La BD au cinéma au Festival Passeurs de lumière

Dessinateurs et scénaristes crèvent l’écran
La BD au cinéma, tel est le thème de la deuxième édition du Festival Passeur de lumière du vendredi 14 mai au dimanche 16 mai à Moëlan-sur-Mer et Quimperlé dans le Sud-Finistère. Cette manifestation mantient le cap de la qualité et de la critique des images avec diverses projections, débats, expositions, un salon BD et DVD, et la présence de plusieurs dessinateurs, scénaristes et cinéastes. Invités également, des sites internet d’information pour leur traitement différent de l’actualité.
Après “le polar au cinéma” pour la première édition en 2009 qui avait été très appréciée pour la haute tenue de sa programmation et de ses débats, c’est celui de “la BD au cinéma” qui est celui de la deuxième. Le Festival Passeurs de lumière fait la part belle aux dessinateurs et scénaristes dans une grande proximité avec le public. Parmi eux Fabien Lacaf, storybordeur du film “Chateaubriand” projeté en ouverture vendredi soir 14 mai en présence aussi du réalisateur Pierre Aknine au cinéma Le Kerfany à Moëlan-sur-Mer. Ce cinéaste a notamment été récompensé pour son film “Jean Moulin, une affaire française”. Fabien Lacaf, dont des storyboards font l’objet d’une exposition au lycée de Kerneuzec à Quimperlé, est aussi l’invité de “Paroles d’artistes” au château de Kerminaouët à Trégunc, samedi soir. L’association, qui propose des rendez-vous toute l’année à Pont-Aven, poursuit son aventure avec le Festival.
Cette année la Médiathèque de Quimperlé s’est associée à l’événement et la jeunesse, qui est une des cibles du festival au travers de plusieurs actions en amont également, est conviée à une animation originale. Un conte polar pariétal intitulé “Hourvari” avec Joe G. Pinelli et Alain Goutal qui transportent les spectateurs 20 000 ans en arrière lorsque, « hommes de Cro-Magnon et de Néandertal vivaient ensemble ». Joe Pinelli est un auteur majeur de la bande dessinée indépendante notamment connu pour deux trilogies (Le passage de la dinde sauvage). C’est aussi un adepte reconnu du décryptage ou projection commentée. Le samedi à 14 h 30 L’Ellipse, l’espace culturel de Moëlan où se déroule la plus grande partie de festival, c’est “L’armoire volante”, un film de Carlo Rim avec Fernandel et Pauline Carton qui sera l’objet de cette nouvelle animation que le festival proposera au public chaque année. Assurément un temps fort à ne pas rater !
Alain Goutal est de son côté présent tout au long du festival. Auteur de BD, illustrateur, dessinateur de presse, affichiste, créateur de clips télé, d’expositions, animateur d’ateliers d’écriture… il propose une « expo/vidéo “overbloguée” : un année sur le blog très politiquement incorrect d’Alain Goutal ». En continu à L’Ellipse où il est aussi présent aux débats et au salon. Il participe par ailleurs à la rencontre avec Paroles d’artistes. Le documentaire que lui a consacré le cinéaste Michel Dupuy est visible dans “Films à la carte”, c’est-à-dire des films à la disposition du public les samedi et dimanche. Michel Dupuy, notamment réputé pour ses séries “Terres d’écrivains” et “Terres de peintres”, est le créateur, président et directeur artistique du Festival Passeurs de lumière.
Rendez-vous avec Jean-François Laguionie…
Un autre temps fort du festival, samedi après-midi, est le débat animé par le journaliste Hervé Claude, “J’ai rendez-vous avec”, Jean-François Laguionie. Son film, “L’Ile de Black Mor” est projeté le samedi soir au cinéma Le Kerfany. Ce qui est suivi d’un débat avec aussi le storyboardeur Bruno Le Floc’h. Jean-François Laguionie est venu au cinéma d’animation après sa rencontre avec Paul Grimault. Il est aussi l’auteur du long-métrage “Le château des singes” (visible dans Films à la carte) et a obtenu la Palme d’or du court-métrage au Festival de Cannes 1978 pour “La traversée de l’Atlantique à la rame”.
Bruno Le Floc’h est présent tout au long de la manifestation dans les débats et au salon BD et DVD, sans compter l’exposition de ses storyboards dans les bibliothèques Moëlan-sur-Mer, Arzano et Querrien sur le territoire de la Communauté de commune de Quimperlé (Cocopaq, qui est le principal partenaire et soutien du Festival). L’artiste qui a travaillé sur les dessins animés avec Jean-François Laguionie se consacre aussi à la BD.
