Bande de salauds …

Marine Le Pen trouvera rapidement son Papon. Que dirons-nous alors à celles et ceux que nous côtoyons quotidiennement, les plus pauvres, les plus précaires, les plus fragiles d’entre nous ?

 

Nulle envie de donner des leçons d’antifascisme à tel candidat ou tel électeur qui n’aurait pas appelé sans détour à faire barrage au Front National en votant Macron.

Nulle envie non plus d’égrener les conséquences du chaos social, économique et démocratique qui se produiraient si Marine Le Pen venait à exercer le pouvoir.

Pour beaucoup d’entre nous, le combat mené au premier tour avait pour objectif de changer profondément nos institutions pour s’affranchir définitivement de cette monarchie présidentielle qui concentre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu, de prendre toutes les mesures que commandent les idées de justice économique, sociale, d’urgence écologique…

Dire notre déception est peu dire.

En 2012, l’espoir né de l’élection de François Hollande, s’est vite transformé en colère pour les militants antiracistes. Dès le 24 septembre 2013, au grand dam de certains, le MRAP avait déposé une plainte contre Manuel Valls devant la Cour de Justice de la République pour ses propos ignominieux à l’égard des Roms.

Les promesses non tenues, les reniements, tel que notamment, le droit de vote des étrangers, le récépissé en cas de contrôle d’identité, voire pire encore, le projet d’inscrire dans notre Constitution, une inégalité de traitement devant la justice entre les citoyens français de naissance selon qu'ils sont binationaux ou non, ont eu raison du crédit de confiance que l’on avait accordé au gouvernement de François Hollande.

Que nous propose aujourd’hui Macron : une politique économique et sociale libérale? L’utilisation du 49-3 en guise de démocratie ? il appartiendra aux mouvements sociaux de manifester leurs exigences.

D’aucuns évoquent pour le second tour, « le choix entre la peste et le choléra », « la machine à fabriquer du Front national », ou encore « un clone de Hollande qui ne tiendra pas ces promesses » et depuis les reniements de Hollande, « on ne l’y reprendra plus ! » Un « ni ni », pour les uns, généré par un sentiment de trahison dans le passé conjugué à une forte déception du présent. Pour les autres un entre soi qui ignore les leçons de l’Histoire.

Pour tous, un confort intellectuel certes !

Mais c’est faire litière un peu vite des ravages qu’un gouvernement inégalitaire et autoritaire de Le Pen peut causer et la détresse dans laquelle seront plongées ses principales victimes !

Qui a oublié les paroles terribles prononcées par Maurice Papon, à l’époque Préfet de Police de Paris, qui ont résonné dans la cour de la Préfecture le 2 octobre 1961, lors des obsèques d’un brigadier tué par un groupe armé du FLN : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix » ?

Ces propos qui ont été interprétés immédiatement comme un appel au meurtre ont contribué le 17 octobre 1961 à un crime d’Etat, à une effroyable ratonnade, au massacre de centaines de « français musulmans d’Algérie », perpétrés par les forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon avec l’aval d’un gouvernement autoritaire qui avait décrété quelques temps auparavant l’Etat d’urgence en Conseil des Ministres et quelques jours plutôt, un couvre-feu discriminatoire.

N’en doutez pas un seul instant, Marine Le Pen trouvera rapidement son Papon !

Au lendemain d’un fait divers criminel ou pire encore d’un attentat au nom de l’islamisme radical, se substituera, à la chasse aux « fichés S », la chasse à la couleur de peau, aux origines ethniques ou encore à la religion musulmane supposée.

Que dirons-nous alors à celles et ceux que nous côtoyons quotidiennement, les plus pauvres, les plus précaires, les plus fragiles d’entre nous, femmes, hommes, enfants sans papiers ou étrangers vivant en France depuis des dizaines d’années que le Front national propose d’expulser manu militari, auxquels il refusera les soins médicaux de base ou encore les inscriptions à l’école ?

Que dirons-nous à toutes celles et ceux qui subissent régulièrement les contrôles aux faciès, les discriminations en tout genre, qui devront supporter face à un état autoritaire et inégalitaire, face à une police débridée, les humiliations, les injustices, les discriminations, les harcèlements, les violences racistes, les bavures qui ne manqueront pas de se banaliser ?

Ce qui est sûr, c’est que ces discriminations, ces violences, ces haines racistes dont ils seront les premières victimes les conduiront à nous interpeller tous, pèle mêle et à crier détresse et souffrance chevillée au corps : « Bandes de salauds !»

 

Pierre Mairat

Président Honoraire du MRAP

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