les Bluets à L'Agence Régionale de Santé. Compte-rendu

Mercredi 19 juin, La Maternité des Lilas et les Bluets sont allés manifester devant l’Agence Régionale de Santé (A.R.S.). Confrontés tous deux à des difficultés financières mais aussi et surtout à des conditions de travail de plus en plus difficile compte tenu des objectifs qui sont fixés par la tutelle, chaque établissement était venu trouver des réponses à ses questions. Comme prévu, une délégation composé de membres du personnel, des syndicats et des comités de soutiens des deux établissements a été reçue par un groupe de responsables de l’A.R.S. L’entrée de la délégation dans l’enceinte de l’A.R.S. A donné lieu à quelques bousculades avec les forces de l’ordre, quand l’ensemble du cortège a tenté de nous emboiter le pas. Fort heureusement, la situation n’a pas dégénérée.

Une délégation est reçue

En premier lieu, il nous faut reconnaître que la composition du groupe qui nous a reçu était cohérente par rapport aux sujets que nous avions à traiter. Il comprenait notamment Anne-Marie Armanteras (Responsable du Pôle Etablissements de Santé) et Gilles Echardour (Responsables de la délégation territoriale de Paris, qui a en d’autres temps contribué à faciliter la réalisation du déménagement dans les nouveaux Bluets).

Après le traditionnel tour de table, et après que nous ayons remis les 3000 signatures à Mme Armanteras (merci encore à tous nos soutiens, qui ont signé et relayé sans relâche l’information), chacun des membres de la délégation a été invité à exposer ses arguments. Les représentants des Bluets et des Lilas ont interrogé les représentants de l’A.R.S par rapport à la menace exercée par l’Agence sur la survie de chacun des établissements.
Rappelons pour mémoire que les Lilas sont toujours en attente du déblocage du projet de reconstruction et survit douloureusement, dans l’attente de ce déblocage, dans ses anciens locaux. Je ne détaillerai pas plus dans cet article ce qui est relatif aux Lilas dans la mesure où ils sont plus qualifiés que moi pour exposer plus en détail sur leurs pages la situation qui est la leur (et nous le relayerons, bien évidemment).

Les efforts et la récompense (son absence, plutôt)

En ce qui concerne les Bluets, nous avons fait part de nos inquiétudes quant au risque de cessation de paiement, et renouvelé notre volonté de défendre la naissance à visage humain. Elisabeth Gault, Pédiatre aux Bluets, a fort opportunément rappelé le sentiment d’incompréhension et de découragement qui a saisi le personnel des Bluets face à l’interruption de versements promis par l’A.R.S.

Rappelons que la mission d’appui mise en place il y a un an par l’agence elle-même avait abouti à une liste de 67 points sur lesquels la nouvelle direction des Bluets devrait travailler pour transformer le fonctionnement. En échange, l’A.R.S. s’engageait à verser 4 millions d’Euros pour soutenir cet effort de transformation. Or, après un premier versement de 1,2 millions, l’Agence a suspendu tout versement malgré le respect de la feuille de route, entrainant le risque de cessation de paiement.

Sur ce point, Mme Armanteras nous a répondu avec la plus grande fermeté qu’il n’a jamais été envisagé de laisser les Bluets arriver jusqu’à une procédure judiciaire aboutissant à une cessation de paiement, ce qui pourrait paraître rassurant. Pour autant, cette déclaration ne signifie aucunement que les versements reprendront, quand bien même tous les rapports demandés seraient sur la table de l’Agence.

© Biz (image originellement publiée sur le Post)© Biz (image originellement publiée sur le Post)

Les seules actions de l’Agence Régionale de Santé pour éviter la cessation de paiement sont : une garantie de Claude Evin auprès de la Caisse d’Epargne (banque des Bluets et de la majorité des établissements hospitaliers), et une injonction à l’Hôpital Trousseau d’accepter un étalement de la facture en cours. Autant dire qu’en dépit d’un redressement spectaculaire amorcé depuis un an grâce aux efforts des équipes, aucune solution pérenne n’est pour le moment sur la table.