Autre présence de marque au Festival, celle du peintre-réalisateur Michaël Gaumnitz avec les projections suivies d’un débat le dimanche de “Paul Klee, le silence de l’ange” et “1946, automne allemand” d’après le reportage du journaliste et écrivain suédois Stig Dagerman dans l’Allemagne en ruines.
Le dessinateur Emmanuel Le Page qui est l’auteur de la très belle affiche du Festival est aussi présent tandis qu’une exposition lui est consacrée à la Maison des Archers dans le vieux quartier historique de la basse-ville de Quimperlé, du 1er au 31 mai avec 39 illustrations originales. Superbe ! Auteur complet, il est notamment fameux pour son diptyque Muchacho sur l’histoire d’un jeune séminariste au Nicaragua et salué par de nombreux prix.
… et Tintin !
Parmi les autres invités, le Festival s’honore de la venue, tout au long du week-end, de Jean-Pierre Talbot le seul à avoir incarné le personnage de Tintin à l’écran. Le film “Tintin et le mystère de la Toison d’or” est projeté le dimanche matin avant un débat avec l’acteur. Plutôt sympa !
Tintin au cinéma (de Buster Keaton à Spielberg) est aussi l’objet d’une conférence/diaporama animée par Jean-Claude Chemin qui se tient avant le festival proprement dit, lundi 10 mai à 16 h 00 et à 20 h 00 à l’auditorium du lycée de Kerneuzec. Une autre conférence/débat à lieu, cette fois le dimanche 16 mai à L’Ellipse. Le thème en est “le Comix américain au cinéma” par David Darras.
En avant-première, les spectateurs peuvent découvrir le film que le réalisateur Christian Lejalé a consacré à François Bourgeon l’auteur des célèbres albums “Les passagers du vent”. Un nouveau film intégrant une partie d’un premier documentaire qu’il lui avait consacré il y a vingt ans.
La BD pas sage comme une image… et l’info sur Internet non plus
Le festival entend aiguiser l’esprit critique, non sans humour comme en témoigne l’intitulé du débat “la BD pas sage comme une image” le samedi après-midi avec « la participation très dissipée de quelques hommes d’images iconoclastes ».
Autre débat à suivre sur les chemins de traverse, en allant à la rencontre des nouvelles images d’Internet avec les sites d’information mediapart.fr, bakchich.info et nonfiction.fr à qui le festival offre une tribune.
Comme lors de la première édition et pour d’autres débats, il a lieu dans un décor de cinéma. L’an dernier le décorateur Pierre Kerhervé a reconstitué le bureau d’un détective privé digne d’un bon vieux film noir. Cette fois, c’est de la prison où Lucky Luke conduit immanquablement les Dalton que les idées font leur évasion. Une ambiance plateau de tournage avec un vrai tournage puisque les débats sont filmés.
Le festival a engagé diverses interventions dans les écoles. C’est “L’école des images” : « Apprendre à écrire des images c’est apprendre à s’approprier le monde en le voyant ». Certaines de ces actions sont présentées au public. C’est le cas notamment d’un film, “Du rififi à gogo” réalisé par des enfants de l’école primaire de Kermoulin à Moëlan. Et aussi du “Storyboard photo” de l’école primaire du Trévoux ou la conception d’une « histoire qui s’appuie sur des images arrêtées » avant dans un deuxième temps d’aborder le « mouvement afin de lui donner, au sens étymologique du terme, du sens : cinématographie (écrire le mouvement) », écrit Michel Dupuy.
Côté jeunesse, citons aussi “Le mur du son” où « les enfants reconstituent en images des sons empruntés au cinéma ». Des animations qui prolongent le travail réalisé durant l’année scolaire (l’Ecole des images) avec la participation des “Bédéastes imageurs”.
En prélude et pendant le festival, Le cinéma Le Kerfany est aussi un lieu idéal pour voir ou revoir sur grand écran des classiques tirés ou inspirés de la BD comme, outre ceux déjà cités : Spiderman 2 de Sam Raimi (2004), Watchmen – Les Gardiens de Zac Snyder (2009), Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat (2001), Sin City de R. Rodriguez, F. Miller et Q. Tarantino (2005), Batman returns de Tim Burton (1989), The Mask de Chuck Russel (1994), Dick Tracy de Warren Beatty (1990), Renaissance de Christian Volckman (2006). Le cinéma de Quimperlé projetant le 11 mai, Immortel (ad vitam) de Enki Bilal (2002).
Jolie démarche que celle de ce festival respectueux d’un public qui risque pas de s’ennuyer plus de 24 images par seconde.
Pierre Jambou
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