Le PS et la Gauche

Les médias ne se posent pas de question. Le PS est classé à gauche. Point.

C’est important les médias car, quelques soient les préventions que l’on peut avoir sur leurs discours, quand on reçoit une info répétée des centaines de fois, on finit par ne plus penser, on finit par s’y habituer.

Pourtant les médias ne font pas seulement de la propagande, ils font en sorte que, quelque soit la politique suivie, jamais elle ne s’attaque aux fondements même de l’existence ...des propriétaires de ces médias. C’est pour cela que ces propriétaires entretiennent ces médias.

Donc pour le capitalisme.

Tout peut être permis sauf attaquer le capitalisme…..Un directeur général de Libération, bien placé pour en parler, l’a fort bien écrit !

 

On connaît, tous, des militants du PS, jeunes ou vieux, qui sont sympathiques et que l’on a pas de mal à cataloguer à gauche. Nombreux sont aussi les Français qui voient encore le PS comme le parti de H Emmanuelli, alors que ce parti a très largement évolué depuis.

D’ailleurs, H Emmanuelli avait déclaré, le 3 Avril 2014 dans Médiapart, « le PS n’existe plus ».

Mais, bien peu de médias en parlèrent. Tiens ! Pourquoi ?

Il faut observer le PS aujourd’hui.

On se souvient que B. Hamon a quitté ce parti, après l’élection présidentielle, alors même qu’il avait été désigné par votes comme candidat à la Présidence de la République par ce parti. On se souvient que, ont aussi quitté ce parti, MN Lienemann et E Maurel, cette aile gauche du Parti socialiste qui avait rejoint la liste des « Insoumis »pour les élections européennes. (Mais les médias avaient largement passé ce point sous silence. Tiens ! Il est vrai aussi que opportunément, (le même jour) 17 perquisitions en une matinée entre autres lieux, au siège de son mouvement, au domicile et chez les proches de JL Mélenchon avaient occulté médiatiquement ce fait.

Puis, si on pense au Parti Socialiste, on se souvient que JP Chevènement, juste après Maastricht puis JL Mélenchon en 2008 avait quitté ce parti. A force d’être quitté par la Gauche, ce Parti n’est plus du tout à la même place. Certes personne, de gauche, n’a rejoint ce Parti, mais en pensant à ceux qui l’ont quitté, M Valls vient à l’esprit tout de suite. Mais M Valls fut battu justement par B Hamon pour la candidature à la Présidentielle. Il fut premier ministre, largement discuté dans les rangs du PS, et n’a pas brillé particulièrement dans une politique de gauche ! Puis il prit le parti de Macron au lieu de soutenir le candidat du PS et démissionna de ce Parti. Mais Valls n’avait recueilli que 5 % des voix lors du dernier congrès du PS. On ne peut pas dire qu’il représentait grand-chose dans ce Parti. F Hollande aurait sans doute mieux fait de le comprendre avant.

 

Montebourg, qui fut ministre de l’économie sous Hollande, a aussi semble-t- il quitté le PS. Il est un peu inclassable, mais il a eu le courage de dire probablement en pensant aux hauts fonctionnaires et autres grands de son ministère (ce que E. Todd appelle les « crétins diplômés ») «…. des traîtres en puissance ». Quand on voit les allers simples ou les allers-retours entre les ministères et le secteur privé, quand on voit les conflits d’intérêts, l’intrusion des « laboratoires » dans les conseils scientifiques ou autres...Il a su dire tout haut ce que les Français disent tout bas

Cela explique effectivement la perte de confiance dans l’État, ou du moins dans la manière dont il fonctionne.

Il n’empêche qu’ils furent nombreux ceux, du PS, qui rejoignirent Macron, très connus, connus ou inconnus (G Collomb, le maire de Lyon, Le Drian, Castaner etc. etc.. Aucun n’a abandonné Macron d’ailleurs, bien qu’il soit clair maintenant que ni de droite ni de gauche voulait surtout dire à droite/droite.

Mais alors, si la Gauche du PS a quitté le PS et si la Droite du PS a quitté le PS, que reste t il ?

Le centre c’est sûr, mais du PS, et donc, faut-il classer le PS à gauche ou à droite ou au centre ?

 

Une chose est certaine, le PS n’a plus l’importance qu’il avait il y a quelques années.Au congrès de Reims en 2008 il y avait 132000 votants. En 2015, à Poitiers, il y avait 71000 votants. Ils ne furent que 37000 à voter récemment (O Faure 48,56 %, S Le Foll : 26,1 %, E Maurel : 18,98 %, Carvounas : 6,36 % ).

L’attitude récente.

Le PS ne s’est opposé à aucun acte de F Hollande et de ses gouvernements. Mais comme on vient de voir que le PS n’était plus fondamentalement le même, ne retenons que les faits postérieurs.

Le PS s’est abstenu lors du vote d’investiture de Philippe. Un non choix.

Il ne s’agissait pourtant nullement de choisir là entre un vote Marine Le Pen, un vote E Macron et un vote nul ou une abstention.

Lors des élections européennes il a choisit une tête de liste, hors PS, mais libérale assumée (création par ce dernier d’un mouvement libéral).

Le PS a voté au parlement européen un texte stupide sur le nazisme et le communisme.

Surtout le PS s’est abstenu lors du vote d’investiture de la Commission Européenne. Les médias français n’ont donné aucune publicité à cet acte. Tiens ! Pourquoi ? S’abstenir, tout un programme…..

