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Billet de blog 2 déc. 2013

La santé en Grèce n’est plus un droit mais un commerce ! par V. Papadaki

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Le gouvernement grec ayant recours à la procédure du vote bloqué a réussi à faire adopter par le parlement le texte de loi qui prévoit la réforme de la politique des prix des médicaments.  En évitant le vote du texte article par article, il a encore une fois bafoué l’institution parlementaire en portant un coup supplémentaire sur l’état de santé de la population grecque.

La demande de Alexis Tsipras, président du parti de SYRIZA, de procéder à la consultation de tous les responsables de la santé et au dialogue public avant la présentation du texte au Parlement n’a pas été entendue. Le parti de SYRIZA  dénonce encore une fois l’hypocrisie du gouvernement grec et l’instrumentalisation de la crise économique comme alibi pour fragiliser encore plus l’économie nationale et le peuple grec, en exposant clairement les problèmes créés par cette réforme et ses propres propositions sur la politique de fixation des prix des produits pharmaceutiques:

Que l’engagement budgétaire du gouvernement grec, dicté par ses bailleurs de fonds, de procéder à la réduction de dépenses pharmaceutiques avec un plafond de 2 milliards d’euros entraîne immédiatement une aggravation prompte et brutale de la perspective sanitaire des citoyens grecs est une évidence qui saute aux yeux. La seule préoccupation du gouvernement – atteindre l’objectif de 1% du PIB pour les dépenses pharmaceutiques –  le rend insensible aux effets de ses décisions, impassible au chiffre des 28% de la population grecque, qui, incapable d’assurer ses frais de santé, se résout à interrompre tout traitement  médical. Aucune émotion suscitée par le drame de personnes atteintes de cancer sans couverture de  santé, aucune inquiétude pour les milliers d’enfants qui restent sans vaccins.

Les problèmes de la dégradation du système de santé publique en Grèce sont bien connus et évoqués depuis longtemps. En revanche, ce qui est moins connu, c’est la danse macabre des intérêts privés qui s’organise derrière les accords du gouvernement grec avec la troïka, accords qui permettent l’entrée par la grande porte au marché grec des multinationales de la fabrication de médicaments génériques d’une qualité douteuse.

Faire passer la dépense pharmaceutique publique au-dessous du seuil de 2 milliards d’euros somme qui correspond à une prévision annuelle de 200 € de dépenses par habitant, alors que la moyenne européenne est de 330 €, est inadmissible et peut être même criminel. Des responsables de la santé publique alertent que le seuil fixé pour les dépenses pharmaceutiques de 2 milliards entraînera nécessairement  une pénurie de médicaments. La réduction des prix des médicaments aussi bien des génériques que des princeps, incite les industries pharmaceutiques à retirer leurs médicaments du marché grec pour pouvoir conserver le niveau de leurs prix.

Par ailleurs, la réduction de la dépense publique pharmaceutique s’opère dans le même temps que les dépenses assumées par les patients continuent de croître, entraînant l’augmentation de la participation financière des assurés, la baisse du taux de remboursement et le déremboursement de certains médicaments. Sans oublier qu’à partir du 1/1/2014, les patients devront payer 1€ par prescription médicale et 25€ comme ticket d’entrée dans les hôpitaux publics. Il apparaît donc clairement que cette réduction n’obéit pas à un objectif social d’aide aux plus faibles, ni à une amélioration de leur accès aux médicaments de qualité. Il s’agit tout simplement de la matérialisation de l’objectif de 1% du PIB fixé par le mémorandum, et de la volonté d’assujettir le marché grec aux industries multinationales de médicaments génériques (ex.TEVA).  L’industrie pharmaceutique grecque, qui pourrait contribuer au redressement productif du pays se trouve ainsi de facto vouée à la disparition.

Le patient grec sera ainsi obligé d’accepter un médicament générique dont la qualité ne sera pas assurée –  puisque les réductions du personnel des services de santé annulent toute possibilité de contrôle effectif–, ou de payer de sa poche le prix supplémentaire du médicament princeps, ou même la différence de prix entre deux produits génériques, étant donné que le gouvernement grec a opté pour la libre concurrence des prix. Il est aussi utile de rappeler que depuis 2012, le pourcentage de la participation financière du patient grec à la dépense pharmaceutique est passée de 12% à 24%.

La maîtrise des dépenses médicales, sujet complexe, ne peut être assurée qu’en prenant  en considération l’ensemble du système de soins. La fixation des prix des médicaments doit se faire dans la clarté, avec pour priorité la qualité des médicaments, la sûreté, et le service médical rendu.

Les propositions de SYRIZA

  – La dé-commercialisation du domaine pharmaceutique et de la santé.

– La réduction du prix des médicaments doit faire partie d’une politique globale garante aussi bien de la qualité des services médicaux que des médicaments. Par le contrôle de leurs prix les médicaments de qualité seront accessibles à tous.

– L’industrie pharmaceutique grecque dans le cadre du redressement productif du pays et d’une politique pharmaceutique globale doit être revalorisée. Le contrôle public et social par le biais d’EOF (Organisme National Pharmaceutique) et de IIFET (Institut de recherche et de technologie Pharmaceutique) garantira la qualité des médicaments et stimulera la croissance de l’industrie pharmaceutique grecque.

– Nous soutenons donc l’emploi des médicaments génériques, à condition qu’un contrôle effectif soit assuré pour garantir la sûreté de la santé publique. Nous ajoutons que ce contrôle ne peut pas être exercé efficacement par l’Organisme National actuel, en raison du manque de personnel (120 employés en Grèce, 400 en Suisse pour un nombre équivalent d’habitants).

V. Papadaki

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