La hausse DES salaires : une fake news très intérréssée

La quasi totalité des médias, volontairement ou involontairement…., ne perdent aucune occasion pour essayer de montrer que tous les maux de la France proviennent des salaires trop hauts et de cotisations sociales trop fortes. Ces journalistes politiques, éditorialistes, chroniqueurs décrypteurs, experts autoproclamés etc.… disent « charges sociales » et non pas « cotisations sociales », se plaçant alors uniquement du coté des employeurs…..

 

Or, nombre d’économistes, pourtant néo-libéraux, précisent ces maux : trop faible qualification des salariés, mauvais choix d’investissements (trop courts, trop faibles), faible qualification des entrepreneurs (et oui…), trop faible niveau de gamme peu adapté aux salaires pratiqués en France etc..

Mais les médias ne répercutent pas (tiens, pourquoi ?).

 

Pourtant, aucune de ces raisons ne provient directement des salariés eux mêmes !

Combien de bêtises faites au nom de cette idée. Combien de milliards dépensés en pure perte (pour le pays, pas pour tout le monde). Certes il y eut la grande rigolade de la baisse des cotisations sociales des cafés restaurants. Mais beaucoup plus prés de nous, et déjà oublié par les médias, (tiens pourquoi ?) il y eut le CICE de F Hollande appliquant son nouveau bréviaire de « l’économie sociale de marché » (cela sonne mieux que l’ordo-libéralisme qui sent trop la langue germanique ), doctrine adoptée par le Parti Socialiste en 2008. (Tiens les médias ont aussi oublié…).

20 milliards dépensés chaque année pour subventionner les entreprises. 20 milliards pour un résultat peu convainquant aux dires mêmes des officines officielles gouvernementales (Conseil d’Analyse Economique etc..). E Macron, qui était déjà présent sous F Hollande, transforma, une fois Président, ces subventions en baisse de cotisations sociales (jusqu’à un certain plafond de salaire). Sans cela, la somme des subventions versées aux entreprises atteindrait des sommets qui interpelleraient -peut être- car les médias cachent bien en général ces aspects…. les Français. Ces subventions sont ainsi mieux dissimulées et on peut en revanche, vilipender les déficits de la Sécurité Sociale, même si l’État ne lui rembourse pas les sommes qui lui sont dues...

Il y a en fait un problème, des problèmes, avec les salaires.

Problème de mot d’abord.

Les cotisations sociales ne sont qu’une partie différée du salaire, mutualisées en partie entre les salariés. Ce ne sont pas des « charges » en plus pour l’employeur puisqu’elles font partie de la rémunération globale du salarié. Le coût d’un salarié pour l’employeur, le coût de revient est le salaire et toutes les cotisations. Mais comme on peut, -on vient de le voir- faire payer par l’État, donc en premier lieu par le contribuable, une partie de ce coût, pourquoi ne pas en profiter ? Et donc la notion de charges apparaît. « Le salaire ok mais moi, employeur, je paie 50 % en plus : les charges ! » En fait les cotisations sociales versées par l’employeur comprennent une partie retenue sur la feuille de paye du salarié, et reversée à l’organisme ad hoc, et celles directement versées par l ‘employeur. Ces cotisations sont versées par l’employeur pour bien montrer le caractère obligatoire du système et la participation effective des employeurs au système. Cet aspect est, d’ailleurs vivement combattu par le Président actuel. Dès son arrivée au pouvoir, n’a t il pas décrété que tous les excédents du système devaient être reversés au budget de l’État ! Ne rêve-t-il pas de mettre fin, que ce soit pour l’assurance chômage ou la retraite complémentaire, au paritarisme…

Nombre de médias mettent ces cotisations, dites patronales, une fois avec le coût salarial et une fois dans les taxes et impôts payés…...Dans sa tête le lecteur a une certaine tendance à ajouter…..

C’est étudié pour…...

Problème d’information surtout.

La répartition des salaires, les évolutions des salaires ont une spécificité assez évidente. La connaissance de ces données n’est accessible qu’après leurs collationnements et donc au plus tôt dans le courant de l’année N+1. En fait, l’Insee publie toutes les statistiques possibles mais, bien curieusement là aussi, ce n’est qu’en N+2 voir N+3 qu’elle le fait. Aussi les médias en profitent-ils et avancent sur ce sujet des chiffres largement surestimés, jamais rectifiés, car n’intéressant soit disant plus personne. Les économistes néo-libéraux font un peu pareil mais de manière plus élaborée. Et ils raisonnent sur la moyenne des salaires et l’indice des prix tel qu’indiqué par l’Insee. Or, et cela s’amplifie depuis quelques années, les hauts salaires progressent plus vite que les bas salaires et donc la progression de la moyenne des salaires donne peu d’indication réelle sur la réelle progression des salaires.

Par exemple, une note de Patrick Artus du 13 novembre 2017 tirait des conclusions fortes de sa constatation : « Que nous apprend la forte accélération des salaires en France dans la période récente ? »

Or, si on considère les cinq premières strates de 10 % de la répartition des salaires, c’est à dire en partant du bas de l’échelle, 50 % des salariés , entre 2011 et 2018 inclus, on constate une progression de leur pouvoir d’achat de 1,3 % ! Pour 8 années ! 0,0016 % par an ! Quasi zéro comme progression de pouvoir d’achat ! Pour 50 % des salariés !

Le contraire direct que ce qu’exprime P Artus pour «  les salaires ».

De plus il est utilisé dans le calcul du pouvoir d’achat l’indice usuel de l’Insee qui n’est pas trop adapté pour les petits salaires ; pour ceux là en effet, à la différence des hauts salaires, l’alimentation, qui progresse vite, constitue une des principaux postes de la consommation. Aussi pour l’indice général, le logement compte pour 6 % de l’indice...ce qui n’est guère réaliste pour des petits salaires….

Il est donc probable que le pouvoir d’achat, pour 50 % des salariés, les petits salaires, sur 8 années, ait diminué !

Mais, pour les médias, pour les économistes néo libéraux, les salaires et le pouvoir d’achat ont beaucoup trop augmenté ! Effarant !

On a certes l’explication directe du mouvement des « gilets jaunes », mais on voit mal les médias indiquer que ce qu’ils disaient alors était erroné et que ce qu’ils racontent sans arrêt : à savoir que les salaires sont trop hauts et progressent trop vite est pour le moins contestable….

La politique économique néo libérale, qu’elle soit menée par des gouvernements de droite, en le disant ou pas, ou par des gouvernements qualifiés de gauche par la très grande majorité des médias parce que cela les arrange, repose sur l’ idée d’une trop grande progression des salaires. Tout en découle. Ainsi, il ne se passe pas de mois sans que le gouvernement en place essaye de réduire une composante du salaire réel des salariés….

Et cette idée d’une trop grande progression des salaires est pour le moins approximative…et peu digne d’économistes, même si quelques uns pensent soudain qu’il existe en statistique une « moyenne » mais aussi une « médiane » (50 % en dessus, 50 % en dessous). .. Et que cette médiane progresse nettement moins vite que la moyenne….

Toute une politique menée depuis près de 40 ans repose presque sur une idée en large partie inexacte et sur une information faussée.

De fait, la quasi totalité des médias n’a plus la moindre crédibilité car si quelques techniciens constatent bien les erreurs distillées, une large partie de la population ne voit que contradiction entre ce qu’elle ressent et ce que ces médias disent…..

Une désinformation systématique pour maintenir et valoriser une politique économique qui n’a jamais réussi, sauf au profit de quelques uns, mais au détriment d’une large partie de la population.

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