »  a  - surprenamment - déclaré le maire de la ville, Bernard Delaby …  « Ce n’était jamais arrivé à Haubourdin »…  jamais arrivé … à Haubourdin …  A Haubourdin, ce n’est jamais arrivé !    Il devait pensé que c’est au Tibet que ça arrive, ces choses là,  qu’on y fait ça, … Pas à Haubourdin … Mais voilà, à Haubourdin aussi … Quelqu’un n’en pouvait plus à ce point là  non plus … Au point d'en pouvoir plus et de faire ça ...

" Moi je dis toujours "  me dit-un copain qui a mauvais esprit, c'est sûr,  " que si ça doit lui arriver " qu'il dit, " qu' avant d’en finir  - Mélenchon, quand il parle de ça, il dit  " éteindre la lumière " - " qu'avant d’en finir , il en finira quelques uns qui le méritent plus que lui  " ...  " Qu'il en suicidera quelques-uns avant lui "  … On peut pas lui donner tort … A qui donner tort ? … A cette mère qui a mis sept fois au monde, sept fois l'espoir, sept fois  les souffrances, et toutes les joies, et tout ce qui va avec,  et qui a élevé ses enfants, sept  … et qui n' en pouvait plus … N’en plus pouvoir à ce point, à Haubourdin, et se foutre le feu …

" Ce n’était jamais arrivé à Haubourdin" ...  A-t-il pensé, en Maire de sa commune.

Ex-grande reine du textile !  Maintenant grave déchue ... Roubaix, France du Nord ...

Roubaix ...  La municipalité, maire en tête, tente la réunion d'information ...  C'est pas tous les jours qu'il doit rigoler Pierre Dubois,  le maire PS de Roubaix, il est pas à la fête, il a fort à faire ... Le sujet - faut reconnaitre, plutôt casse-gueule, en ces temps troublés, ou, bretelles en bandoulière, musarde, bien à son aise, de ci - delà, et à pas de loup,  le refoulé  - ... Tenter d'expliquer, en pleine période du grand-retour du refoulé,  un projet d'implantation d'un camp de Roms, et, de le faire, autant que faire ce peut, admettre aux riverains conviés. !!! ...

On verra que s'ils ont compris de quoi il en retournait, et plutôt très vite, en revanche, quant à le leur faire admettre ...  C'est pas du tout cuit. Et loin, très loin de là ...

C'était juste au départ une réunion d'information.  Mais une fois informée, la petite centaine d'habitants qui a fait le déplacement, a dit son fait.  Le campement de Roms que le maire, Pierre Dubois, essaie de leur refourguer ...  Ils en veulent pas. C'est net. C'est Niet. C'est pas question. Et c'est leur droit. Après tout. Ils le disent. Comme ils savent le dire.  Avec leurs mots à eux. Mais c'est comment ils le disent justement, qui pose problème ...

Que, comme on dit, c’est là que le bât blesse, et,  qu'il blesse grave, vraiment grave, le bât.  C'est l'esprit des mots qui blesse ... Et,  ils se trouvent que leurs mots à eux, ils ont fait tellement de ravages, ces mots, qu'ils tombent maintenant, et,  depuis 1972, sous le coup de la loi. De la loi. Tous autant qu'ils sont.  Depuis 1972, sous le coup de la loi Pleven. Des tribunaux, qu'ils sont passibles.  Et la note est salée : Provocation publique, 1 an de prison et 45 000 euros d'amende.  Rien de moins pour les quelques petits farceurs de la bande à  " je rigole bien " ...

 

Ça me rappelle le film de Lanzmann ...  Quand le type mime le geste abject qu'il faisait à l'adresse des gens dans les trains leur indiquant par là ce qui les attendait  ...  Putain de fou-rire ... Combien d'heures rien qu'à rire ...!   Hier, Manosque, France, où un ancien d'Algérie massacre carrément un gosse de 14 ans à cause des couleurs pas assez cocardières à son gout de son tee-shirt , et s'en tire avec juste un peu de sursis ...  Aujourd'hui Roubaix !  Grosse rigolade ... Chez les cht'is du coin ! ... Qu'est-ce qu'on se poile à Roubaix ... Même que c'est le maire qui organise la partie ... Et on se dit que ça doit pas être tous les jours une sinécure d'être Maire ... De prétendre aux mandats électifs ... De briguer des votes et de rester propre sur soi ... !

Parce que pour être maire, faut savoir avoir de l'entregent avec les gens qu'il faut ... Il a du faire ses calculs ... la somme de ses additions électorales ... ça  s'est joué en petit comité !  le projet.  " A qui qu'on les colle !? " ...  Il parle des Roms. On l'entendrait presque penser.  " Pouvaient pas rester chez eux "...    " A qui qu'on colle les roms "  Carte sur table ...!  Les Roms, on les colle à qui ? ... Pas aux piliers de la mairie, et autres notables, ceux des beaux quartiers, et qui n'en veulent pas ... On va les coller ... Voyons ! ça ira ... On leur fera une réunion d'info et ça ira ... A part les deux ou trois excités habituels de service ... Très pratiques, d’ailleurs ... Les excités habituels ... Par l'outrance, ils dévitalisent la possibilité de réflexion ...  Ils précipitent la réaction ... Et dérégulent le cours impossible des choses ! ... Des jaunes ...! Des brisures de flux ! ...  Quoi ... 

