Un lycéen du sud de la Drôme ne peut pas venir faire ses études à Avignon

La réponse d'une collègue à un étudiant classé 724ème sur 877 pour la licence AES de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse. A l'heure où les entreprises françaises ont la possibilité de faire de l'optimisation fiscale à l'autre bout de la terre, un lycéen du sud de la Drôme ne peut pas venir faire ses études à Avignon malgré sa motivation...

Bonjour Madame Marchand,

Je me permets de vous contacter suite à notre discussion lors du forum Rencontres Après-Bac à la Faculté d'Avignon le samedi 20 janvier 2018. Vous m'aviez conseillé de vous contacter si mon classement sur liste d'attente était insatisfaisant. En effet, celui-ci ne correspond pas à mes attentes (724ème sur 877) ; mon domicile étant situé dans le sud-Drôme (1h d’Avignon) représente peut-être un frein à ma candidature. Je présente un réel intérêt à intégrer votre licence AES, notamment parce que vous proposez la mention Science Politique et Europe. Pourriez-vous me conseiller sur la démarche que je dois entreprendre, ou éventuellement me permettre de vous rencontrer pour un nouvel entretien ?

Je souhaite vous exposer plus en détail ma candidature et mon plan de carrière. Par ailleurs, si besoin, je peux vous transmettre une copie de mon dossier scolaire.

Je vous remercie par avance pour votre aide.

Cordialement,

XXXX.

Bonjour M,

Je me souviens de vous et de nos échanges lors du forum post bac de janvier. Au moment de notre rencontre, je ne disposais pas des éléments actuels concernant la réforme Parcoursup imposée aux universités à marche forcée.

Je fais partie des enseignants-chercheurs, responsables de formation (avec mes collègues responsables d'années en copie de ce mail), qui ont refusé de siéger dans la commission d'examen des vœux des lycées jugeant cette réforme non seulement inefficace pour répondre aux défis de l'université et porteuse d'un trop grand nombre d'incertitudes quant au sort réservé aux lycéens.

Suite à ces démissions, une commission a été constituée au niveau de l'UFR-Ip de Droit, Économie, Gestion pour que le classement des vœux aient quand même lieu suite au refus de la Présidence de l'Université d'Avignon de relever le nombre de lycéens appelés au niveau du nombre des candidatures (soit plus de 1000 pour la Licence AES d'Avignon).

Le classement a donc eu lieu sans nous et selon des critères qui nous ont été très tardivement communiqués compte tenu de l'urgence du calendrier imposé par la réforme.

Votre cas illustre combien nos craintes été fondées et j'en suis profondément désolée.

Selon les informations que j'ai pu obtenir, vous avez été classé 216ème par la commission d'Avignon, difficile donc d'expliquer pour quelles raisons vous vous retrouvez en 723ème position...

Ce sont les effets d'une sélection rendue volontairement opaque par le croisement d'un algorithme national totalement aveugle aux situations des lycéens et la mise en place d'attendus locaux que les commissions de recrutement n'ont pas eu le temps de prendre en compte (l'examen qualitatif des dossiers n'étant matériellement pas possible du fait des charges de travail qui pèsent déjà sur les équipes enseignantes).

A ce stade, je ne peux hélas rien faire et les membres qui ont siégé dans la commission d'examen des vœux se sont engagés, de leur côté, via la signature d'une charte à ne pas rentrer en contact avec les candidats.

Ces procédés vise à déshumaniser totalement les recrutements et vont accroître les risques d'évaporation dans la nature des candidats malheureux. C'est totalement inacceptable et injuste au regard de votre motivation pour la formation.

Ce sont désormais les rectorats qui ont toute latitude. C'est auprès du rectorat de l'académie que vous devez effectuer un recours en saisissant la commission d'accès aux études supérieures. Je vous invite vivement à le faire pour que les situations comparables à la votre puisse être rendues publiques.

En vous souhaitant toute la réussite possible dans vos projets,

Bien cordialement


A l'heure où les entreprises françaises ont la possibilité de faire de l'optimisation fiscale à l'autre bout de la terre, un lycéen du sud de la Drôme ne peut pas venir faire ses études à Avignon malgré sa motivation. Il a été pris à Nîmes... et dans quelques années sans doute lui reprochera-t-on de n'avoir pas su s'ouvrir davantage et on exigera de lui qu'il internationalise sa formation ?

Bien à tous,

Christèle Marchand-Lagier

Maîtresse de conférences de science politique
Responsable de la Licence AES-Science Politique
Université d'Avignon et des pays de Vaucluse
UFR-Ip Droit, Économie Gestion

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