Pierre jourlin
Maître de conférences en informatique à Avignon
Abonné·e de Mediapart

14 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 avr. 2018

Fermeture de l'Université d'Avignon

Communiqué de presse d'enseignant.e.s de l'Université d'Avignon mobilisé.e.s.

Pierre jourlin
Maître de conférences en informatique à Avignon
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Merci Président !

Mercredi 18 avril s’est tenue une Assemblée générale des étudiant.e.s de l’université d’Avignon mobilisé.e.s contre la loi ORE qui a voté l’occupation temporaire d’un amphithéâtre inoccupé pour préparer la manifestation interprofessionnelle du 19 avril.

Suite à cette décision, la Présidence a publié un arrêté de fermeture administrative de l’ensemble des sites de l’Université. Cette réaction totalement disproportionnée et excessive contraste avec la modération des débats auxquels nous avons assistés. Cela témoigne une fois de plus des manières autoritaires dont la présidence de l’université est coutumière.

Depuis plusieurs mois, une partie des équipes enseignantes alerte la présidence sur la précipitation de cette réforme, l’insuffisance des moyens qui lui sont consacrés et l’impossibilité de débattre des enjeux soulevés par celle-ci quant aux missions de l’Université.

N’est-ce pas le rôle de nos collègues de l’équipe présidentielle de se faire le relais des inquiétudes légitimes de la communauté universitaire qui éprouve quotidiennement le démantèlement du service public au profit d’une mise en concurrence des établissements d’enseignement supérieur ?

A l’heure où les services administratifs sont à pied d’œuvre pour préparer la rentrée prochaine, à l’heure où les collègues s’investissent dans les procédures de recrutement des futurs enseignants dont certaines équipes ont cruellement besoin, à l’heure où les équipes pédagogiques prennent la mesure des dernières restrictions budgétaires (obligation de réduire d’au moins 10% le volume horaire de toute l’offre de formation), tout cela sans compter la nécessité de terminer les cours, d’organiser les évaluations et les jurys, le Président nous offre deux jours de vacances supplémentaires.

Qui bloque l’université ? Qui n’assume pas ses responsabilités ? Qui se moque de la continuité du service public ? Qui accepte de traiter à la va vite les dossiers des lycéens ?

A ces questions, une seule réponse : l’équipe présidentielle. Et certainement pas les étudiant.e.s mobilisé.e.s qui occupent pacifiquement l’amphithéâtre 2.

Nous souhaitons apporter tout notre soutien aux étudiant.e.s mobilisé.e.s et occupant.e.s et demandons à la Présidence de faire preuve d’autant de modération qu’en ont fait preuve les étudiant.e.s jusqu’à présent. Tout appel aux forces de l’ordre semble aujourd’hui complètement disproportionné et ne pourra que créer des tensions inutiles.

Présentée comme inévitable, essentiellement technique et pragmatique mais surtout seule solution pour mettre fin à l’injustice du tirage au sort mis en place par APB, cette réforme est en réalité un projet politique qui choisit de trier les étudiants au lieu de les accueillir dans l’enseignement supérieur public. La pression démographique étudiante est une donnée qui pouvait être largement anticipée. Les gouvernements successifs ont choisi de l’ignorer dans un souci de rationalisation des coûts très largement accentué par le mouvement d’autonomie des universités engagé il y a plus de 10 ans.

Cette réforme ne résout aucun des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Elle montre du doigt l’université, là où c’est l’intégralité de l’enseignement supérieur qui est à repenser. Il demeure profondément inégalitaire parce que partagé entre des formations élitistes sur-dotées et des universités de plus en plus paupérisées. Il n’offre pas les formations professionnelles pour les lycéens titulaires de bac professionnels et techniques ou de manière trop inégale sur le territoire.

Commençons par là. Offrons de vraies chances à tous les lycéens, quels qu’ils soient, avant de leur fermer les portes de l’université. Derrière ce que l’on présente comme l’échec à l’université, il y a des individus qui peuvent y trouver leur place alors que ce n’était pas évident, qui peuvent se réorienter et trouver leurs voies, qui murissent leur projet et surtout se construisent comme des citoyens critiques. Là se trouvent nos missions d’enseignant-chercheur.

Des enseignant.e.s de l'Université d'Avignon mobilisé.e.s.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Nouvelle-Calédonie : la faute d’Emmanuel Macron
En maintenant le troisième référendum d’autodétermination le 12 décembre, malgré la crise sanitaire et politique qui frappe l’archipel, le président de la République déchire un contrat signé il y a trente ans. Le processus de décolonisation va se conclure en l’absence du peuple colonisé. Une aberration politique aux lendemains dangereux.
par Ellen Salvi
Journal — France
Affaire Tapie : radiographie d’une escroquerie au cœur de l’État
Mediapart publie l’intégralité de l'arrêt de la cour d’appel de Paris qui décrypte la mécanique de l’escroquerie ayant permis à Bernard Tapie d’empocher frauduleusement 403 millions d’euros. Les magistrats résument le scandale d’une formule choc : « Les intérêts de M. Tapie étaient pris en considération au plus haut niveau de l’État. »
par Laurent Mauduit
Journal — International
Paris et Rome s’accordent a minima pour peser dans l’après-Merkel européen
Emmanuel Macron et Mario Draghi ont conclu un traité pour tourner la page des années de tensions entre la France et l’Italie. Une façon aussi, pour le président de la République, de se rapprocher d’un homme bien plus influent que lui sur la scène européenne.
par Ludovic Lamant et Ellen Salvi
Journal — International
Des deux côtés de la Manche : la politique du blâme
Londres et Paris se renvoient la responsabilité à la suite du naufrage qui a coûté la vie à 27 demandeurs d’asile le 24 novembre. Après une lettre que Boris Johnson a adressée à Emmanuel Macron et publiée sur Twitter, le gouvernement français a désinvité la ministre de l’intérieur britannique lors des pourparlers européens prévus à Calais ce dimanche.
par Marie Billon