Soirée gueuserie,  la semaine dernière donc, à Roubaix ...!

Sur le thème :   " Votre projet, on n'en veut pas " ...  La preuve en images ... A grands cris ... Avec grondements, gloussements et glapissements ...

 

 

L'implantation de Roms rue d'Avelghem à Roubaix contestée par les riverains © NordEclair

 

 

 

 " Votre projet, on n'en veut pas " ...  Et, ça ne s'invente pas,  ça se prononce, ça s'envoie à la figure, ça ne s'invente pas, cet humour, cet humour-là,  ça se dit, haut et fort, parmi d'autres douceurs et  tendresses toutes semblables toutes pleines d'aménités ... " les Roms à Auschwitz ... "

 

" Votre projet, on n'en veut pas " ...

Mais comment en arrive-t-on là ...  Petit à petit ...  Paroles et bribes ...  Inconséquences et incompétences ...  De quoi se nourrit la colère ...

La colère ...  Sur quoi fonde-t-elle sa légitimité, et, comment les élus perdent-ils, cahin-caha, chemin faisant, comment les élus perdent-ils finalement la leur. Leur légitimité. Et la république avec.

Avant que d'autres,  tout fraichement légitimés s'en viennent, plein de fougue et sans complexe, équarrir, pour de bon,  la moribonde qu'a trop trainé à s'aménager ...

Des aveugles conduisent le pays. Et ce à toutes les strates du pouvoir, à tous les niveaux, et, tout un chacun s'éveille un peu plus chaque jour à cette terrible réalité.

Questions en vrac :  pourquoi ne pas avoir averti ces populations du projet d'installation de populations Roms, bien en amont de l'aboutissement du projet d'installation, dont ils découvrent, soudain, comme au détour d'un virage, d'une réunion dite-d'information, presque incidemment, l'imminence.

Pourquoi ne pas avoir proposé des réunions d'explications,  de concertations où toutes les parties, et, pourquoi pas des représentants des communautés Roms, seraient présentes.

Pourquoi n'avoir pas tenté l'entente ... !?

Pourquoi laisser aller ainsi cette politique à l'égard des Roms sans concertation aucune quant à la prise des décisions définitives ... Décisions définitives qui gagneraient à ne pas apparaitre comme des diktats, des faits du prince, du marquis, du baron local.  Et auxquelles tout un chacun et tous en groupe, et en comité de quartier, sont parfaitement à même de proposer des solutions viables et équilibrées. Et, inventives.

Ces municipalités, qui sentent bien que ce n'est pas gagné,  qui feignent d'ignorer ce qu'elles mettent en place, et provoquent, voulant s'épargner critiques légitimes et éclairage médiatique toujours déplaisant, craignant maintenant, au fur et à mesure qu'elles prennent  conscience de la nature et de la portée de la réalité de la question Rom, craignant d'être présentées comme stigmatisant ces populations - Roms, en agissant de la sorte, ces municipalités se dédouanent  à bon-compte du poids de leurs responsabilités, et, ce faisant,  les font endosser à leurs administrés,  dont, faut-il néanmoins le rappeler, la majorité sont leurs électeurs ... 

Pourquoi ainsi se laisser aller, en dramatisant encore l'information par une théâtralisation, voulue à la hauteur de son importance-affichée, puisqu’elle requiert la présence du premier magistrat de la ville, fort entouré et devant sa tribune et tout son conseil,  à stigmatiser ses propres administrés,  et, qui-plus-est, électeurs,  en ne leur laissant pas, connaissant la nature des relations qu'entretiennent avec cette communauté en souffrance, désignée du doigt de la flétrissure publique et politique, somme toute donc flétrissure et opprobre à portée morale, de nombreux français perméables aux discours sous-fascistes  constamment distillés et tenus par des politiques, auxquels ils sont, par la force des choses,  acquis, ne leur laissant, donc,  pas d'autres choix que de tempêter, de s'insurger, d'insulter, et, d'une façon dont il était aisément prévisible de penser qu'elle serait vive, et, finalement complétement déplacée,  insupportable, incontrôlée et incontrôlable. Coupable  - ce qui sera finalement retenue, contre eux ! - .

Quel autre intérêt sinon celui du court, du très court terme, pour un élu d'ainsi procéder, comme le dos au mur - de son incompétence pédagogique à l'égard de ses administrés -  comme à tâtons, à l'aveugle, et de risquer d’accélérer l'inquiétant  processus à l’œuvre et qui scinde ce pays en deux entités, dont l'une très vindicative.

On peut faire confiance au malheur pour se répandre ...

 

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