Mais si ces premiers actes peuvent montrer une certaine orientation, il n’y a aucune prise de position, aucune discussion, sur les orientations de fond. Pas de remise en cause des choix faits ?

Il faut bien considérer où en est le PS sur le plan idéologique. Ce que les médias ne vont évidemment pas dire.

 

Or, des choix fondamentaux ont en effet étaient faits ces dernières années.

1° Ne revenons donc pas sur Maastricht. Mais le PS a voté pour le Traité Constitutionnel Européen en 2005. Une large partie de ses dirigeants a pourtant fait campagne contre.Les français ont rejeté ce Traité constitutionnel.Il ne s’agit pas d’une position sur l’Union Européenne mais de constater très simplement, que le TCE obligeait chacun des pays d’appliquer : l’« Economie sociale de marché » citée en toute lettre dans ce Traité, c'est à dire, pour les économistes (et peut être les pédants) : l’ordo-libéralisme. Cette politique économique du Chancelier Adenauer, puis du chancelier Ludwig Ehrardt, s’appelle aujourd’hui le néo-libéralisme économique. Seule la constitution de l’URSS avait osé dire aux Etats quelle politique économique il fallait suivre. Cela ne figure pas dans la Constitution US. Ce fut un changement de ligne fort pour le Parti Socialiste. Mais les médias qui prenaient ouvertement parti et traitaient les français, qui pensaient voter « non », d’imbéciles et d’attardés ne dirent pas un mot sur ce changement du PS. Tout à leur rôle d’informer le public !

Ces journalistes n’ont pas été sanctionnés…

Les Français rejetèrent pourtant largement ce Traité.

Mais ce fut le début d’un drame dont la France ne s’est toujours pas remise. En effet, Sarkosy fit voter par le Parlement le Traité de Lisbonne qui reprenait presque mot pour mot le TCE, sauf la référence à l’économie sociale de marché.

Cependant tous les économistes montrent que les Traités de l’UE et les accords signés ne fonctionnent que selon une économie sociale de marché. D’ailleurs pour les économistes néo libéraux il est clair que tous les pays de l’UE fonctionnent et doivent fonctionner selon l’économie sociale de marché. Pourtant les français avaient voter...NON...!

Or tout se passe comme si le TCE avait été approuvé ! De plus, quand des votes de Pays ne lui convenaient pas l’UE et ces pays avaient fait refaire ces votes !  En toute démocratie !

La construction européenne en perdit, pour une large part du peuple, son équivalence à la valeur "démocratique".

 

Mettant ses nouvelles idées en accord avec ses textes, le PS introduit donc en 2008 la référence à l’Economie sociale de marché dans sa « Déclaration de Principes » . Le SPD allemand l’avait fait en 1959 à Bad Godesberg !

A chaque élection jusqu’en 2005/2008, le Figaro se lamentait que le PS n’ait pas encore comme le SPD allemand "fait son Bad Godesberg" et qu’en conséquence on ne pouvait lui faire confiance et qu’on ne pouvait pas voter pour lui. Après, le discours du Figaro était bien sûr le même, (seuls les imbéciles s’ étaient laissés prendre) évitant cependant toute référence à Bad Godesberg.

Avant et Après 2005/2008, le PS n’est pourtant plus du tout textuellement le même.

 

2° Deux dirigeants du PS, des « poids lourds économiques », portant une large partie de la crédibilité du PS sur leurs épaules et ayant avec eux deux fortes équipes de disciples, sont indissociables de ce PS : Laurent Fabius et Dominique Strauss Khan.

Parvenus au pouvoir, ils n’eurent de cesse de faire comme leurs collègues US ou anglo-saxons, déréguler la finance puisque les autres le faisaient d’une part et que, d’autre part, c’était « moderne » et dans l’air du temps.

Déréguler le finance c’est ce qui provoqua la crise financière de 2008.

Le PS ne remit pourtant pas en cause ce dogme et ne tira de cette crise aucune conclusion.

Il n’a toujours pas désavouer Fabius ou DSK !

Et même Fabius fut nommé par F Hollande Président du Conseil Constitutionnel.

Il ne fallait, bien sûr, pas compter sur les médias pour ouvrir des débats de cette nature.

 

Les médias changèrent cependant de vocabulaire. Appelant toujours « gauche » le PS, ils durent employer un autre vocable pour ceux n’acceptant pas ces nouveaux dogmes de 2005/2008 : Gauche Radicale, Extrême gauche (qu’ils réservaient pourtant habituellement aux Trotskystes), voire Ultra-Gauche, comme les Echos par exemple, (qu’ils réservaient auparavant aux groupuscules prônant plus ou moins la lutte armée) !

Joli tour de passe passe intellectuel, tromperie pour une partie des lecteurs, qu’importe, seul un but suprême est à atteindre : la défense du capitalisme.

 

On ne sait toujours pas comment classer le PS.

Il faut bien évidemment qu’il agisse, et qu’il pense. Et il se catégorisera de lui même.

Pour l’instant il est catégorisé par le seul langage des médias.

 

Mais il est bon de remettre les idées en place, à l’heure où, prenant sans doute les français pour de fiéfés imbéciles, nombreux sont ceux qui, évitant toute réflexion, n’ont à la bouche qu’un « moyen » : réunir « la gauche » sans même avoir défini ce terme.

 

Or, on ne rassemble que par les idées.

 

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