L'argument du loyer

Pire, arguant des mesures de soutien citées plus haut (qui ne leur coûtent pas un centime, faut-il le rappeler), Mme Armanteras affirme que l’Etat, représenté ici par l’Agence, ne peut être tenue pour responsable des difficultés des Bluets et ose même rejeter la responsabilité sur l’Union Fraternelle des Métallurgistes, propriétaire des murs, au motif que le loyer, payé par l’Etat, serait trop élevé. Par un raccourci dont elle a le secret, Mme Armanteras a dit tout en nous disant de ne pas le répéter, je cite, « que l’Agence finance indirectement la CGT » ! Sur ce dernier point, le contraste entre le ton volontairement posé et l’argument frise la provocation. L’auteur de ces lignes n’ayant aucun lien avec la CGT (je suis parent, et Président de l'association Touche pas aux Bluets), je me suis senti particulièrement à l’aise pour lui renvoyer l’argument, très fraichement accueilli, selon lequel le loyer de l’UFM, qui est jusqu’à plus ample informé tout à fait dans les normes et même plus (voir ci-dessous), surtout si on le compare aux montants payés par l’Etat en matière de Partenariats Public-Privé (P.P.P.), dans le secteur de la santé et ailleurs.

Etant donné que cet argument du loyer était le point central des injonctions de l’ARS à notre égard, qu’il me soit permis d’apporter quelques précisions factuelles, tout de même. Primo, le loyer en question a été négocié en 2006 entre l’Association Ambroise Croizat (gestionnaire des Bluets), l’U.F.M. Et l’Agence Régionale Hospitalière (A.R.H., ancêtre de l’actuelle A.R.S.), ce qui rend curieux l’idée que la tutelle remette en question son montant, qui représente encore aujourd’hui un prix inférieur au loyer moyen à Paris pour ce type d’équipement.Rappelons que le loyer négocié en 2006 entre toutes les parties n’a connu d’autres revalorisations que celui de l’indice annuel de la construction, comme pour n’importe quel loyer. Me livrant à un rapide calcul, en prenant comme base les 8402m2 des Bluets, on arrive à environ 9,90€/m2, autant dire un tarif de logement social (pour un appartement HLM de 30m2 par exemple, cela représenterait un loyer mensuel de 300€/mois quand n’importe quel studio de cette taille se loue avec beaucoup de chance au-dessus de 700€. Et ce que Mme Armanteras omet dans son argumentaire, c’est que l’U.F.M. a investi 9 millions dans cette opération, ce qui rend curieux l’argument selon lequel l’Etat a financé en totalité l’investissement aux Bluets !

A titre de comparaison, l’Etat paie à Eiffage 46 millions d’Euros/an pour l’hôpital d’Evry, pour une surface de 110 000m2, soit 35€/m2, cherchez l’erreur! Et si l’on en croit l’article suivant ("L'hôpital d'Evry est un fiasco", par son ancien directeur), il semblerait qu’à ce prix-là, l’établissement fonctionne par-dessus le marché incomparablement plus mal que les Bluets ! Cela devait être dit.

"Le monde a changé"

Au final, nous sommes ressortis avec finalement pour seule certitude :

  • que l’ARS n’a pas pour intention affichée de laisser pourrir la situation jusqu’à une cessation de paiement,
  • que l’Agence ne condamne ni le principe des Maternités de niveau 1, ni le modèle spécifique des Bluets ou des Lilas.

Pour autant, nous n’avons obtenu aucune réponse sur un versement à venir des 2,8 millions d’Euros restant sur les quatre millions promis. Quant aux Lilas, et malgré la promesse orale renouvelée il y a deux jours par la ministre Marisol Touraine, ils se sont vus opposer un refus net quant à la reprise du projet de construction des nouveaux Lilas, que l’Agence avait pourtant validé auparavant ! L’argument avancé est: « le monde a changé ». Outre le sens de la phrase, qui n’est qu’un euphémisme de « les caisses sont vides », on ne peut qu’être irrités par le caractère condescendant de la formulation, les représentants des Bluets et des Lilas n’ayant visiblement pas l’intelligence ou la lucidité nécessaire pour s’en rendre compte, puisqu'ils vivent semble-t-il dans le vase clos de leurs illusions.

Un bilan mitigé donc, avec le sentiment que tout reste à faire. Reste cette désagréable impression d’avoir été considéré comme des idéalistes un peu immatures, présentant des difficultés à accepter le monde tel qu’il est. Mais sur ce point, j’aimerais leur donner raison : innover, être en avance, proposer des alternatives, c’est ce que les les Lilas et les Bluets font respectivement depuis 50 et 60 ans. Alors tout en nous situant résolument dans une démarche constructive vis-à-vis des tutelles afin de regagner des marges de manoeuvre, nous continuerons inlassablement à refuser le dogme du « mieux que rien », pour porter haut nos convictions et affirmer qu’un autre monde est possible : c’est un combat qui concerne tous les domaines de la vie, et ça commence par la naissance.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.