Une lettre de Sivens à la FNSEA

J'ai reçu cette lettre écrite par Mireille Couloudou, citoyenne... Je vous la livre.

A Sivens, un jeune homme s'est fait tuer. Partout en France, des gens se réunissent en hommage à Rémi. A l'étranger également. Et là, dans le journal local, tout contre l'article qui revient sur ce drame honteux, une déclaration, plutôt une menace, de Xavier Beulin, patron de la FNSEA. Comme j'aimerais avoir en face de moi cette personne et lui dire ceci : Vous déclarez : "je n'ai qu'à lever le petit doigt pour mobiliser 3.000 ou 4.000 agriculteurs sur le site". Lever le petit doigt, comme vous y allez, Monsieur Beulin ! Mais qui sont donc ces gens qui se mobilisent lorsque vous "levez le petit doigt" ? Ne se sentent-ils pas humiliés lorsque vous parlez ainsi ? N'ont-ils pas l'impression que vous les prenez pour quelques pauvres animaux domestiques maltraités, habitués à obéir.... au doigt et à l'oeil ? J'entends aussi dire que ces zadistes qui occupent le site du Testet ne sont qu'une bande de gens à la dérive, des fainéants, des bons à rien, vivant à coup de RSA et s'en trouvant très bien. Au crochet de ceux qui paient des impôts et des charges sociales, ceux qui travaillent, quoi ! Je voudrais éclaircir deux points : 1°/ Monsieur Beulin, pourriez-vous nous préciser combien de ces agriculteurs qui vous sont si fidèles seraient obligés de cesser leur activité s'il n'y avait pas les subventions pour leur permettre de s'en sortir ? Et ces subventions, tombent-elles du ciel ? Est-ce que cet argent ne viendrait pas plutôt de ce qui est versé dans d'innombrables tonneaux des danaïdes par les citoyens imposables ? Qui vous dit, Monsieur Beulin, que les citoyens en question ne préfèrent pas voir leur argent servir à la survie de tous ces gens courageux qui défendent la Terre plutôt qu'à arrondir les revenus de ceux qui la massacrent à coup de pesticides ; à ceux qui se battent pour sauver la Vie plutôt qu'à ceux à qui nous devons tant de ces maladies dont, au demeurant, ils meurent eux aussi. L'Europe, c'est nous, Mr Beulin, c'est aussi notre argent qui est versé aux grands agriculteurs, aux grands éleveurs, tandis que les seuils planchers sont là pour exclure des subventions, et donc éliminer, les petits éleveurs, les petits agriculteurs, apiculteurs, viticulteurs. Ceux à qui bien souvent revient l'honneur d'élever dignement leurs bêtes, de cultiver avec respect leurs terres.... et de ne pas empoisonner leurs congénères. > 2°/ Vous trouvez sans doute que les violences policières ne sont pas allées assez loin (voilà encore l'argent des contribuables à nouveau détourné : ceux que nous payons pour nous protéger protègent en réalité les intérêts privés. Quant à nous, ils nous matraquent, nous gazent, utilisent leurs flashballs. Et pire encore hélàs !). Non, ça ne vous suffit pas : vous voulez ajouter 3 à 4.000 de vos esclaves, ceux qui obéissent lorsque vous levez le petit doigt ! Croyez-vous vraiment que votre menace puisse faire s'échapper ceux qui défendent le Testet ?
Alors, c'est que vous les connaissez bien mal ! Oui, la peur existe, mais on apprend à la gérer. Après le meurtre de Rémi, j'ai vu arriver des gens qui ont monté leurs tentes sur cette sinistre zone de terre morte, sur ce poste avancé. Ils l'ont fait calmement, avec détermination. Et s'il en était besoin, ne vous y trompez pas, Mr Beulin, il en viendrait des quatre coins de France. Il en viendrait d'autres pays aussi. La solidarité du coeur et de l'esprit est bien plus puissante et fidèle que celle du fric. Leur lutte est belle, Mr Beulin. Elle restera gravée dans nos mémoires en lettres couleur d'arc en ciel. Tous se battent pour sauver la Terre tant qu'il en est encore temps ; pour qu'une Vie qui vaille la peine d'être vécue envahisse notre planète encore merveilleuse. Et même si cette lutte devait parfois s'interrompre, ici, ou là, pour quelques jours, pour quelques mois, elle jaillirait à nouveau de plus belle, ici, ailleurs, plus tard, bientôt, partout, encore plus forte, encore plus lumineuse. Ce qui est en marche, rien ne pourra l'arrêter.

Mireille Couloudou

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.