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Billet de blog 26 janv. 2014

L’Europe des assassins. L’Europe-forteresse, 12 migrants assassinés, noyés au large de la mer Egée

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Aujourd’hui jeudi 23 janvier à 10h20 du matin sont arrivés au port du Pirée -porte E1 à bord du navire "Diagoras" – les rescapés du naufrage de Farmakonisi. En tout 12 personnes ont perdu la vie, tous des femmes et des enfants. Les dépouilles d’un enfant de 11 ans et d’une femme de 38 ans, qui étaient parmi les 12 migrants disparus au large de Farmakonisi, ont été repérées sur des plages turques.

(cet article a été publié dans left.gr et a été traduit par Frédérique Bouvier)

Qui sont les vrais responsables pour "le Lampedusa" grec ?

Les personnes rassemblées ont accueilli  les rescapés avec des slogans antiracistes comme "Peuple souviens toi que si tu as faim ce n’est pas à cause des immigrés mais de "Samaras." Les députés Basile Katrivanou et Théodore Dritsas, membres de la commission des droits de Syriza, des membres de la section de Syriza-Le Pirée, des collectivités parmi lesquelles le Réseau Social de Soutien aux Réfugiés et aux Migrants se trouvaient sur le port pour accueillir symboliquement les naufragés.

"Ils ont vu les femmes et les enfants se noyer et ils n’ont rien fait "

Les témoignages de ces réfugiés qui ont survécu donnent à la tragédie de Farmakonisi la dimension d’un crime abominable. Dans un témoignage bouleversant, un homme, qui a perdu sa femme et ses trois enfants, souligne que "la police portuaire les a délibérément jetés à la mer". Comme il le dénonce, ils se sont efforcés de les noyer. Les survivants, en évoquant les victimes, demandent que les corps de leurs proches soient retrouvés. "Alors qu’il restait 100 mètres avant les côtes grecques, la police portuaire les a remorqués à grande vitesse et à un moment ils sont tombés à la mer. Encore, les hommes de la police portuaire les ont insultés, menacés avec leurs armes et les ont frappés", rapportent les survivants en décrivant la brutalité.

"Les hommes de la police portuaire ont frappé la barque des réfugiés avec leurs pieds en s’efforçant de la faire chavirer" témoignent avec effroi les survivants, parlant de menaces de la part du chef de la police portuaire. En effet, un homme de la police portuaire a empêché un enfant d’attraper un morceau de bois et d’être ainsi sauvé, a déclaré un des réfugiés. Les hommes de la police portuaire ont filmé les faits en vidéo et ont refusé de jeter des bouées de sauvetage à ceux qui noyaient. "Ils pouvaient sauver les nôtres et ils ne l’ont pas fait », déclare accablé un des naufragés sauvé.

Les témoignages des 16 réfugiés afghans et syriens, rescapés de la tragédie de Farmakonisi, ont été diffusés à la radio Sto Kokkino par Nassim Lomani, membre du Réseau Social de Soutien aux Réfugiés et aux Migrants, qui a pris en charge leur assistance.

La barque des réfugiés avait presque atteint les côtes grecques lorsqu’elle a été repérée par la police portuaire. Les hommes de la police portuaire ont attaché la barque à leur propre bateau afin de les repousser illégalement vers la Turquie. Il semble que le bateau de la police allait à si grande vitesse que la corde qui le reliait à la barque s’est rompue. "Les gens se sont comme éparpillés dans la mer . Au premier choc la barque des réfugiés a été percée et elle s’est remplie d’eau et alors les enfants ont commencé à tomber à l’eau" explique Nassim Lomani en évoquant les témoignages des rescapés qui sont arrivés au Pirée .

" Ils les ont repoussés et ne les ont pas laissé monter à bord du bateau de la police. Une femme dit que, alors qu’elle s’agrippait au pied d’un des policiers pour monter à bord, celui-ci l’a jetée à la mer d’un coup de pied et a même jeté à la mer son bébé de l’autre côté." Les hommes de la police portuaire ont éteint le projecteur qui était alors allumé pour qu’on ne voit pas depuis les côtes turques ce qui se passait en mer" dit M.Lomani.
Responsabilités politiques pour le crime prémédité.

"Nous exigeons du ministère de la marine l’abrogation immédiate des ordres de refoulement et de remorquage des embarcations de réfugiés vers les côtes turques. La tragédie de Leros, quelques mois à peine après le naufrage mortel de Paleros, est l’ occasion de rappeler l’urgence absolue d’une politique radicalement différente d’accueil des migrants et des réfugiés aux frontières maritimes et terrestres du pays, aux antipodes du Pacte européen sur l’immigration et l’asile et de l’Europe-forteresse. C’est urgent, avant que les eaux des îles grecques ne se transforment en un vaste cimetière" souligne dans un communiqué la commission des droits de SYRIZA. Théodore Dritsas et Basile Katrivanou ont relaté cet événement tragique, un "crime prémédité" comme ils le décrivent, soulignant que la mer Egée ne peut pas constituer un cimetière.

Georges Tsarbopoulos, chef du bureau grec du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a demandé une enquête approfondie puisque les témoins rapportent que le bateau de la police portuaire se dirigeait à grande vitesse vers les côtes turques et n’ont pas aidé les réfugiés quand leur embarcation a chaviré.

Mercredi, Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, dans une déclaration à l’ Associated Press, s’est dit choqué et bouleversé par la nouvelle tragédie près Farmakonisi; il parle d’un refoulement de masse qui a échoué et appelle le gouvernement grec à tenir ses promesses et à mettre un terme à cette pratique illégale.
"Les témoignages des survivants, transmis au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, selon un communiqué de presse publié par l’organisation, sont similaires aux témoignages qu’Amnesty International a recueilli par le passé, et qui concernent le refoulement exercé par la police des frontières, c’est à dire la pratique collective de renvoi des migrants vers les frontières avec la Turquie" a déclaré notamment Amnesty International qui appelle le gouvernement à mener une enquête transparente et approfondie sur les circonstances du naufrage.
Les survivants seront amenés au GCR (Conseil pour les réfugiés) où ils seront enregistrés. Ensuite ils seront accueillis dans une auberge de jeunesse du Centre d’Accueil et de Solidarité de la Municipalité d’Athènes où, après l’ intervention d’ Hélène Portaliou, leur sera assuré logement et nourriture. Il y aura avec eux des interprètes et des psychologues, étant donné qu’il y a parmi eux des gens qui ont perdu leurs proches et se trouvent dans un mauvais état psychologique. Un cas caractéristique, celui d’un naufragé déclarant devant les caméras qu’il a perdu sa femme et ses quatre enfants.

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