Non à l’augmentation des frais d’inscription à l’université !

Communiqué de SUD Éducation 44 - Université de Nantes.

Quelle que soit la nationalité des étudiant.e.s :

Non à l’augmentation des frais d’inscription à l’université !

Le 19 novembre 2018, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé à l’occasion des Rencontres universitaires de la francophonie la volonté de son gouvernement d’augmenter les droits d’inscription des étudiant.es étrangers extracommunautaires (hors Union Européenne) dès la prochaine rentrée universitaire. Pour les étudiant.es concerné.es, les frais d’inscription passeraient de 170€/an à 2770€/an en licence, de 243€/an à 3770€/an en master et de 380€/an à 3770€/an en doctorat. Comme d’habitude dans le discours libéral, cette augmentation des frais d’inscription serait un gage de la qualité des formations proposées par l’enseignement supérieur français et permettrait d’attirer davantage d’étudiant.es étranger.es.

De l’immigration choisie à la préférence nationale : « bienvenue en France » !

Sous l’intitulé abject « Bienvenue en France », le gouvernement fait ainsi le choix de l’immigration choisie. Cette pente n’est pas nouvelle, et rappelle les sombres discussions au moment de l’adoption d’une carte de séjour « compétence et talents » sous N. Sarkozy et B. Hortefeux. Bien loin des discours de campagne humanistes sur les « migrants », le gouvernement d’E. Macron entérine une politique de l’immigration sélective et l’étend au sein des universités, domaine que ses prédécesseurs, y compris des plus à droite, n’avaient pas encore touché. Or, comme le souligne la journaliste du Monde Maryline Baumard, cette stratégie a ses « laissé-pour-compte » : les étudiant.es africain.es qui représentent 45% des étudiant.es étrange.res présent.es en France. Ces mesures auraient pour objet, selon elle, de « faire le ménage dans le groupe de ceux qui viennent traditionnellement et qu’on accueille davantage en sciences humaines que dans les disciplines scientifiques à haut potentiel ». L’exécutif vise d’ailleurs une certaine immigration : « Etudiants indiens, russes, chinois seront plus nombreux et devront l’être », déclarait en effet Emmanuel Macron devant l’Institut de France le 20 mars 20181.

Si le gouvernement annonce qu’il proposera des mesures visant à faciliter l’obtention de visas étudiants ou encore le renouvellement des titres de séjour, il est clair que ces frais d’inscription colossaux formeront une barrière infranchissable pour un grand nombre d’étudiant.es étranger.es. À l’heure où un certain nombre d’universités, comme Nantes, ont permis l’année dernière l’inscription de migrant.es dans leurs cursus facilitant l’obtention d’un titre de séjour, on est en droit de se demander si cette augmentation des frais d’inscription ne s’inscrit pas dans la politique zélée de la réduction des flux migratoires et des reconduites à la frontière conduite par le gouvernement. Quelle surprise d’entendre le premier ministre justifier cette discrimination par un discours que ne renierait pas le Rassemblement National de Marine Le Pen : « Un étudiant étranger fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années. C’est injuste ».

Hausse des frais d’inscription : tou.tes concerné.es rapidement

Par ailleurs et au-delà de l’impérieuse dénonciation de cette première annonce, nous sommes tou.tes concerné.es par cette augmentation des frais d’inscription. En effet au moment où la présidente de la Conférence des grandes écoles, Anne-Lucie Wack, plaide pour une augmentation des frais d’inscription au prétexte que la « quasi-gratuité du système français nuit à sa bonne image », il est évident que cette première annonce sert à préparer l’opinion à une augmentation généralisée des frais d’inscription. Une fois obtenue cette augmentation des frais d’inscription pour les étudiant.es les plus vulnérables, il sera plus facile pour le gouvernement de faire admettre une augmentation des frais d’inscription pour l’ensemble de la population étudiante. Or c’est exactement ce qui s’est passé au Royaume-Uni où l’augmentation portant sur les étudiant.es étranger.es a servi de prélude à la hausse pour l’ensemble des étudiant.es, jusqu’à atteindre les prix prohibitifs que l’on connaît aujourd’hui.

C’est donc tout sauf un hasard de calendrier si fuite inopinément aujourd’hui dans la presse un discret rapport de la cour de comptes qui préconise une augmentation des droits d’inscription pour tou.te.s2. Cette stratégie n’a en fait rien de nouvelle comme le révèle une tribune de Libération qui rappelle que ce projet, éventé par les « Macronleaks », était déjà dans les valises d’Emmanuel Macron au moment de sa candidature présidentielle : l’objectif de moyen terme est de tendre vers 4 000 à 8 000 euros pour la Licence et jusqu’à 10 000 euros pour le master3. Comme par magie, les président.e.s d’universités devenues « autonomes » (dans la gestion locale de la misère budgétaire) par la LRU en 2007 et depuis étranglées financièrement par les dotations insuffisantes de l’État, n’auront pas d’autre choix que de se tourner vers la solution « naturelle » de l’augmentation des frais d’inscription. À terme, il s’agit aussi d’offrir sur un plateau aux banques le très lucratif marché du crédit étudiant pour financer ces frais d’inscription, marché dont on sait pourtant qu’il constitue aux États-Unis une bombe à retardement plus grande que la crise des subprimes4.

Agir ensemble dès à présent !

Après Parcoursup qui instaure une sélection en L1, il faut tout faire pour résister à cette nouvelle attaque contre ce qui ne sera bientôt plus le service public d’enseignement et de recherche. Pour cela, SUD-Éducation vous propose :

- de signer cette pétition nationale : https://www.change.org/p/edouard-philippe-non-%C3%A0-l-augmentation-des-frais-d-inscription-pour-les-%C3%A9tudiant-e-s-%C3%A9tranger-e-s

- d’informer les collègues dans vos départements et UFR de l’université de Nantes, et d'y proposer aux votes des motions dénonçant cette annonce scandaleuse et discriminatoire qui touchera de plein fouet les étudiant.e.s en Licence et en Master qui sont aujourd’hui en face de nous dans nos salles et nos amphis, et les étudiants en Doctorat qui travaillent au quotidien dans nos laboratoires de recherche. Nous pousserons ainsi la présidence de l’université, si prompte à nous rappeler son supposé « humanisme » tout comme la nécessité « d’internationaliser nos formations » à prendre position sur cette question.

Pour une université publique, gratuite, laïque et émancipatoire !

1 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/11/19/les-etudiants-africains-laisses-pour-compte-de-la-nouvelle-strategie-universitaire-francaise_5385458_3212.html

2 https://www.lemonde.fr/education/article/2018/11/21/la-cour-des-comptes-envisage-une-augmentation-des-droits-d-inscription-a-l-universite_5386241_1473685.html

3 https://www.liberation.fr/debats/2018/11/20/vers-des-etudes-payantes-pour-tous_1693144

4 https://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/NEWFIELD/48135

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